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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107754

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107754

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107754
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantNDOYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Ndoye, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du président de la communauté de communes de Haute-Maurienne Vanoise (CCHMV) en date du 14 janvier 2019 portant radiation des cadres pour abandon de poste ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes de Haute-Maurienne Vanoise de réexaminer sa situation et de le réintégrer ;

3°) de condamner la communauté de communes de Haute-Maurienne Vanoise à lui verser une indemnité de 41 595,40 euros, à parfaire, outre intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Haute-Maurienne Vanoise la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- le délai de reprise des fonctions n'était pas approprié ;

- il existe un motif d'ordre matériel empêchant la reprise des fonctions ;

- il existe un motif d'ordre médical empêchant la reprise des fonctions ;

- la décision de radiation des cadres pour abandon de poste est manifestement disproportionnée ;

- à la suite de sa demande indemnitaire préalable du 26 février 2021, il a droit à une indemnité de 41 595,40 euros.

Par un mémoire enregistré le 4 mars 2024, la communauté de communes de Haute Maurienne Vanoise conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Haute Maurienne Vanoise fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête, la décision attaquée ayant rétroactivement disparu de l'ordonnancement juridique en raison du jugement n°1901781 du tribunal administratif de Grenoble ;

- les conclusions indemnitaires de la requête sont tardives ;

- à titre subsidiaire, elles ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. C,

- et les observations Me Cottignies, représentant la communauté de communes de Haute Maurienne Vanoise.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige:

1. Par un jugement n°191781 du 16 novembre 2021 devenu définitif, le tribunal administratif de Grenoble a annulé pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 janvier 2019 susvisé portant radiation des cadres de M. A pour abandon de poste et enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressé. Ce même jugement écartait les conclusions indemnitaires présentées cinq jours avant l'audience au motif que, sans lien avec le litige d'excès de pouvoir jugé dans l'instance n°191781, elles étaient traitées dans une instance distincte enregistrée sous le numéro 2107754, objet du présent litige.

2. Dans la présente instance, il y a dès lors lieu de statuer sur les seules conclusions indemnitaires, par lesquelles M. A demande au tribunal de condamner la communauté de communes de Haute Maurienne Vanoise à l'indemniser à hauteur de 41 595,40 euros, correspondant au préjudice financier résultant de sa perte de rémunération subie sur une durée de deux ans.

Sur la tardiveté des conclusions indemnitaires opposées en défense:

3. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article R. 421-2 du même code prévoit que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". L'article R. 421-5 dudit code ajoute que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. D'autre part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception " ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics.

6. Il résulte de l'instruction que M. A a lié le litige par une demande préalable reçue par le défendeur le 1er mars 2021. Le silence gardé par la communauté de communes Haute-Maurienne Vanoise sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 1er mai 2021. Cette demande ayant trait aux anciennes fonctions de M. A, les articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration ne lui étaient pas applicables, en vertu des dispositions et principe cités aux points 3 à 5. Dès lors, en application des dispositions précitées du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative, le délai de recours contentieux de deux mois contre cette décision implicite a couru à compter de mai 2021. Ainsi les conclusions indemnitaires en litige, enregistrées le 21 octobre 2021, sont tardives et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les conclusions présentées par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées ; dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté de communes Haute Maurienne Vanoise.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes de Haute Maurienne Vanoise sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes de Haute Maurienne Vanoise.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Pollet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

J.P. WYSS

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2107754

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