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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108053

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108053

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108053
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantURBAN CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 novembre 2021 et le 1er août 2022, M. C A, représenté par la SELARL Urban Conseil, demande au tribunal :

1°) d'annuler le contrat de délégation de service public pour l'exploitation du refuge de la Coire et l'annexe du Cormet conclu le 1er octobre 2021 entre la commune d'Aime-la-Plagne et Mmes F H, Aurély D, Vanessa I ainsi que M. B E ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Aime-La-Plagne de reprendre l'analyse des candidatures ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Aime-La-Plagne la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la requête est recevable ;

- la commission de délégation de service est irrégulière, ce qui a entraîné une analyse des offres partiale ;

- les principes du droit de la commande publique ont été méconnus, faute pour la Commune d'avoir publié les mentions obligatoires prescrites par les articles R. 3126-3 et R. 3126-4 du code de la commande publique ;

- les principes du droit de la commande publique ont également été méconnus en raison de l'insuffisance du délai de remise des offres au regard de l'article R. 3126- 3 et 8 du code de la commande publique ;

- les critères de notation sont insuffisamment précis au regard de l'article R. 3123-5 du code de la commande publique ;

- la commune n'a pas respecté les critères de candidature qu'elle avait elle-même définis ; il n'était en effet pas précisé que les candidats seraient notés sur des éléments financiers prévisionnels ou sur les conditions d'ouverture annuelle du refuge ; à l'inverse, le critère des références mentionné dans le règlement de la consultation n'a pas été pris en compte dans l'analyse des candidatures ;

- l'analyse des offres méconnaît l'article L. 1411-5 du code général des collectivités territoriales et l'article R. 3124-5 du code de la commande et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, la commune d'Aime-La-Plagne conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Aime-La-Plagne fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les autres griefs articulés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. G,

- les observations de Me David, pour M. A,

- et les observations de Me Bellotti, pour la commune d'Aime-La-Plagne.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 mai 2021, M. A a soumissionné au renouvellement du contrat portant sur le gardiennage du refuge de la Coire et de son annexe. Dans la présente instance, M. A, classé troisième et estimant avoir été irrégulièrement évincé de la procédure, demande au tribunal d'annuler la convention de service public signée le 1er octobre 2021, par laquelle la commune d'Aime-La-Plagne a confié à Mmes F H, Aurély D, Vanessa I ainsi qu'à M. B E l'exploitation du refuge de la Coire et l'annexe du Cormet jusqu'au 30 septembre 2025, pour un montant estimé de 74 000 euros.

Sur la tardiveté opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 3125-6 du code de la commande publique contenu dans la section 3 " avis d'attribution " du chapitre V du tire II procédure de passation des concessions : " L'autorité concédante envoie pour publication un avis d'attribution dans un délai maximal de quarante-huit jours à compter de la notification du contrat de concession./ Cet avis est établi conformément au modèle fixé par le règlement d'exécution (UE) 2015/1986 de la Commission du 11 novembre 2015 établissant les formulaires standard pour la publication d'avis dans le cadre de la passation de marchés publics et abrogeant le règlement d'exécution (UE) n° 842/2011. ". Aux termes de l'article R. 3126-1 de ce code contenu dans le chapitre VI du titre II relatif aux règles particulières à la passation de certains contrats de concessions : " Le présent chapitre s'applique aux contrats de concession suivants :/ 1° Les contrats de concession dont la valeur estimée est inférieure au seuil européen qui figure dans un avis annexé au présent code ; ()/ Ces contrats de concession sont passés conformément aux règles de procédure prévues au présent titre, sous réserve des règles particulières prévues par le présent chapitre. ". Aux termes de l'article R. 3126-13 de code : " Les dispositions de la section 3 du chapitre V du présent titre ne sont pas applicables aux contrats de concession qui relèvent du présent chapitre. () ".

3. D'autre part, indépendamment des actions dont les parties au contrat disposent devant le juge du contrat, tout concurrent évincé de la conclusion d'un contrat administratif est recevable à former devant ce même juge un recours de pleine juridiction contestant la validité de ce contrat ou de certaines de ses clauses, qui en sont divisibles, assorti, le cas échéant, de demandes indemnitaires. Ce recours doit être exercé, y compris si le contrat contesté est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de l'accomplissement des mesures de publicité appropriées, notamment au moyen d'un avis mentionnant à la fois la conclusion du contrat et les modalités de sa consultation dans le respect des secrets protégés par la loi. La circonstance que l'avis ne mentionne pas la date de la conclusion du contrat est sans incidence sur le point de départ du délai de recours contentieux qui court à compter de cette publication.

4. Il résulte de l'instruction que l'avis d'attribution du contrat en litige a fait l'objet d'une publication dans le Dauphiné Libéré du 23 septembre 2021. Cet avis, qui rappelle l'objet du marché et les références de la publication initiale dans le Dauphiné Libéré, précise les coordonnées postales, téléphoniques et électroniques du délégant, en l'occurrence le maire d'Aime-La-Plagne. La circonstance que l'avis mentionne la date d'attribution du marché, le 2 août 2021 et non sa date de conclusion, postérieure à l'avis d'attribution, est sans incidence sur le point de départ du délai de recours contentieux contre le contrat qui court, ainsi qu'il a été dit au point précédent, à compter de la publication de l'avis d'attribution. Il résulte de ce qui précède que l'attribution du contrat en litige, dont la valeur estimée est inférieure au seuil européen défini par les dispositions citées au point 2, a fait l'objet d'une publicité appropriée, permettant sans difficulté l'identification du contrat et sa consultation par les tiers, au plus tard à la date du 23 septembre 2021. Sa signature postérieurement à l'avis d'attribution a au demeurant bénéficié au requérant qui disposait ainsi d'un délai supplémentaire pour exercer un éventuel référé précontractuel. Dès lors, la requête, enregistrée le 26 novembre 2021, plus de deux mois après cette publication, est tardive et doit être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les conclusions présentées par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Aime-La-Plagne.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aime-La-Plagne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune d'Aime-La-Plagne, à Mme H, à Mme D, à Mme I et à M. E.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Pollet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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