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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108072

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108072

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108072
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET URBAN CONSEIL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I / Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021, sous le n° 2108072, A, représentée par la SELARL Urban conseil, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recettes n° 2744, 2745 et 2746 émis par la commune de Bourgoin-Jallieu à son encontre le 7 octobre 2021 en vue du recouvrement d'une indemnité d'occupation du domaine public communal ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bourgoin-Jallieu la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres contestés ne mentionnent pas les bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- son occupation du domaine public communal n'était pas sans droit ni titre dès lors que la convention de sous-location comportait une clause stipulant un droit au renouvellement ;

- cette clause est opposable à la commune qui a contresigné la convention de sous-location.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, la commune de Bourgoin-Jallieu conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

II / Par une requête enregistrée le 7 janvier 2022, sous le n° 2200083, A, représentée par la SELARL Urban conseil, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recettes n° 3024 et 3365 émis par la commune de Bourgoin-Jallieu à son encontre, respectivement, les 9 novembre et 7 décembre 2021 en vue du recouvrement d'une indemnité d'occupation du domaine public communal ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bourgoin-Jallieu la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres contestés ne mentionnent pas les bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- son occupation du domaine public communal n'était pas sans droit ni titre dès lors que la convention de sous-location comportait une clause stipulant un droit au renouvellement ;

- cette clause est opposable à la commune qui a contresigné la convention de sous-location.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, la commune de Bourgoin-Jallieu conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

III / Par une requête enregistrée le 24 mai 2022, sous le n° 2203246, A, représentée par la SELARL Urban conseil, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recettes n° 218, 457, 817 et 1191 émis par la commune de Bourgoin-Jallieu à son encontre, respectivement, les 17 janvier 2022, 14 février 2022, 11 mars 2022 et 8 avril 2022 en vue du recouvrement d'une indemnité d'occupation du domaine public communal ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bourgoin-Jallieu la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres contestés ne mentionnent pas les bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- son occupation du domaine public communal n'était pas sans droit ni titre dès lors que la convention de sous-location comportait une clause stipulant un droit au renouvellement ;

- cette clause est opposable à la commune qui a contresigné la convention de sous-location.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, la commune de Bourgoin-Jallieu conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

IV / Par une requête enregistrée le 3 août 2022, sous le n° 2204977, A, représentée par la SELARL Urban conseil, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recettes n° 1643 émis par la commune de Bourgoin-Jallieu à son encontre le 3 juin 2022 en vue du recouvrement d'une indemnité d'occupation du domaine public communal ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bourgoin-Jallieu la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre contesté ne mentionne pas les bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- son occupation du domaine public communal n'était pas sans droit ni titre dès lors que la convention de sous-location comportait une clause stipulant un droit au renouvellement ;

- cette clause est opposable à la commune qui a contresigné la convention de sous-location.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, la commune de Bourgoin-Jallieu conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, président-rapporteur,

- et les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2108072, n° 2200083, n° 2203246 et n° 2204977 ont été présentées par la même société requérante, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par une convention de location-gérance d'un fonds de commerce signée le 11 juillet 1989, la commune de Bourgoin-Jallieu a mis à disposition de l'association Club sportif de Bourgoin-Jallieu (CSBJ) Rugby, à compter du 1er septembre 1989 et pour une durée de quinze ans, un fonds de commerce situé dans l'enceinte du complexe sportif Pierre Rajon, constitué d'un local à usage de buvette et de restaurant avec équipements internes et d'une licence d'exploitation de débit de boissons de type IV. Cette convention d'occupation temporaire du domaine public, prévoyant également que l'association CSBJ Rugby s'acquitterait de son loyer en une fois pour quinze années en réalisant à ses frais un bâtiment à usage de buvette et restaurant qui serait la propriété de la commune, a fait l'objet de deux avenants l'ayant prolongée jusqu'au 31 juillet 2024. Parallèlement, par une convention de sous-location du 3 octobre 2013, l'association CSBJ Rugby a sous-loué à A l'occupation d'un ensemble immobilier à usage de buvette et de restaurant appartenant à la commune, comprenant un local d'environ 150 m2 outre les dépendances, une terrasse à usage de brasserie et une licence IV d'exploitation attachée au local, pour une durée de neuf années à compter rétroactivement du 1er août 2012. Le 2 janvier 2021, l'association CSBJ Rugby a informé la commune de Bourgoin-Jallieu de son souhait de résilier la convention les liant à compter du 31 juillet 2021, ce que la commune accepté le 13 juillet 2021. Le 21 juillet 2021, A a sollicité de l'association CSBJ Rugby le renouvellement de la sous-location dont elle était bénéficiaire. L'association CSBJ Rugby a refusé par un courrier du 5 août 2021, au motif qu'elle-même ne détenait plus aucun titre d'occupation du domaine public communal. Par un courrier du 6 septembre 2021, le maire de Bourgoin-Jallieu a mis en demeure A de quitter les lieux dans un délai de huit jours. Par un second courrier du 5 octobre 2021, il l'a informée de l'envoi prochain de titres exécutoires correspondant à l'indemnité d'occupation irrégulière du domaine public due à la commune, pour un montant mensuel de 1 680 euros. Puis il a émis, les 7 octobre 2021, 9 novembre 2021, 7 décembre 2021, 17 janvier 2022, 14 février 2022, 11 mars 2022, 8 avril 2022 et 3 juin 2022, les titres exécutoires annoncés en vue du recouvrement de l'indemnité d'occupation des mois de juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 2021 et de janvier, février, mars et mai 2022. A demande l'annulation de ces titres et la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes.

3. Une commune est fondée à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public communal.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. ". En vertu de ces dispositions, une commune ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

5. Au cas d'espèce, les titres de recette mentionnent la période d'occupation concernée, le montant de la somme demandée et la nature de la créance. S'ils font référence à une " décision du maire n° DC 2021-103 jointe " dont A soutient qu'elle n'était pas jointe au titre et ne lui a pas été notifiée antérieurement, il résulte du principe énoncé au point 3 que le montant de l'indemnité d'occupation due à la commune correspondait à celui du loyer antérieurement perçu par elle durant l'occupation régulière du domaine public. La convention de sous-location stipulait que A était redevable, au titre de l'occupation régulière du domaine public, d'une redevance de 1 400 euros hors taxe, soit, avec un taux de taxe de 20 %, 1 680 euros toutes taxes comprises. Ainsi, l'indication dans les titres de la nature de la créance, à savoir une indemnité d'occupation irrégulière du domaine public, suffisait à justifier des modalités de calcul de la somme de 1 680 euros réclamée pour chaque mois, compte tenu des relations contractuelles ayant existé entre la commune et la société requérante. Dans ces circonstances, alors même que A n'aurait pas été destinataire de la décision du maire DC 2021-103 du 24 septembre 2021, les bases de la liquidation étaient indiquées dans les titres eux-mêmes avec une précision suffisante pour lui permettre de les contester utilement. Par suite, le vice de forme invoqué ne revêt pas un caractère substantiel et n'affecte pas la régularité des titres.

6. En second lieu, la convention de sous-location du 3 octobre 2013 stipulait : " Les conditions de renouvellement de ladite sous-location seront identiques à celles de la convention de location gérance. Les parties s'engagent à renégocier cette sous-location à l'issue du délai de neuf ans pour permettre de pérenniser l'activité du sous-locataire. Le sous-locataire pourra solliciter le renouvellement de son bail par voie de demande expresse formulée par recommandé avec accusé de réception au locataire principal dans la mesure toutefois des droits que ce dernier tient lui-même du propriétaire. / A l'expiration du bail principal, le propriétaire n'est tenu au renouvellement que s'il a, expressément ou tacitement, autorisé ou agréé la sous-location et si, en cas de sous-location partielle, les lieux faisant l'objet du bail principal ne forment pas un tout indivisible matériellement ou dans la commune intention des parties. () En tout état de cause, le droit d'occuper les locaux cessera de plein droit à l'issue de la convention de location-gérance. ".

7. A supposer, comme le soutient A, qu'elle avait droit au renouvellement de la convention de sous-location et que celle-ci fut opposable à la commune de Bourgoin-Jallieu, il n'en demeure pas moins que l'association CSBJ Rugby n'a pas fait droit à sa demande présentée en ce sens le 21 juillet 2021 et que la commune, qui n'a pas été directement destinataire d'une telle demande, ne lui a délivré, en tout état de cause, aucun nouveau titre. Dès lors, en admettant même que la commune ait été tenue de renouveler la convention et qu'un éventuel refus aurait été illégal, A ne disposait pas pour autant d'un titre l'autorisant à occuper le domaine public communal à l'expiration de son contrat, survenue le 1er août 2021. Au demeurant, il résulte des stipulations précitées que la convention de sous-location prenait fin, de plein droit, à l'issue de la convention de location-gérance. Cette dernière ayant été résiliée à compter du 31 juillet 2021, la convention de sous-location ne pouvait être renouvelée au-delà de ce terme. Il suit de là que A a été regardée, à bon droit, par la commune de Bourgoin-Jallieu comme occupant irrégulièrement le domaine public communal à compter du 1er août 2021. Dès lors, elle était redevable envers la commune d'une indemnité d'occupation à compter de cette date et jusqu'à la libération des lieux. Il n'est pas contesté que la société s'est maintenue sur le domaine public au moins jusqu'en mai 2022. Ainsi, elle n'est pas fondée à demander l'annulation des titres exécutoires correspondant aux mois d'août, septembre, octobre, novembre et décembre 2021 et de janvier, février, mars et mai 2022.

8. En revanche, comme il vient d'être dit, A a été occupante régulière du domaine public communal jusqu'au 31 juillet 2021. Dès lors, la commune de Bourgoin-Jallieu ne pouvait légalement lui réclamer le paiement d'une indemnité d'occupation au titre du mois de juillet 2021. Il suit de là que le titre exécutoire n° 2744 du 7 octobre 2021 doit être annulé et la société requérante déchargée de l'obligation de payer la somme de 1 680 euros y afférente.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Bourgoin-Jallieu une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire n° 2744 émis par le maire de Bourgoin-Jallieu le 7 octobre 2021 est annulé et A est déchargée de l'obligation de payer la somme correspondante de 1 680 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à A et à la commune de Bourgoin-Jallieu.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

Le Président-rapporteur,

V. L'HÔTEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

G. LEFEBVRE

La greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2108072,2200083, 2203246, 2204977

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