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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108260

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108260

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108260
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantARTIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 novembre 2021, le 20 janvier 2022, le 29 novembre 2023, le 21 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Artis, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de procéder au calcul de ses droits à la prime d'activité pour la période de septembre 2017 à janvier 2018 en exécution du jugement n°1901650 du 28 juin 2021 ;

2°) de déclarer irrecevable la saisie administrative à tiers détenteur engagée par le département de la Savoie le 16 juin 2021 pour le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active de 6 566,62 euros ;

3°) d'ordonner à la caisse d'allocations familiales et au département de la Savoie de communiquer les montants prélevés sur sa pension de retraite depuis août 2021 afin de permettre le calcul exact des sommes restant dues par M. C au titre des indus litigieux ;

4°) de réévaluer la dette de revenu de solidarité active mise à la charge de M. C à 1 602,80 euros ;

5°) d'annuler les décisions du 20 août 2021 par lesquelles le président du conseil départemental de la Savoie a rejeté sa demande de remise de dette des indus de revenu de solidarité active de 214,38 euros pour la période du 1er avril 2017 au 31 mai 2017 et de 527,45 euros pour la période de mai 2017 à décembre 2017 ;

6°) condamner la caisse d'allocations familiales de la Savoie aux entiers dépens

Il soutient que :

- la caisse d'allocations familiales de la Savoie n'a pas procédé à l'exécution du jugement n°1901650 du 28 juin 2021 ;

- le calcul de ses droits à la prime d'activité doit ramener sa dette à 4 596,61 euros après compensation ;

- la caisse a déjà procédé au prélèvement de 1 800,22 euros suite à la saisie administrative à tiers détenteur ;

- l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017 n'est pas fondé ;

- la pénalité prononcée par la caisse n'est pas fondée dès lors que le comportement de M. C ne peut être qualifié de frauduleux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, le département de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions de M. C relatives à la saisie administrative à tiers détenteur sont irrecevables ;

- le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 28 juin 2021 a été correctement exécuté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que

- les conclusions de M. C relatives à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Grenoble du 28 juin 2021 sont irrecevables dès lors que le tribunal a administrativement classé la demande d'exécution ;

- le jugement a été correctement exécuté ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par un courrier du 21 décembre 2023, les parties ont été informées de ce qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal est susceptible de relever d'office des moyens tirés de :

- l'irrecevabilité des conclusions relatives à l'avis de saisie administrative à tiers détenteur dès lors que la contestation d'une telle décision ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative.

- l'irrecevabilité des conclusions relatives à la pénalité administrative de 375 euros prononcée par le directeur de la caisse d'allocations de la Savoie dès lors qu'elles ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative.

- l'irrecevabilité des conclusions relatives au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active de 214,38 euros dès lors que le requérant n'a pas saisi l'administration d'un recours administratif préalable obligatoire en application de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles.

- l'irrecevabilité des conclusions à fin de remise gracieuse de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017 dès lors qu'aucune demande préalable n'a été adressée en ce sens à la caisse d'allocations familiales de la Savoie.

Par des mémoires enregistrés le 2 février et le 29 février 2024, M. C a produit des observations en réponses aux moyens soulevés d'office.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 8 avril 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était allocataire du revenu de solidarité active " socle " auprès du département de la Savoie ainsi que de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2017, du revenu de solidarité active " activité " et de la prime d'activité auprès de la caisse d'allocations familiales de la Savoie. Le 21 septembre 2018, la caisse lui a notifié deux indus de revenu de solidarité active " socle " d'un montant de 11 570,86 euros pour la période de septembre 2015 à janvier 2018 et 152,45 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année, soit une dette d'un montant global de 11 723,31 euros. M. C a ensuite bénéficié d'un rappel de revenu de solidarité active " activité " pour la période de septembre à décembre 2015 d'un montant de 710,69 euros et de prime d'activité s'élevant à 4 293,55 euros pour la période de janvier 2016 à août 2017 ramenant ainsi le montant de l'indu à 6 719,07 euros. Par un courrier daté du 15 novembre 2018 et adressé à la caisse d'allocations familiale de la Savoie, M. C a contesté le bien-fondé de ces dettes. Ce recours a été implicitement rejeté par l'administration. Le 12 décembre 2018, la caisse a infligé une pénalité administrative de 375 euros à M. C. Par une requête enregistrée le 12 mars 2019 sous le numéro 1901650, M. C a contesté les décisions implicites de rejet de son recours préalable auprès du tribunal administratif de Grenoble. Par un jugement du 28 juin 2021, le tribunal a fait droit à ses conclusions et a renvoyé M. C devant la caisse d'allocations familiales afin qu'il soit procédé à une réévaluation de ses droits à la prime d'activité pour la période du 1er septembre 2017 au 31 janvier 2018. Le 16 juin 2021, le département de la Savoie a engagé une procédure de saisie administrative à tiers détenteur pour le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active de 6 566,62 euros. Enfin, le 30 août 2021, le président du conseil départemental de la Savoie a rejeté la demande de remise gracieuse de M. C s'agissant d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 303,24 euros pour la période d'avril à mai 2017. Estimant que le jugement n'a pas été exécuté, M. C a saisi le tribunal d'une requête en exécution enregistrée sous le n° 2108260 le 25 novembre 2021 ainsi que d'une demande d'exécution en application de l'article R. 921-5 du code de justice administrative le 20 janvier 2022 dans le dossier n°1901650. Par une décision du 14 février 2022, le président du tribunal administratif de Grenoble a estimé que la décision avait été régulièrement exécutée par la caisse et a procédé au classement administratif de la demande en application des dispositions des articles R. 921-5 et R. 921-6 du code de justice administrative. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur et de réévaluer le montant de sa dette de revenu de solidarité active à 1 800,22 euros et de lui accorder une remise gracieuse des indus de revenu de solidarité active de 303,24 euros pour la période d'avril à mai 2017.

Sur la pénalité administrative :

2. Aux termes de l'article L. 114-7 du code de la sécurité sociale : " I.- Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; 2° L'absence de déclaration d'un changement dans la situation justifiant le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; 3° L'exercice d'un travail dissimulé, constaté dans les conditions prévues à l'article L. 114-15, par le bénéficiaire de prestations versées sous conditions de ressources ou de cessation d'activité ; 4° Les agissements visant à obtenir ou à tenter de faire obtenir le versement indu de prestations servies par un organisme mentionné au premier alinéa, même sans en être le bénéficiaire () ". Aux termes de l'article L. 114-17-2 du même code : " I.- Le directeur de l'organisme mentionné aux articles L. 114-17 ou L. 114-17-1 notifie la description des faits reprochés à la personne physique ou morale qui en est l'auteur afin qu'elle puisse présenter ses observations dans un délai fixé par voie réglementaire. A l'expiration de ce délai, le directeur : () ; 3° () saisit la commission mentionnée au II du présent article. A réception de l'avis de la commission, le directeur : c) () notifie à l'intéressé la pénalité qu'il décide de lui infliger, en indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. La pénalité est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire () ".

3. Par décision du 12 décembre 2018, la caisse d'allocations familiales de la Savoie a infligé à M. C une pénalité administrative de 375 euros en application de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. Il résulte des dispositions précitées que la contestation d'une telle décision relève de la compétence du tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre cette pénalité doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur l'exécution du jugement n°1901650 :

4. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. ". Aux termes de l'article R. 921-5 du même code : " Le président de la cour administrative d'appel ou du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4, ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. Lorsque le président estime qu'il a été procédé à l'exécution ou que la demande n'est pas fondée, il en informe le demandeur et procède au classement administratif de la demande () ". Enfin, aux termes de l'article R. 921-6 du même code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que le législateur a entendu instaurer une procédure spécifique relative à l'exécution des jugements. Il résulte de l'instruction que le 20 janvier 2022, M. C a demandé au tribunal de faire procéder à l'exécution du jugement n°1901650 en enjoignant à la caisse d'allocations familiales de la Savoie, sous astreinte, de procéder au calcul de ses droits à la prime d'activité pour la période de septembre 2017 à janvier 2018. Par une décision du 14 février 2022, le président du tribunal administratif de Grenoble a considéré que la décision avait été régulièrement exécutée et les droits de M. C à la prime d'activité fixés et a classé administrativement cette demande en application des dispositions de l'article R. 921-6 du code de justice administratif. Par suite, et dès lors que M. C n'a pas demandé l'ouverture d'aucune procédure juridictionnelle dans le délai d'un moins suivant la notification de cette décision, le classement administratif est devenu définitif de sorte que la décision n°1901650 du 28 juin 2021 doit être regardée comme ayant été exécutées. Par suite, les conclusions de M. C relative à l'exécution de ce jugement doivent être rejetées.

Sur la saisie administrative à tiers détenteur :

6. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 de finances rectificative pour 2017 : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / [] / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ".

7. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction résultant de la même loi du 28 décembre 2017 : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / [] / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / [] / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

8. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

9. Il résulte de l'ensemble des écritures que M. C conteste le montant de la somme réclamée par l'avis de saisie administrative à tiers détenteur laquelle s'élève à 6 566,62 euros et correspond à l'indu de revenu de solidarité active pour la période de septembre 2015 à janvier 2018. Il soutient qu'eu égard à ses droits à la prime d'activité et aux montants déjà prélevés, la somme réclamée devrait être ramenée à 1 800,22 euros justifiant que soit annulé le titre exécutoire. Toutefois, il résulte des motifs du jugement n°1901650 devenu définitif que l'ensemble des moyens relatifs au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active réclamé ont été écartés de sorte que M. C n'est plus fondé à le contester. Par ailleurs, la circonstance qu'il ait déjà été procédé à des prélèvements en application de ce titre exécutoire n'est pas un moyen de nature à justifier son annulation. Par conséquent, les conclusions relatives à la saisie administrative à tiers détenteur doivent être rejetées.

Sur l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017 :

10. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

11. Aux termes de l'article 3 du décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 : "

Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2017 ou, à défaut, du mois de décembre 2017, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. ".

12. Il résulte de l'instruction et notamment du jugement n°1901650 que M. C ne pouvait bénéficier du revenu de solidarité active à compter du mois de septembre 2015 dès lors qu'il avait repris une activité salariée et qu'un indu de cette allocation pour la période de septembre 2015 à janvier 2018 a été mis à sa charge. Par conséquent, M. C ne pouvant bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active pour les mois de novembre et décembre 2017, il ne pouvait pas non plus bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année.

Sur la demande de remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active de 303,24 euros pour la période d'avril à mai 2017 :

13. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

14. La demande de remise gracieuse n'a que pour objet d'accorder au requérant une diminution partielle ou totale du montant de sa dette eu égard à sa situation de précarité financière. En se bornant à soutenir que le montant de la dette de revenu de solidarité active avait été fixé par le jugement n°1901650 et que la caisse a méconnu l'autorité de la chose jugée en réévaluant le montant de l'indu de cette allocation pour la période d'avril à mai 2017, le requérant soulève des moyens relatifs au bien-fondé de l'indu qu'il n'est en l'espèce pas recevable à présenter à l'appui d'une demande de remise gracieuse.

Sur la demande de remise gracieuse de l'indu de 527,45 euros :

15. M. C demande l'annulation de la décision du 20 août 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Savoie a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active de 527,45 euros. Toutefois, d'une part, la décision du 20 août 2021 produite en l'espèce est seulement relative à l'indu de revenu de solidarité active de 303,24 euros mis à sa charge pour les mois d'avril et mai 2017 et d'autre part, il n'est établi par aucune pièce que M. C serait redevable d'une telle somme. Enfin, le requérant ne justifie d'aucune demande préalable adressée à l'administration aux fins d'obtenir la remise gracieuse de cette somme de 527,45 euros. Par conséquent, ces conclusions doivent être rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Artis, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département de la Savoie.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet de la Savoie, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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