mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2108520 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | JACQUEZ DUBOIS |
Vu la procédure suivante :
Par requête et mémoires, enregistrés le 16 décembre 2021, le 25 août 2022, le 29 septembre 2022 et le 14 novembre 2022, M. A D, représenté par Me Jacquez Dubois, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 28 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Savoie l'a licencié tout en l'invitant à présenter une demande de reclassement, ainsi que la décision du 29 octobre 2021 rendue sur recours gracieux, enfin la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Savoie a confirmé son licenciement à la suite de l'échec de la procédure de reclassement initiée ;
2°) d'enjoindre au département de la Savoie, sous astreinte journalière de 200 euros, à le réintégrer dans les effectifs du département et à reconstituer sa carrière à compter de sa date de licenciement, incluant, sur la période d'éviction, le versement d'une indemnité correspondant au montant net des traitements, primes et indemnités qu'il aurait dû percevoir, outre intérêts moratoires, déduction faite des indemnités qui lui ont été versées sur cette période ;
3°) de condamner le département de la Savoie à lui verser une indemnité de 10 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;
4°) de mettre à la charge du département de la Savoie une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- le licenciement est illégal, aucune mesure de reclassement n'ayant jamais été initiée, en méconnaissance de l'article 39-5 du décret du 15 février 1988 ;
-le licenciement est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure, en ce que le motif annoncé tiré du recrutement d'un fonctionnaire masque la volonté de la collectivité de l'évincer pour insuffisance professionnelle ;
- il est illégal en ce qu'il manifeste le harcèlement moral qu'il a subi, en méconnaissance de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.
Par des mémoires, enregistrés le 17 juin 2022, le 30 septembre 2022 et le 20 octobre 2022, le département de la Savoie conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le département de la Savoie fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables, faute de préciser la décision attaquée ;
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables par voie de conséquence, car présentées à titre principal ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute de liaison du litige,
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2023 :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Auger, pour le département de la Savoie.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été recruté à compter du 1er septembre 2019 sous couvert d'un contrat à durée déterminée de trois ans par le conseil départemental de la Savoie, pour occuper les fonctions de directeur du développement artistique et culturel (DGAST-DDAC). Le président du conseil départemental de la Savoie lui a notifié sa décision de le licencier le 29 juin 2021, en raison du recrutement d'un fonctionnaire sur son emploi, et l'a invité à formuler une demande de reclassement. A la suite de l'échec de la procédure de reclassement demandé par l'intéressé, le président du conseil départemental l'a licencié à compter du 30 novembre 2021. Dans la présente instance, M. D demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir " la décision de licenciement " et formule des conclusions indemnitaires.
Sur les conclusions indemnitaires:
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative dans sa version alors en vigueur : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". Ainsi que l'oppose en défense le département de la Savoie, ni avant l'enregistrement de sa requête ni en cours d'instance, M. D n'a présenté de demande à son employeur tendant à ce qu'il se prononce sur sa demande d'indemnité formulée dans la présente instance à hauteur de 10 000 euros. Les conclusions indemnitaires susvisées sont donc irrecevables et doivent être rejetées.
Sur l'étendue du litige et la fin de non-recevoir tirée de la trop grande imprécision des conclusions à fin d'annulation de la requête:
3. Le département de la Savoie soutient qu'en se bornant à demander au Tribunal " d'annuler la décision attaquée ", le requérant ne précise pas suffisamment ses conclusions, qui devraient donc être rejetées pour irrecevabilité. Toutefois, l'en-tête de la requête précise être dirigée contre " la décision de licenciement du 28 juin 2021 (), la décision du 31 août plaçant l'intéressé en congé sans traitement, la décision de licenciement du 30 novembre 2021 [intervenue après échec de la procédure de reclassement] (), ainsi que la décision du 29 octobre 2021 rejetant le recours gracieux ". En réponse à la fin de non-recevoir soulevée, le requérant précise diriger ses conclusions à fin d'annulation contre " la décision de licenciement ".
4. D'une part, le requérant n'articule aucun moyen contre la décision du 31 août le plaçant en congé sans traitement, qui ne porte en outre pas licenciement.
5. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de considérer que M. D demande l'annulation de la décision susvisée du 28 juin 2021, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux dont il est constant qu'elle est datée du 29 octobre 2021, enfin de la décision du 26 novembre 2021, par laquelle M. D a été licencié en raison de l'échec de la procédure de reclassement initiée par le département de la Savoie.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision susvisée du 28 juin 2021, ainsi que de la décision du 29 octobre 2021 rendue sur recours gracieux et la décision de licenciement du 26 novembre 2021 intervenue à la suite de l'échec de la procédure de reclassement :
6. D'une part, aux termes de l'article 39-3 du décret du 15 février 1988 susvisé : " Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté sur un emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée peut être notamment justifié par l'un des motifs suivants : () 3° Le recrutement d'un fonctionnaire lorsqu'il s'agit de pourvoir un emploi soumis à la règle énoncée à l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ; () ". Aux termes de l'article 39-5 de ce décret : " I.-Le licenciement pour l'un des motifs prévus à l'article 39-3 () ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent n'est pas possible dans un autre emploi que la loi du 26 janvier 1984 susvisée autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement des agents contractuels. Ce reclassement concerne les agents recrutés sur emplois permanents conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. () II.- Lorsque l'autorité territoriale envisage de licencier un agent pour l'un des motifs mentionnés au I du présent article, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 42. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire, prévue à l'article L. 272-1 du code général de la fonction publique, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature./ Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 40./ Cette lettre invite également l'intéressé à présenter une demande écrite de reclassement, dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 40, et indique les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont susceptibles de lui être adressées. () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée alors en vigueur: " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : () 2° Lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; () ". Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut. ".
8. En premier lieu, la décision susvisée du 28 juin 2021 se borne à inviter M. D à présenter une demande écrite de l'intéressé, en application des dispositions précitées du II de l'article 39-5 du décret du 15 février 1988 susvisé. Prise par définition avant la demande de reclassement, elle est antérieure au déclenchement de la procédure de reclassement. M. D ne saurait dès lors utilement soutenir qu'elle méconnaîtrait l'obligation de reclassement à la charge de l'employeur telle que définie au I de l'article 39-5 du décret du 15 février 1988.
9. En deuxième lieu, M. D a présenté une demande de reclassement dès le 29 juin 2021. Il soutient que l'emploi de chargé de mission d'enseignement et pratiques amateurs, vacant en mai 2021, aurait dû lui être proposé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit d'un emploi permanent pouvant être occupé par un agent contractuel sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté. Or l'emploi considéré a été pourvu par une attachée territoriale titulaire recrutée par voie de mutation le 11 octobre 2021, alors au demeurant que sa candidature avait été examinée avant la demande de reclassement de M. D. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, M. D n'est pas fondé à soutenir que le département de la Savoie aurait méconnu ses obligations de reclassement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 39-5 du décret du 15 février 1988 doit donc également être écarté s'agissant de la décision susvisée du 26 novembre 2021.
10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté qu'une attachée territoriale titulaire a occupé, à compter du 1er septembre 2021, l'emploi de directeur du développement artistique et culturel précédemment occupé par le requérant, agent contractuel. Ainsi, dès lors que l'autorité administrative justifie avoir écarté M. D en raison de l'affectation d'un fonctionnaire sur son emploi, en application des dispositions combinées précitées de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 et du 3° de l'article 39-3 du décret du 15 février 1988, M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées de détournement de procédure ou de pouvoir.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; () ".
12. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 10 que le licenciement en litige est légalement fondé par le recrutement d'un fonctionnaire, soit une circonstance totalement étrangère au requérant. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ne saurait être utilement invoqué à l'appui des conclusions à fin d'annulation des décisions de licenciement en litige.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les conclusions présentées par M. D, la partie perdante, doivent être rejetées ; dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du département de la Savoie.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Savoie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au département de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
Le rapporteur,
I. C
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2108520
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026