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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108742

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108742

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108742
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCONCORDIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - A une requête enregistrée sous le n° 2108742, le 20 décembre 2021, Mme D F, représentée A le cabinet Concordia Avocats demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 4 novembre 2021 A laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Savoie a refusé de lui accorder une décharge de responsabilité solidaire ;

2°) d'ordonner la décharge des impositions solidaires et des pénalités mises à sa charge ;

3°) à titre subsidiaire, de dire que l'administration aurait dû se prononcer sur la demande remise gracieuse qu'elle a présentée et de reconnaître que les conditions de gêne et d'indigence sont réunies ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens en vertu de l'article R. 207-1 du livre des procédures fiscales.

Elle soutient que :

- elle est solidairement redevable des dettes fiscales de son époux qui sont liées à son activité professionnelle ;

- il existe une disproportion entre ses revenus et le montant de la dette ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation et une dénaturation des faits en considérant qu'elle s'est livrée à des manœuvres afin de se soustraire au paiement de l'impôt ;

- elle n'a pas pu payer les impositions en cause avant 2018 car elle n'en n'avait pas connaissance, elle n'a pas payé les dettes de son époux après cette date car elle devait se défendre face à une situation dont elle était victime ;

- les fonds perçus à la suite d'un héritage ont servi à financer les études des enfants du couple ;

- l'administration ne peut lui reprocher de remplir ses obligations à l'égard de ses enfants avant de remplir ses obligations fiscales ;

- il appartient à l'administration d'apprécier l'indigence à la date à laquelle elle se prononce ;

- elle commet une erreur de droit d'une part, en l'interrogeant sur l'utilisation de sommes perçues depuis plus de de trois ans et d'autre part, en considérant qu'elle était de mauvaise foi et qu'elle aurait organisé son insolvabilité ;

- la demande de détournement des loyers sur le compte d'un de ses enfants est une affirmation du service ;

- l'ordonnance de non conciliation prévoit un devoir de secours d'un montant de 2 000 euros en sa faveur et une somme de 2 500 euros pour les quatre enfants ;

- elle reverse à ses enfants une partie des sommes acquittée A son époux ;

- l'administration n'a pas traité sa demande de remise totale de l'impôt et des pénalités fondée sur l'article L. 247 du livre des procédures fiscales ;

- elle perçoit des revenus de 16 800 euros A an alors qu'elle doit une somme de 1 699 835,69 euros ;

- la saisine du bien immobilier dont elle est propriétaire indivis, A le pôle de recouvrement spécialisé de Haute-Savoie, méconnaît l'article 1er du protocole additionnel de la convention européenne des droits de l'homme ;

- l'administration a fait obstacle à son rétablissement personnel, lorsqu'elle a déposé un dossier de surendettement ;

- l'administration ne répond pas à l'intégralité de la demande qu'elle lui a adressée.

A un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, le directeur départemental de la Haute-Savoie conclut à l'irrecevabilité de la demande de décharge de responsabilité solidaire en ce qui concerne les prélèvements sociaux et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

A une ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2023.

II - A une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2201248, les 1er mars et 13 décembre 2022, Mme D F, représentée A le cabinet Concordia Avocats, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 28 décembre 2021 A laquelle la direction départementale de Haute-Savoie a refusé de lui accorder la remise gracieuse des impositions mises à sa charge pour erreur manifeste d'appréciation et erreur de droit ;

2°) d'ordonner la décharge des impositions et des pénalités auxquelles elle a été assujettie ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 28 décembre 2021 A laquelle la direction départementale de Haute-Savoie a refusé de lui accorder la remise gracieuse des impositions mises à sa charge pour incompétence de son signataire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens en vertu de l'article R. 207-1 du livre des procédures fiscales.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle justifie d'un intérêt pour agir ;

- à titre principal, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, d'une dénaturation des faits et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, la décision contestée a été prise A une autorité incompétente.

A un mémoire en défense enregistré, le 16 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut à l'annulation de la décision attaquée et s'en remet à la sagesse du tribunal pour les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte est fondé.

A une ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 décembre 2022.

A lettre du 10 février 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le juge de l'excès de pouvoir enjoigne à l'administration fiscale de prononcer le dégrèvement des impositions mises à la charge de Mme F.

A un courrier du 15 février 2023, Mme F a présenté ses observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office A le tribunal.

Elle soutient que l'absence d'analyse au fond du dossier aboutit à méconnaître sa situation d'indigence et à dénaturer sa demande gracieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les conclusions de Mme Brenner-Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2108742 et 2201248 concernent la même contribuable, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer A un seul jugement.

2. M. B C et Mme D F ont fait l'objet d'impositions communes du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2016, d'un montant total de 1 699 835,69 euros, dont 1 363 760,69 euros au titre de l'impôt sur le revenu et 336 075 euros au titre des contributions sociales. Les impositions relatives aux années 2008 à 2014 sont issues de contrôles fiscaux. Celles des années 2015 et 2016 résultent des déclarations de revenus déposées A les époux C. A une ordonnance de non-conciliation du 10 octobre 2019, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance d'Annecy a constaté la résidence séparée des époux C depuis la fin du mois de juin 2019.

3. La requérante a sollicité, le 31 décembre 2020, une décharge de responsabilité solidaire sur le fondement du II de l'article 1691 bis du code général des impôts. Cette demande était assortie, à titre subsidiaire, d'une demande de remise gracieuse des impositions pour gêne et indigence sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales et du III de l'article 1691 bis du code général des impôts. L'administration a rejeté la demande en décharge de responsabilité solidaire, A une décision du 4 novembre 2021. La demande de remise gracieuse des impositions a également fait l'objet d'une décision de rejet, le 28 décembre 2021. Mme F demande l'annulation pour excès de pouvoir d'une part, de la décision du 4 novembre 2021 rejetant sa demande de décharge de responsabilité solidaire et d'autre part, de la décision du 28 décembre 2021 refusant de lui accorder une remise gracieuse des impositions mises à sa charge.

Sur les conclusions tendant à la décharge de responsabilité solidaire :

En ce qui concerne les prélèvements sociaux :

4. Les prélèvements sociaux n'entrent dans le champ d'application du dispositif prévu A l'article 1691 bis du code général des impôts dont il est demandé l'application. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à demander la décharge de son obligation solidaire au paiement des prélèvements sociaux d'un montant de 336 075 euros relatifs aux années 2011 à 2014. A suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

En ce qui concerne l'impôt sur le revenu :

5. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts : " I. Les époux et les partenaires liés A un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement : / 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; / 2° De la taxe d'habitation lorsqu'ils vivent sous le même toit. / II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande : () / c) Les intéressés ont été autorisés à avoir des résidences séparées ; () ; / 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. () / 3. Le bénéfice de la décharge de l'obligation de paiement est subordonné au respect des obligations déclaratives du demandeur prévues A les articles 170 et 885 W à compter de la date de la fin de la période d'imposition commune. / La décharge de l'obligation de paiement ne peut pas être accordée lorsque le demandeur et son conjoint ou son partenaire lié A un pacte civil de solidarité se sont frauduleusement soustraits, ou ont tenté de se soustraire frauduleusement, au paiement des impositions mentionnées aux 1° et 2° du I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B, soit en organisant leur insolvabilité, soit en faisant obstacle, A d'autres manœuvres, au paiement de l'impôt ".

6. Les dispositions précitées du II de l'article 1691 bis du code général des impôts créent un droit à décharge de la solidarité au bénéfice des contribuables qui remplissent les conditions qu'elles énoncent. La décision de l'administration à laquelle est présentée la demande de décharge est prise après une appréciation de la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur, rapportée à sa dette fiscale, quelles que soient les impositions qui la composent. S'agissant de la condition relative au 3 de l'article précité, les manœuvres frauduleuses visées sont celles dont le contribuable se rend auteur et destinées à se soustraire au paiement des impositions en cause, soit en organisant son insolvabilité, soit en faisant obstacle, A d'autres manœuvres, au paiement des impositions supplémentaires mises à la charge du foyer fiscal. Il résulte A ailleurs de ces dispositions que le juge, qui exerce son contrôle sur l'appréciation ainsi portée A l'administration sur la situation du contribuable, doit se placer, s'agissant de cette situation, non pas à la date à laquelle il statue, mais à la date à laquelle le contribuable a présenté sa demande de décharge à l'administration et au regard des faits et des pièces justificatives qui ont été invoqués dans cette demande et soumis à cette dernière

7. Compte tenu de l'absence de solidarité en matière de prélèvements sociaux, la demande de décharge de responsabilité solidaire porte sur la somme de 1 363 760,69 euros qui concernent l'impôt sur le revenu au titre des années 2008 à 2016.

8. Il résulte de l'instruction que deux des impositions en litige concernent l'impôt sur le revenu déterminé à partir des déclarations déposées A les époux C d'une part, au titre de l'année 2015 à payer au plus le 15 septembre 2016, dont le solde s'élève à 71 505,93 euros et d'autre part, au titre de l'année 2016, à payer au plus tard le 15 septembre 2017, dont le solde s'élève à 18 850,41 euros. A ailleurs, la requérante a fait l'objet d'avis à tiers détenteur, qui lui ont notifiés personnellement A lettre recommandée dont elle a accusé réception le 20 décembre 2014, relatif au premier contrôle fiscal réalisé au titre des années 2009 à 2011, soit trois avis à tiers détenteur du 15 décembre 2014 d'un montant restant dû de 345 882 euros. Un huissier des finances publiques a dressé un procès-verbal de saisie, le 16 mars 2016, accompagné d'un rapport mentionnant la présence de Mme C durant sa visite et du fait qu'elle était informée de la situation du foyer fiscal. Ce procès-verbal vise l'impôt sur le revenu dû A les époux C au titre des années 2007, 2008, 2009, 2010 et 2011. Une saisie immobilière a été effectuée sur le bien détenu en indivision A les époux C à Neuilly-sur-Seine, le 18 janvier 2018, A le pôle de recouvrement spécialisé de Haute-Savoie. Un commandement de payer a été délivré aux époux C, le même jour. Les impositions ont été garanties A des inscriptions d'hypothèques légales, le 12 décembre 2013, le 7 avril 2014, le 10 juin 2014, le 9 septembre 2014, le 5 février 2016, le 7 avril 2016 et le 11 avril 2017. L'administration a également notifié à la requérante, le 1er octobre 2018, un avis à tiers détenteur relatif à l'impôt sur le revenu de l'année 2016, reçu A l'intéressée, le 4 octobre 2018. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'était pas informée de la situation fiscale du foyer fiscal ni davantage de celle résultant des agissements de son époux.

9. Il résulte également de l'instruction que Mme C a hérité d'un bien immobilier et perçu au cours du premier semestre 2018, une somme d'environ 400 000 euros à la suite du décès de sa mère, le 14 janvier 2018. Elle prétend avoir utilisé cette somme notamment pour financer les études de ses enfants alors que l'ordonnance de non-conciliation du 10 octobre 2019 a fixé la contribution de M. C à l'entretien et à l'éducation de ses quatre enfants majeurs à la somme de 625 euros A enfant, soit une somme totale de 2 500 euros. En outre, A un jugement du 4 mars 2022, la chambre civile du tribunal judiciaire d'Annecy a constaté l'absence de bonne foi de Mme F et l'a déclarée irrecevable à bénéficier d'une procédure de surendettement. Le tribunal a notamment relevé que le montant des revenus de l'intéressée était particulièrement disproportionné A rapport à la situation financière déclarée à la commission de surendettement, que Mme F avait manifestement organisé son insolvabilité pour éviter tout paiement à l'administration fiscale, qu'elle avait déclaré avoir donné à ses enfants l'usufruit de biens immobiliers dont elle était propriétaire à Thônes, qui sont loués, ses enfants lui reversant une partie des loyers perçus. L'intéressée leur a également donné la somme de 400 000 euros reçue de la succession de sa mère. Le tribunal a noté que Mme F engageait toutes démarches pour freiner la vente du bien immobilier de Neuilly et qu'elle s'était volontairement placée en situation de ne pas régler ses dettes. Il ressort, d'ailleurs, des termes de la décision du 4 novembre 2021, que Mme C, qui a perçu la somme de 400 000 euros, n'a procédé à aucun versement auprès du pôle de recouvrement spécialisé de Haute-Savoie afin de diminuer la dette dont elle n'ignorait pas être redevable. Enfin, l'administration produit notamment un courrier du 14 octobre 2018 selon lequel les époux C ont sollicité le versement des loyers, dus A leur locataire, sur le compte bancaire de leur fils alors que le pôle de recouvrement spécialisé avait adressé, à ce locataire, un avis à tiers détenteur lui faisant obligation de verser les loyers en cause au Trésor public. Dans ces conditions, la requérante doit être regardé comme ayant tenté de se soustraire frauduleusement au paiement de l'impôt en réduisant la valeur de son patrimoine saisissable.

10. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a considéré que Mme F s'était frauduleusement soustraite au paiement de l'impôt A manœuvre ou A organisation de son insolvabilité. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir qu'elle devait bénéficier du dispositif spécifique de décharge de responsabilité solidaire prévu A les dispositions de l'article 1691 bis du code général des impôts. A suite, sa demande doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de rechercher, s'il existe une disproportion marquée entre ses revenus et le montant de la dette fiscale au paiement de laquelle elle est tenue.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de la demande de remise gracieuse :

11. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable ; / 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer A suite de gêne ou d'indigence ; () ". Aux termes de l'article R. 247-4 du même livre : " Sauf en matière de contributions indirectes, la décision sur les demandes des contribuables tendant à obtenir une modération, remise ou transaction appartient : / a) Au directeur départemental des finances publiques ou au directeur chargé d'un service à compétence nationale ou d'une direction spécialisée pour les affaires relatives à des impositions établies à l'initiative des agents placés sous son autorité, lorsque les sommes faisant l'objet de la demande n'excèdent pas 200 000 € A cote, année, exercice ou affaire, selon la nature des sommes en cause ; / b) Au ministre chargé du budget, après avis du comité du contentieux fiscal, douanier et des changes, dans les autres cas. ".

12. Si la décision de l'administration refusant une remise gracieuse sur ce fondement peut être déférée au juge administratif A la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'incompétence, d'erreur de droit, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir.

13. La décision du 28 décembre 2021 A laquelle l'administration a rejeté la demande de remise gracieuse présentée A Mme E a été signée A une inspectrice principale, A délégation du directeur départemental des finances publiques de la Haute-Savoie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les impositions supplémentaires mises en recouvrement, le 31 août 2017, excèdent la somme de 200 000 euros au titre de chacune des années 2012, 2013 et 2014. Dans ces conditions, la décision aux fins d'accorder, le cas échéant, la remise des impositions établies du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2014 appartenait au ministre chargé du budget après consultation préalable du comité du contentieux fiscal, douanier et des changes. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée est fondé. A suite, la décision du 28 décembre 2021 portant rejet de la demande de remise gracieuse doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. En premier lieu, le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins de décharge de solidarité, n'implique aucune mesure d'exécution. A suite, les accessoires à fin d'injonction présentées A la requérante doivent être rejetées.

15. En second lieu, le contribuable n'est pas recevable, lorsqu'il a saisi l'administration fiscale d'une demande de remise gracieuse, à demander au juge de l'excès de pouvoir d'enjoindre à l'administration de prononcer la décharge ou la réduction des impositions ou pénalités. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme F tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration fiscale de prononcer le dégrèvement des impositions auxquelles elle a été assujettie.

Sur les frais de l'instance :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ni des dispositions de l'article R. 207-1 du livre des procédures fiscales en l'absence de dépens dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 décembre 2021 du directeur départemental des finances publiques de la Haute-Savoie portant rejet de la demande de remise gracieuse de Mme F est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2201248 est rejeté.

Article 3 : La requête n° 2108742 est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à la direction départementale de la Haute-Savoie et à la direction départementale des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

J. P. WYSS

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2201248

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