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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108772

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108772

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108772
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 25 mai 2023, M. C B et Mme D A, représentés par Me Py, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Quaix-en-Chartreuse à leur verser la somme totale de 32 720 euros en réparation des préjudices subis ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Quaix-en-Chartreuse la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B et Mme A soutiennent que :

- en leur délivrant un certificat d'urbanisme positif, dont le caractère incomplet et inexact les a induit en erreur, faute de les avoir informé du risque de modification du zonage, dont la commune avait connaissance ou, à tout le moins, faute de les avoir informé de ce qu'une étude visant à modifier la réglementation applicable en matière de risque était en cours, la commune de Quaix-en-Chartreuse a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le lien de causalité entre la faute commise par la commune et les préjudices subis est établi ; ils n'auraient pas fait l'acquisition du terrain s'ils avaient su que le terrain allait devenir inconstructible ;

- ils ont subi un préjudice de perte de valeur vénale de 30 000 euros, induite par le fait que le terrain s'est avéré inconstructible ;

- ils ont également subi un préjudice de 720 euros, tenant aux frais d'expertise dépensés, dont ils sont fondés à obtenir le remboursement ;

- leur préjudice moral, dans la mesure où leur projet d'extension était destiné à accueillir leur troisième enfant, sera indemnisé pour un montant de 2 000 euros ;

- aucun partage de responsabilité ne peut être retenu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, la commune de Quaix-en-Chartreuse, représentée par la SCP CDMF - avocats affaires publiques, agissant par Me Fiat, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à un partage de responsabilité en raison de l'imprudence commise par ces derniers et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Quaix-en-Chartreuse soutient que :

- les informations partielles délivrées au notaire ne pouvaient être considérées comme un certificat d'urbanisme, ni comme une note de renseignements d'urbanisme ;

- à supposer que sa responsabilité puisse être engagée, les requérants ne pourraient se prévaloir que d'une perte financière de 600 euros, et non de 30 000 euros ;

- les requérants ne font état d'aucun projet concret de construction ou d'extension de leur maison, et n'ont jamais déposé de demande d'autorisation en ce sens, si bien que leur préjudice moral ne peut pas être indemnisé ;

- les requérants, en signant l'acte authentique de vente, ont renoncé à la condition suspensive tenant à l'obtention d'un certificat d'urbanisme informatif ne révélant aucune contrainte ou servitude susceptible de déprécier la valeur de l'immeuble, alors qu'ils ne disposaient pas des informations d'urbanisme suffisantes ;

- les autres moyens soulevés par M. B et Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Duca, représentant M. B et Mme A, et de Me Fiat représentant la commune de Quaix-en-Chartreuse.

Les requérants ont présenté deux notes en délibéré les 27 et 28 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme A ont acquis, le 16 février 2018, une propriété d'une superficie d'environ 1 318 mètres carrés, située au 2707, route de la Méarie sur la commune de Quaix-en-Chartreuse et classée en zone Ub du plan local d'urbanisme de la commune alors applicable, pour un prix de 305 000 euros. Le 11 mai 2021, ils ont saisi la commune de Quaix-en-Chartreuse d'un recours amiable pour solliciter la modification du zonage de leur parcelle, classée en zone inconstructible " RP2bg " depuis l'entrée en vigueur du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Grenoble Alpes métropole approuvé le 20 décembre 2019, ou, à défaut, une indemnisation de 30 000 euros pour les avoir induits en erreur, au moment de l'achat de la parcelle, sur les limitations administratives au droit de propriété. Par une décision du 26 mai 2021, le maire de la commune de Quaix-en-Chartreuse a rejeté leur demande. Le 22 décembre 2021, M. B et Mme A ont introduit une demande indemnitaire préalable. Le même jour, ils ont demandé au tribunal la condamnation de la commune de Quaix-en-Chartreuse à leur verser une somme totale de 32 720 euros, au titre des préjudices qu'ils estiment avoir subi. Le maire de Quaix-en-Chartreuse a rejeté leur demande indemnitaire par une décision non datée, produite le 24 février 2022 dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de responsabilité de la commune :

2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La délivrance d'un certificat d'urbanisme erroné ou incomplet engage la responsabilité de la personne publique au nom de laquelle il a été accordé. Cette responsabilité est susceptible d'être atténuée par l'imprudence fautive commise par l'acquéreur du terrain.

3. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. () ".

4. Il résulte de l'instruction que M. B et Mme A ont signé, le 8 novembre 2017, une promesse d'achat pour la parcelle cadastrée section C n° 943. Préalablement à la signature définitive de la vente, leur notaire a formé, en leur nom, le 8 novembre 2017, une demande de certificat d'urbanisme informatif sur le fondement du a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, dans le but de déterminer la constructibilité de ce terrain. Ce formulaire, réceptionné le 13 novembre 2017 en mairie, a été retourné au notaire par les services de la mairie, après que le cadre réservé à l'administration a été complété de manière manuscrite pour mentionner les droits à construire sur le terrain. S'estimant titulaires d'un certificat d'urbanisme délivré le 13 novembre 2017, lequel ne s'opposait pas à un projet d'extension de la maison d'habitation implantée sur le terrain, ils ont acquis ce terrain le 16 février 2018. A la suite de l'entrée en vigueur du plan local d'urbanisme intercommunal, approuvé le 20 décembre 2019, une mise à jour de l'évaluation des risques naturels a été mise en œuvre et leur parcelle a été classée majoritairement en zone inconstructible " RP2bg ", ce qui interdit toute construction et empêche la réalisation de leur projet d'extension.

5. Les services de la mairie ont retourné au notaire des requérants le formulaire de demande de certificat d'urbanisme informatif en y portant l'indication que le terrain était inclus dans la zone Ub du plan d'urbanisme et en zone bleu ciel pour partie et rouge pour partie Bg2 du plan de prévention des risques naturels (PPRN) constructible avec prescriptions. Cette mention, portée par les services de la mairie relative à la réglementation applicable à la parcelle, issue du PPRN porté à la connaissance de la commune par le préfet de l'Isère le 16 décembre 1999, ne comportait pas d'erreur par rapport à l'état du droit alors existant.

6. Toutefois, à la date à laquelle la commune de Quaix-en-Chartreuse a porté ces observations sur ce formulaire, le 13 novembre 2017, l'élaboration en cours du plan local d'urbanisme intercommunal Grenoble Alpes Métropole s'accompagnait d'une mise à jour de l'évaluation des risques naturels. Il ne résulte pas de l'instruction que les services de la commune de Quaix-en-Chartreuse ignorait que, pour cette mise à jour, une étude destinée à modifier la réglementation applicable en matière de risque sur la parcelle cadastrée section C n° 943 était en cours. Il s'ensuit qu'il appartenait à la commune de porter à la connaissance de M. B et Mme A que la réglementation applicable en matière de risque sur la parcelle cadastrée section C n° 943 était susceptible d'évoluer. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, en s'abstenant de porter sur le seul document retourné à M. B et Mme A cette information, qui était de nature à les faire renoncer à leur projet d'achat ou à le concrétiser dans des conditions différentes, la commune de Quaix-en-Chartreuse a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le partage de responsabilité sollicité par la commune :

7. M. B et Mme A ont signé, le 8 novembre 2017 une promesse de vente contenant à leur profit, une condition suspensive prévoyant qu'un " certificat d'urbanisme informatif, ne révélant aucune contrainte ou servitude susceptible de déprécier la valeur de l'immeuble, devra être obtenu au plus tard le jour de la réitération authentique de la vente. " Contrairement à ce qui est soutenu, les requérants n'ont pas eux-mêmes commis d'imprudence propre à exonérer partiellement ou totalement la commune de sa responsabilité en accordant foi aux informations incomplètes communiquées par cette dernière sur le formulaire qui a été retourné à leur notaire. Ils n'en ont dès lors pas commis en renonçant au bénéfice de cette condition suspensive.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant du préjudice invoqué lié à la perte de valeur vénale du terrain :

8. Lorsque l'administration a fourni une information inexacte sur la constructibilité d'un terrain, elle doit réparer l'intégralité des préjudices qui résultent directement de cette faute. Est à ce titre indemnisable la baisse de valeur vénale d'un bien devenu inconstructible.

9. En l'espèce, M. B et Mme A exposent qu'ils ont acquis le terrain en litige le 16 février 2018 pour un prix de 305 000 euros, compte tenu de sa nature constructible. Ils produisent un rapport d'expertise réalisé le 21 avril 2021 qui mentionne que, dans son état actuel, le terrain, alors qu'il devrait être évalué à 325 000 euros, doit l'être à 295 000, compte tenu son classement en zone rouge. La commune de Quaix-en-Chartreuse ne conteste pas utilement cette évaluation, en se bornant à soutenir que le prix payé par les requérants, lors de l'achat, est de 295 600 euros et non pas de 305 000 euros, compte tenu de la valeur des biens mobiliers y étant contenus.

10. Les requérants sont dès lors fondés à demander la condamnation de la commune de Quaix-en-Chartreuse à les indemniser pour ce chef de préjudice en leur versant la somme de 30 000 euros.

S'agissant du préjudice invoqué lié à la réalisation du rapport d'expertise :

11. Pour les mêmes motifs, les requérants peuvent demander à être indemnisés des frais engagés pour faire établir le rapport d'expertise, ayant permis de chiffrer le montant de la perte de valeur de leur propriété. Il résulte de l'instruction que ce rapport a été réalisé pour un montant de 720 euros dont les requérants peuvent demander l'indemnisation.

S'agissant du préjudice moral :

12. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subis par les requérants en leur allouant la somme de 1 000 euros.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la condamnation de la commune de Quaix-en-Chartreuse à leur verser une somme globale de 31 720 euros en réparation de leurs préjudices.

Sur les frais non compris dans les dépens :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

15. Ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de la commune de Quaix-en-Chartreuse en ce sens doivent être rejetées.

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Quaix-en-Chartreuse une somme de 1 500 euros qu'elle paiera à M. B et Mme A, au titre des frais non compris dans les dépens que ces derniers ont exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Quaix-en-Chartreuse est condamnée à verser à M. B et Mme A une somme d'un montant global de 31 720 euros.

Article 2 : La commune de Quaix-en-Chartreuse versera à M. B et Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D A et à la commune de Quaix-en-Chartreuse.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

C. PAILLET-AUGEY

Le président,

P. THIERRY

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21087722

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