lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2108836 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GUYOT FAVRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 décembre 2021, 17 février et 20 mars 2022, la commune d'Evian-les-Bains, représentée par Me Le Chatelier, demande au juge des référés :
1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la société Boujon à lui verser une provision de 154 470 euros HT ;
2°) de mettre à la charge de la société Boujon une somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a décidé de rénover les vestiaires de son centre nautique qui date des années 1960 ;
- ces travaux ont fait l'objet d'un marché de maîtrise d'œuvre avec un groupement d'entreprises dont l'architecte " Cabinet Chatillon et associés " était le mandataire ;
- la SAS Boujon Denis a été attributaire du lot n°06 Chape/Carrelages/Faïences suivant marché n°11-081 du 20 septembre 2011 ;
- les travaux ont été réceptionnés en 2 temps, pour les vestiaires 1 et 2, le 24 avril 2012 et pour les vestiaires 4 et 5, le 4 juin 2012 ;
- ce centre nautique en plein air ne fonctionne que pendant la saison d'été ;
- en fin de la première saison d'ouverture, dès le 24 septembre 2012, les services communaux ont constaté des infiltrations d'eau à travers des fissures de dalles des plafonds des rez-de-chaussée, ce qui endommage les plafonds des vestiaires ;
- malgré des mesures conservatoires, ces infiltrations se sont reproduites ;
- son assureur n'a pas donné de suite à l'expertise qu'il a diligentée ;
- elle a donc saisi le tribunal administratif, qui a désigné un expert, lequel a déposé son rapport le 17 août 2016 ;
- ce rapport met en cause le groupement de maîtrise d'œuvre et la société Boujon ;
- cette dernière société est responsable, sur le fondement de la garantie décennale, des désordres constatés ;
- les dommages n'étaient pas apparents à la réception ;
- l'expert judiciaire a considéré qu'en l'état actuel, " Les désordres ne compromettent pas la solidité de l'ouvrage () A ce jour, les désordres ne sont pas susceptibles de rendre l'ouvrage impropre à sa destination Par contre, à moyen terme (8 à 15 ans en fonction de la météo), en l'absence de travaux, la présence d'eau dans la chape de scellement des carrelages engendrera inévitablement, par effet de gel et dégel, des fissures de la chape et du carrelage, voire des décollements de carreaux. / En l'absence de travaux de réparation si des fissures et décollement se produisent, ces nouveaux désordres seront susceptibles de rendre l'ouvrage impropre à sa destination : risque de chute, de coupure sur les carreaux fissurés " ;
- selon l'expert, les désordres ont pour origine des infiltrations d'eau dans la dalle de plancher au niveau 1 des vestiaires : l'eau qui tombe sur les dalles (pluie qui pénètre par les côtés, baigneurs mouillés) ne peut pas s'évacuer. / Elle finit par s'infiltrer dans les planchers puis ressort en plafond du rez-de-chaussée ou en rive de la dalle () " ;
- les désordres se poursuivent et exigent des réparations fréquentes ;
- l'impossibilité d'évacuer l'eau a pour origine, selon l'expert, des erreurs commises par le maître d'œuvre et par la société Boujon ;
- l'expert estime de 40% à 60% la part de responsabilité de la société Boujon ;
- la société Boujon aurait dû faire des observations sur les manquements et omissions du maître d'œuvre ;
- il évalue à 330 000 euros les travaux de réparation, dont 57 660 euros d'amélioration ; la part imputable à la société Boujon est donc de 136 170 euros ;
- en outre, la société Boujon sera condamnée à lui verser la somme de 18 300 euros correspondant aux frais de l'expertise de M. A, selon ordonnance de taxation du 30 août 2016.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier, 7 et 14 mars 2022, la SAS Boujon Denis, représentée par Me Guyot Favrat, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Evian-les-Bains à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance de la commune d'Evian-les-Bains n'est pas non sérieusement contestable ;
- les désordres ne rendent pas l'ouvrage impropre à sa destination ;
- depuis 2016, la situation n'a pas évolué ;
- les désordres ont pour cause l'absence d'étanchéité de la dalle, laquelle n'était pas prévue dans les travaux commandés par la commune ;
- elle n'était pas non plus chargée de réaliser la chappe, qui existait ;
- le non-respect de la pente prescrite par le CCTP est la conséquence d'une modification par la maîtrise d'œuvre, en cours de chantier ;
- elle a respecté les pentes validées par le maître d'œuvre ;
- aucun siphon, ni caniveau n'étaient prévus par les plans d'architecte ;
- le montant des travaux n'est pas justifié ;
- la commune ne précise pas le montant des réparations obtenues du maître d'œuvre, qu'elle n'a pas mis en cause devant la juridiction.
Par ordonnance en date du 14 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La commune d'Evian-les-Bains gère un centre nautique, ouvert l'été. En 2011, elle a décidé de rénover les vestiaires et a confié la maîtrise d'œuvre à un groupement d'entreprises dont l'architecte Cabinet Chatillon et associés était le mandataire. Le lot n°6 Chape/Carrelages/Faïences a été confié à la SAS Boujon Denis par marché n°11-081 20 septembre 2011. Les travaux ont fait l'objet d'une réception au printemps 2012. Des infiltrations sont apparues en septembre 2012, qui se sont reproduites les années suivantes, endommageant le plafond du rez-de-chaussée du bâtiment. La commune a saisi le juge du référé du tribunal de céans, qui a désigné un expert, lequel a rendu son rapport le 17 août 2016.
2. Estimant, au vu des conclusions du rapport de l'expert, être titulaire à l'encontre de la SAS Boujon Denis d'une créance non sérieusement contestable, elle demande au juge des référés de condamner cette société, sur le fondement de la garantie décennale, à lui verser une provision correspondant au coût des réparations, qui lui sont imputables, outre une provision correspondant aux frais d'expertise.
3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.
4. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Par ailleurs, un constructeur dont la responsabilité est recherchée par un maître d'ouvrage n'est fondé à demander à être garanti par un autre constructeur que si et dans la mesure où les condamnations qu'il supporte correspondent à un dommage imputable à ce constructeur.
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que les vestiaires du centre nautique sont des pavillons couverts, non clos. Ils comportent un rez-de-chaussée où sont installés les douches et sanitaires et un étage où se trouvent les cabines et casiers. Le sol de l'étage reçoit les pluies venant des ouvertures et l'eau des baigneurs mouillés. L'expert a observé l'absence de pente du sol, l'absence de caniveau. L'eau n'est pas drainée vers un système d'évacuation. Elle finit par s'infiltrer dans le sol et endommage les plafonds du rez-de-chaussée.
6. Lors de sa mission, à l'été 2016, l'expert a estimé que ces désordres ne rendaient pas l'ouvrage impropre à sa destination. Selon son rapport : " à moyen terme (8 à 15 ans, selon la météo), en l'absence de travaux, la présence d'eau dans la chape de scellement des carrelages engendrera inévitablement, par effet de gel et dégel, des fissures de la chape et du carrelage, voire des décollements de carreaux. / En l'absence de travaux de réparation si des fissures et décollement se produisent, ces nouveaux désordres seront susceptibles de rendre l'ouvrage impropre à sa destination : risque de chute, de coupure sur les carreaux fissurés ".
7. Selon la SAS Boujon Denis, ces désordres, que l'expert lui a imputés pour un pourcentage de 40% à 60%, sont totalement imputables à la maîtrise d'œuvre, qui a fait supprimer le caniveau préexistant, réduire la pente, lors de la réalisation de la nouvelle chappe, et qui, enfin, n'a prévu aucun dispositif d'évacuation des eaux. Elle-même s'est bornée à exécuter son lot sur le support qui lui a été remis. L'expert lui reproche toutefois de n'avoir fait aucune observation à la remise de ce support, non conforme au DTU.
8. La SAS Boujon Denis, conteste également l'évaluation par l'expert des réparations, d'autant qu'elles incluent des prestations qui ne figuraient pas au marché initial et qui sont seulement décomptées pour 57 600 dans un devis non détaillé de 330 000 euros.
9. Enfin, elle soutient que depuis 2016, la commune n'a signalé aucune aggravation des désordres. Sur ce point la commune produit une facture de travaux de peinture, dans les vestiaires 1 et 2, réalisés fin 2021 et l'attestation de l'entreprise, selon laquelle il y a toujours des infiltrations en provenance de la dalle, de nature à mettre en cause la pérennité de l'ouvrage. Toutefois, la facture porte sur des travaux d'entretien courant et l'attestation n'établit pas que, 10 ans après la réception, l'ouvrage serait impropre à sa destination.
10. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les désordres étaient susceptibles d'atteindre dans le délai de 10 ans suivant la réception de l'ouvrage, un seuil de gravité tel qu'ils doivent être regardés comme entrant dans le champ d'application de la garantie décennale.
11. Au surplus, le montant de la créance dont se prévaut la commune d'Evian-les-Bains ne peut non plus être regardé comme non sérieusement contestable, dans la mesure où le partage de responsabilité entre la maîtrise d'œuvre et le SAS Boujon Denis est lui-même sujet à discussion sérieuse et en l'absence d'un devis détaillé permettant au juge de remplir son office.
12. Dans ces conditions, la créance que la commune d'Evian-les-Bains estime détenir à l'encontre de la SAS Boujon Denis, à raison des réparations à réaliser dans les vestiaires de son centre nautique, ainsi que, par voie de conséquence, à raison du coût de l'expertise, ne peut être regardée comme non sérieusement contestable.
13. Il suit de là que les conclusions par lesquelles la commune d'Evian-les-Bains demande la condamnation de la SAS Boujon Denis à lui verser une provision doivent être rejetées.
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la SAS Boujon Denis, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante à verser à la commune d'Evian-les-Bains. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Evian-les-Bains une somme de 1 400 euros à verser à la SAS Boujon Denis, sur le fondement de ces mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la commune d'Evian-les-Bains est rejetée.
Article 2 : La commune d'Evian-les-Bains versera à la SAS Boujon Denis une somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune d'Evian-les-Bains et à la SAS Boujon Denis.
Fait à Grenoble, le 19 septembre 2022.
La juge des référés,
A. Wolf
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026