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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200004

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200004

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200004
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL CLDAA LIOCHON ET DURAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 janvier 2022 et 21 septembre 2023, M. B, représenté par Me Cittadini, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Aix-les-Bains à lui verser la somme de 4 353,98 euros à titre d'indemnité de préavis ;

2°) de condamner la commune d'Aix-les-Bains à lui verser la somme de 12 271,27 euros à titre d'indemnité de licenciement ;

3°) de condamner la commune d'Aix-les-Bains à lui verser la somme de 14 000 euros au titre de dommages et intérêts pour le préjudice financier et moral subi à la suite de son licenciement illégal sans préavis ni indemnité ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-les-Bains une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que la décision du 25 mars 2019 par laquelle le maire de la commune d'Aix-les-Bains a refusé de requalifier son dernier CDD en CDI a été annulée pour un motif de légalité interne par un jugement du tribunal administratif de Grenoble rendu le 11 mai 2021. Par suite, il est réputé, au moment du non-renouvellement de son contrat, être lié contractuellement par une relation à durée indéterminée avec la commune d'Aix-les-Bains. La décision de non-renouvellement doit s'analyser comme un licenciement.

En conséquence, il est fondé à demander le versement de l'indemnité de préavis pour un montant de 4 353,98 euros, une indemnité de licenciement à hauteur de 12 271,27 euros et une indemnité de 14 000 euros en réparation de ses préjudices financier et moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, la commune d'Aix-les-Bains conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 6 juillet 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 22 septembre 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 19 décembre 2023 par l'avis d'audience du même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Duraz, représentant la commune d'Aix-les-Bains.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a d'abord été recruté par la commune d'Aix-les-Bains en qualité de chargé de mission pour l'administration électronique par deux contrats d'avenir du 9 juin 2008 au 9 juin 2010. Il a ensuite été employé par la commune du 10 juin 2010 au 30 juin 2013 en qualité de contrôleur non titulaire sur le fondement du 1er alinéa de l'article 3 de loi du 26 janvier 1984. Enfin, deux contrats à durée déterminée de trois ans chacun ont été conclus avec l'intéressé sur le fondement de l'article 3-2 de la même loi, soit pour assurer la vacance temporaire d'un emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire, pour la période du 1er juillet 2013 au 1er juillet 2019. Par un courrier du 3 décembre 2018, Le maire d'Aix-les-Bains l'a informé de ce que son contrat ne serait pas renouvelé à son échéance. Par un courrier du 28 janvier 2019 M. B a demandé au maire de reconsidérer sa position et de requalifier son contrat en contrat à durée indéterminée. Ces demandes ont été rejetées par une décision du maire du 25 mars 2019. Par un jugement rendu le 11 mai 2021, le tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision du 25 mars 2029 refusant la requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée. Par une réclamation du 2 septembre 2021, reçue le 8 septembre, M. B a demandé à être indemnisé des préjudices résultant de l'illégalité fautive de la décision annulée.

2. Toute illégalité est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de cette illégalité. Le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué ne peut cependant être retenu dans le cas où la décision est seulement entachée d'une irrégularité formelle ou procédurale, et que le juge considère, au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties devant lui, que la décision aurait pu être légalement prise par l'administration dans le cadre d'une procédure régulière, sauf préjudice spécifique lié à cette irrégularité formelle ou procédurale.

3. L'annulation prononcée par le jugement du 11 mai 2021 était fondée sur les motifs suivants :

Aux termes de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale susvisée : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. /Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir. " Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa version issue de loi du 12 mars 2012 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; / 4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; / 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ". Il résulte des dispositions précitées que, pour prétendre au bénéfice d'un contrat à durée indéterminée, un agent non titulaire doit avoir été recruté pour occuper un emploi permanent correspondant à l'un des cas envisagés par l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, et l'avoir occupé pendant plus de six ans.

Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de requalification d'un contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, d'examiner, indépendamment du fondement juridique choisi par l'employeur public pour recruter un agent contractuel, si la nature des fonctions effectivement exercées par celui-ci au cours de ses contrats successifs entre dans le champ de dispositions permettant une telle requalification.

La décision de refus opposée à M. B est motivée d'une part, par la circonstance que son recrutement, en tant qu'il était fondé sur l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 était illégal, ce qui imposait qu'il y fût mis fin et d'autre part, par le fait que seuls des emplois de catégorie A ouvrent droit à contrat à durée indéterminée.

En premier lieu, il résulte des principes rappelés au point 4 que l'illégalité affectant les contrats de recrutement de M. B ne peut fonder légalement le refus de requalification contesté.

En second lieu, seul le 2° de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 se rapportant aux emplois de catégorie A, le motif invoqué par la collectivité ne suffit pas à fonder la décision contestée.

Les motifs de la décision du 25 mars 2019 portant refus de requalification du contrat de M. B étant entachés d'erreur de droit, celle-ci doit être annulée.

4. Les conclusions à fins d'injonction présentées par l'intéressé ont été rejetées par le même jugement aux motifs que :

M. B invoque le bénéfice des dispositions du 1° de l'article 3-3 précité. Toutefois, les fonctions d'administrateur du site internet de la collectivité occupées par M. B sont au nombre de celles qui peuvent être confiées à un fonctionnaire du cadre d'emplois des rédacteurs territoriaux telles que définies à l'article 3 du décret n°2012-924 du 30 juillet 2012 ou de celui des techniciens territoriaux telles que définies aux articles 2 et 6 du décret n°2010-1357 du 9 novembre 2010. Dès lors que la situation de M. B n'entre pas dans l'hypothèse envisagée au 1° de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, les conclusions à fins d'injonction sous astreinte présentées par ce dernier doivent être rejetées.

5. Il résulte de ce qui précède que l'annulation prononcée par le jugement 11 mai 2021 n'impliquait pas que le contrat de M. B soit requalifié en contrat à durée indéterminée. Par suite, l'illégalité sanctionnée par ce jugement est sans lien avec les préjudices financiers invoqués par M. B tenant à la perte des indemnités de préavis et de licenciement et de la perte financière résultant de la rupture de la relation de travail. Il en est de même du préjudice moral invoqué lié aux troubles dans ses conditions d'existence induit par une situation de chômage.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

7. Les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Aix-les-Bains.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-les-Bains au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Aix-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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