mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200131 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET LAURENT FAVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 janvier 2022, 25 janvier 2024 et 20 septembre 2024, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 25 octobre 2024, l'office public d'habitat (OPH) Valence Romans Habitat, représenté par Me Mariller, demande au tribunal de condamner solidairement M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue à lui payer les sommes de :
1°) 770 988 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 juin 2021, avec capitalisation, en application de leur garantie décennale ;
2°) 4 824,63 euros en application des articles R. 761-1 et R. 621-13 du code de justice administrative ;
3°) 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a qualité à agir dans la présente instance, en ce qu'il vient aux droits de l'OPH de Valence ensuite d'une fusion intervenue le 1er janvier 2017 et qu'il est représenté par son directeur général, conformément à l'article R. 421-18 du code de la construction et de l'habitation ;
- sa demande relève de la garantie décennale des constructeurs, en ce que les désordres invoqués, quoique affectant des éléments d'équipement, rendent l'ouvrage impropre à sa destination en créant un risque pour la sécurité du public ; qu'elle a agi dans les dix ans de la réception ;
- la réalisation des volets en bois sans traitement de protection durable relève d'un choix de l'architecte, maintenu malgré les mises en garde des entreprises en charge du lot, ce qui caractérise un défaut de conception et une défaillance dans le suivi du chantier ;
- aucune immixtion fautive ne peut lui être imputée dans le choix de volets en bois coulissants plutôt que des persiennes métalliques un temps envisagées et dès lors que la suppression de corniches en béton n'a pas eu d'incidence sur la survenue des désordres ;
- aucun défaut d'entretien ne peut lui être imputé alors que dès l'apparition des premiers désordres, il était trop tard pour traiter les volets posés ;
- son préjudice est constitué des frais de remplacement de la totalité des volets du bâtiment, du coût des travaux conservatoires qu'il a été contraint de réaliser et de celui des travaux de reprise de la façade, endommagée par les chutes de volets.
Par des mémoires en défense enregistrés le 6 septembre 2022 et le 16 août 2024, M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue concluent :
1°) au rejet de la requête et, subsidiairement, à la réduction des prétentions à la somme de 110 775 euros, à ce que la provision versée soit restituée en tout ou partie et que les intérêts ne courent qu'à compter du jugement ;
2°) à la condamnation de la société CBMA et du Bureau Veritas Construction à les relever et garantir à hauteur respectivement de 80% et 20% de toute condamnation ; au rejet des demandes formées contre eux par lesdites sociétés ;
3°) à ce que soit mise à la charge de l'OPH Valence Romans Habitat ou à défaut, de la société CBMA et la société Bureau Veritas Construction la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- l'OPH Valence Romans Habitat ne justifie pas de sa qualité à agir alors que le maître d'ouvrage était l'OPH de Valence et qu'il n'est pas valablement représenté par son directeur général, qui n'a été habilité à ester en justice qu'après l'introduction du recours ;
- l'action est forclose dès lors que les désordres concernent des éléments d'équipement dissociables, relevant de la garantie de bon fonctionnement, et qu'elle a été introduite plus de deux ans après la réception ;
- l'immixtion fautive du maître d'ouvrage, qui a exigé des volets en bois au lieu des persiennes métalliques prévues puis la suppression des corniches protectrices, est de nature à les exonérer de leur responsabilité, complètement ou à tout le moins à hauteur de 50% ;
- un simple entretien des volets par lasure réalisé par le maître d'ouvrage aurait évité la survenance des désordres, ce qui est également de nature à les exonérer de leur responsabilité, complètement ou à tout le moins à hauteur de 50% ;
- le montant de l'indemnité réclamée ne correspond pas au chiffrage de l'expert, mais à une amélioration de l'ouvrage et ne tient pas compte de l'économie réalisée pendant sept années en évitant tout entretien des volets en bois ; elle doit être calculée avec un taux de TVA correspondant à celui applicable aux travaux sur logements locatifs sociaux ;
- l'indemnité réclamée au titre de réparations ponctuelles n'est pas justifiée ;
- ils sont fondés à être garantis par la société CBMA, responsable des dommages pour avoir fourni et posé des volets en bois non-traités, en méconnaissance des règles de l'art et sans alerter la maîtrise d'œuvre ;
- ils sont fondés à être garantis par la société Bureau Veritas Construction, qui a failli à sa mission de contrôle technique des éléments d'équipements en n'alertant ni la maîtrise d'ouvrage ni la maîtrise d'œuvre.
Par un mémoire enregistré le 18 juin 2024, la société CBMA, représentée par la SELARL Cabinet Laurent Favet, doit être regardée comme concluant au rejet des actions en garantie exercées contre elle, subsidiairement à la limitation de sa part de responsabilité à 10% du dommage et à la condamnation solidaire de M. B, de la société Baumschlager Eberle et de la société Bureau Michel Forgue à lui payer la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'a commis aucune faute susceptible de fonder les recours en garantie de la maîtrise d'œuvre et du contrôleur technique à son encontre ;
- elle a, au contraire, alerté la maîtrise d'œuvre sur la nécessité de prévoir un traitement du bois pour les volets ;
- la maîtrise d'œuvre ne peut invoquer de manquement à son obligation de résultat, alors qu'elle n'a aucun lien de droit avec elle et qu'elle est constituée de professionnels avertis ;
- la cause des désordres réside principalement dans un défaut de conception imputable à la maîtrise d'œuvre, et dans une proportion moindre dans un défaut d'entretien imputable au maître d'ouvrage ;
- les sommes réclamées par l'OPH Valence Romans Habitat sont injustifiées dans leur montant.
Par des mémoires enregistrés le 26 octobre 2022, le 6 mars 2024, le 17 septembre 2024 et le 23 octobre 2024, le dernier n'ayant pas été communiqué, la société Bureau Veritas Construction, représentée par Me Draghi-Alonso, conclut :
1°) au rejet des demandes formées contre elle et, à titre subsidiaire, à la limitation de sa condamnation à la somme de 3 600 euros hors taxe (HT) ;
2°) à la condamnation de la société CBMA, de M. B, de la société Baumschlager Eberle et de la société Bureau Michel Forgue à la relever et garantir de toute condamnation ;
3°) à la condamnation in solidum de M. B, de la société Baumschlager Eberle et de la société Bureau Michel Forgue à lui payer la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a commis ni manquement à ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, ni faute susceptible d'ouvrir sa responsabilité délictuelle à l'égard des constructeurs ; les désordres trouvent leur origine dans un défaut de conception imputable à l'architecte et le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) lui est inopposable en sa qualité de contrôleur technique ;
- les désordres ne génèrent pas une atteinte à la solidité d'éléments d'équipements, mais une impropriété à destination, insusceptible d'engager sa responsabilité ;
- les désordres ne procèdent pas d'un dysfonctionnement des volets, mais de l'absence de traitement hydrofuge préventif du bois, ce qu'elle ne pouvait pas contrôler, dès lors qu'elle a rendu son rapport bien avant leur survenance ;
- elle n'a pas failli dans sa mission, pour laquelle elle n'est tenue que d'une obligation de moyen, puisqu'elle a averti le maître d'ouvrage de la nécessité d'entretenir les éléments d'équipements ;
- l'indemnité sollicitée par l'OPH Valence Romans Habitat n'est pas justifiée dans son montant ;
- elle est en droit d'opposer aux tiers la clause limitative de responsabilité prévue au contrat , puisqu'elle aurait pu s'en prévaloir à l'égard du maître d'ouvrage sans priver ce dernier de recours.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 16 juillet 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise de M. C à la somme de 4 824,63 euros.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rogniaux,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,
- les observations de Me Bonato, représentant l'OPH Valence Romans Habitat,
- celles de Me L'Hostis, représentant M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue,
- et celles de Me Favet, représentant la société CBMA.
La société Bureau Veritas Construction n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 20 décembre 2011, dans le cadre d'un marché public de travaux de construction de logements sociaux et de locaux d'activité, l'OPH de Valence, maître d'ouvrage, a confié la maîtrise d'œuvre à un groupement composé, notamment, de M. B (mandataire), de la société Baumschlager Eberle et de la société Bureau Michel Forgue. Par acte d'engagement du 7 janvier 2013, il a attribué le lot n°4 " Menuiseries extérieures bois " à la société CBMA. Par plusieurs décisions d'avril à août 2015, la réception des travaux relatifs aux menuiseries extérieures a été prononcée avec diverses réserves, qui ont été levées suivant procès-verbal du 10 novembre 2015.
2. Se plaignant de désordres affectant plusieurs volets en bois, l'OPH Valence Romans Habitat, venant aux droits de l'OPH de Valence, a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, lequel a désigné un expert par ordonnance du 24 janvier 2020. L'expert a déposé son rapport le 28 juin 2021. Par ordonnance du 21 septembre 2022, le juge des référés a condamné solidairement M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue à payer à l'OPH Valence Romans Habitat une provision de 346 121 euros, avec intérêts à compter du 1er mars 2022, outre des frais de procès. Par la présente requête, l'OPH Valence Romans Habitat demande la condamnation solidaire des mêmes à l'indemniser de son entier préjudice.
Sur la recevabilité de la requête :
3. En premier lieu, par arrêté du 30 décembre 2016, rendu opposable par sa publication au recueil des actes de la préfecture de la Drôme, le préfet de la Drôme a décidé la fusion avec effet au 1er janvier 2017 des offices publics de l'habitat Pays de Romans et de Valence. Il a également décidé de l'agrégation de leurs patrimoines selon la procédure de transmission universelle du patrimoine. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu en défense, l'OPH Valence Romans Habitat justifie venir aux droits de l'OPH de Valence, maître d'ouvrage de l'opération litigieuse et, par suite, de son intérêt à rechercher la responsabilité des constructeurs de l'ensemble immobilier qui lui a été transféré.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'article R. 421-18 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable à la date d'introduction de la requête, que " le directeur général [de l'office public de l'habitat] représente l'office en justice, sauf dans les cas prévus au cinquième alinéa de l'article R. 421-17. Il doit rendre compte au conseil d'administration des actions en justice qu'il a introduites lors de la plus prochaine séance de ce conseil ". Il suit de là que le directeur général n'a pas besoin d'être autorisé par le conseil d'administration pour ester en justice. Le moyen tiré du défaut d'habilitation du directeur général doit donc être écarté.
Sur la réparation :
En ce qui concerne les conditions d'engagement de la garantie décennale
5. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. En outre, il résulte des mêmes principes d'une part que la responsabilité décennale du constructeur peut être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination ; d'autre part que tel est le cas lorsque, du fait des désordres, ces éléments d'équipements présentent un grave danger pour les usagers et le public.
6. Il résulte de l'instruction que, du fait de l'absence de traitement hydrofuge durable, le bois constituant les volets de l'ouvrage se déforme, générant des contraintes anormales sur la quincaillerie et en particulier sur les éléments de fixation. Il en résulte un risque de chute au sol de ces panneaux de bois. Ainsi, bien qu'affectant des éléments d'équipements dissociables, ces désordres, qui exposent les personnes à un danger grave, rendent l'ouvrage impropre à sa destination. En outre, ces vices n'étaient pas apparents à la réception, puisque la déformation des panneaux n'est survenue que postérieurement, au plus tôt en 2016. Dès lors, les désordres constatés engagent la responsabilité des constructeurs au titre de la garantie décennale.
7. Il suit de là, de première part, que la requête n'est pas atteinte de forclusion, puisqu'elle a été introduite dans le délai de dix ans suivant la réception de l'ouvrage et, de seconde part, que l'OPH Valence Romans Habitat est fondé à rechercher la responsabilité sans faute de M. B, de la société Baumschlager Eberle et de la société Bureau Michel Forgue, en leur qualité de constructeurs.
En ce qui concerne les fautes imputées à l'OPH Valence Romans Habitat
8. Afin de s'exonérer de sa responsabilité, la maîtrise d'œuvre reproche à l'OPH Valence Romans Habitat, en premier lieu, de s'être immiscé de façon fautive dans la réalisation du projet en exigeant des volets en bois plutôt que des persiennes métalliques et en sollicitant la suppression des corniches en béton protectrices qui étaient prévues.
9. Toutefois, d'une part, la circonstance que le maître d'œuvre ait seulement demandé des volets bois ne constitue ni une immixtion fautive, ni même la cause directe du dommage, qui tient à l'absence de traitement de ceux-ci. D'autre part, s'il est exact que le maître d'ouvrage a exigé, pour réduire les coûts, de supprimer les corniches en béton initialement prévues, il ne résulte d'aucune pièce que le maître d'œuvre l'aurait alors averti des risques qu'il impute à cette suppression. Au demeurant, l'expert considère que l'absence de corniches n'a pas eu d'incidence. Aucune immixtion fautive du maître d'ouvrage n'est donc caractérisée en lien avec la survenance des désordres.
10. En second lieu, il est reproché à l'OPH Valence Romans Habitat de ne pas avoir entretenu les volets en appliquant une lasure, postérieurement à la réception.
11. Cependant, le CCTP du lot n°4, dont la rédaction relève de la mission de la maîtrise d'œuvre, prévoyait que les volets coulissants en bois seraient réalisés en " pin douglas (bois ne nécessitant pas de traitement de préservation sera laissé brut) " et laissait la possibilité de remplacer le douglas par de l'épicéa ou du mélèze. Ce CCTP indiquait également : " si l'essence choisie est jugée durable dans la classe considérée (), le traitement n'est pas nécessaire. Préférer donc des essences naturellement durables pour la classe de risque qui () ne nécessitent pas de produits de traitement du bois () ". Le maître d'ouvrage pouvait donc légitimement penser qu'aucun traitement durable du bois des volets n'était nécessaire. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que le maître d'œuvre l'aurait averti de cette nécessité, même lorsqu'il est intervenu auprès de la société CBMA en octobre 2016 pour signaler les premières difficultés apparues avec les volets. Il ressort en toute hypothèse de l'expertise qu'à la date à laquelle les désordres sont apparus, il était trop tard pour mettre en œuvre un traitement préventif. Ainsi, il ne peut être considéré que l'absence de mise en œuvre d'un traitement hydrofuge durable par l'OPH Valence Romans Habitat postérieurement à la réception était fautive, de sorte qu'elle n'est pas de nature à exonérer les constructeurs de leur responsabilité, même partiellement.
12. Il résulte de ce qui précède que l'OPH Valence Romans Habitat est fondé à solliciter la condamnation solidaire de M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue à indemniser l'entier préjudice résultant des désordres affectant les volets de la résidence.
En ce qui concerne le montant du préjudice
13. Le montant du préjudice, dont le maître de l'ouvrage est fondé à demander réparation aux constructeurs en raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé, correspond aux frais qu'il doit engager pour y remédier.
Quant aux travaux de reprise des désordres
14. Il résulte de l'expertise que l'ensemble des volets de la construction doit être remplacé. Si l'expert a évalué le coût du remplacement à la somme de 300 000 euros HT, cette somme tient compte d'un hypothétique partage de charges d'échafaudage dans le cadre d'un ravalement de façade, alors que l'immeuble n'a été livré qu'en 2015. En outre, malgré le dire en ce sens de l'OPH Valence Romans Habitat, l'expert n'a pas précisé le détail de ce chiffrage, qui ne correspond pas aux devis qui avaient été produits par cette dernière. Il ne peut dès lors en être tenu compte.
15. S'agissant de la nature des prestations de remplacement, la réparation devant se faire sans perte ni profit, il convient de prévoir un remplacement par des volets équivalents à ce qui était prévu, et non par des volets métalliques, et en présence d'un contrôleur technique, conformément au marché initial. Il ne résulte pas de l'instruction que les ancrages en place pourraient être conservés dans le cadre de ce remplacement par des volets neufs. Compte tenu de ces éléments, le préjudice doit être apprécié conformément au devis établi le 11 mai 2021 par la société Maison Pierre et non sérieusement contesté, en y ajoutant le coût de la prestation d'un contrôleur technique, tel que celui-ci résulte de l'offre de contrat versée aux débats.
16. La vétusté s'apprécie à la date de la réception définitive, date à laquelle l'ouvrage doit être regardé comme ayant été entièrement achevé. Les premiers désordres étant apparus au printemps 2016, alors que l'immeuble était réceptionné depuis moins d'un an, aucun coefficient de vétusté ne saurait être appliqué. En outre, contrairement à ce que soutient la société Bureau Veritas Construction, le remplacement à neuf d'un ouvrage que l'OPH Valence Romans Habitat a payé, et qui a présenté des défaillances dans les six mois suivant sa réception, ne constitue pas un enrichissement sans cause.
17. S'agissant du montant de la taxe sur la valeur ajoutée, en application du premier alinéa de l'article 256 B du code général des impôts, les personnes morales de droit public ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs, sociaux, éducatifs, culturels et sportifs lorsque leur non-assujettissement n'entraîne pas de distorsions dans les conditions de la concurrence. Les défendeurs n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause la présomption de non-assujettissement de l'OPH Valence Romans Habitat à la taxe sur la valeur ajoutée. Le montant de celle-ci doit dès lors être inclus dans le montant du préjudice indemnisable. En revanche, l'office n'établit pas que les honoraires du contrôleur technique sélectionné pour cette même opération ne devraient pas, conformément à l'article 279-0 bis du code général des impôts, être assujettis à une taxe sur la valeur ajoutée de 10%.
18. Il résulte de ce qui précède que le coût de la reprise s'élève à la somme de 696 691,60 euros TTC, soit 629 756 euros correspondant au devis du 11 mai 2021 pour le remplacement par des volets en bois, outre 3 600 euros au titre de la prestation d'un contrôleur technique, ces deux sommes étant majorées d'une TVA de 10%.
Quant aux travaux conservatoires
19. L'OPH Valence Romans Habitat demande une somme de 15 346 euros TTC au titre de réparations ponctuelles qu'il dit avoir été contraint de réaliser afin de sécuriser, réparer ou remplacer des volets. Cependant, à l'exception du devis accepté du 1er avril 2022 pour le remplacement de volets par des stores enrouleurs pour un montant de 1 281,75 euros TTC, l'OPH Valence Romans Habitat se contente de produire des tableaux de suivi d'interventions établis par ses soins, sans les bons de commande associés. Dès lors, il ne peut prétendre qu'à l'allocation de la somme justifiée de 1 281,75 euros TTC.
Quant aux travaux de reprise de façade
20. L'OPH Valence Romans Habitat justifie avoir exposé une somme de 412,50 euros TTC pour la reprise de l'enduit de façade endommagé par la chute d'un volet en 2023. Ce préjudice est en lien avec les dommages dont les constructeurs sont responsables et il sera donc fait droit à cette demande.
21. Il résulte de ce qui précède que M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue doivent être solidairement condamnés à payer à l'OPH Valence Romans Habitat la somme de 698 385,85 euros TTC, déduction à faire de la provision de 349 396,20 euros versée en exécution de l'ordonnance de référé.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation
22. L'OPH Valence Romans Habitat ne justifiant pas d'une demande de paiement antérieure, il n'est pas fondé à solliciter que les sommes dues en réparation de son dommage portent intérêts avant l'enregistrement de sa demande devant le tribunal, le 10 janvier 2022. Par ailleurs, la provision versée d'un montant de 349 396,20 euros inclut les intérêts à compter du 1er mars 2022. Par suite, la somme de 348 989,65 euros (698 385,85 - 349 396,20) portera intérêts au taux légal à compter du 10 janvier 2022.
23. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 10 janvier 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 janvier 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les appels en garantie :
24. Le recours entre constructeurs, non contractuellement liés, ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel. Les coauteurs obligés solidairement à la réparation d'un même dommage ne sont tenus entre eux que chacun pour sa part, déterminée à proportion du degré de gravité des fautes qu'ils ont personnellement commises, caractérisées par un manquement dans les règles de leur art. Ils ne peuvent, en outre, être solidairement condamnés à garantir l'un d'eux que si leur faute personnelle a concouru à la survenance d'un dommage commun.
En ce qui concerne la société CBMA
25. Dans son mémoire technique, la société CBMA indique que " le traitement IFH, mentionné dans le CCTP, certes coûte moins cher qu'une lasure, mais c'est un produit de préservation des bois d'une durée de trois à six mois. Ce qui veut dire qu'une finition est à appliquer sur ces volets par la suite ". En outre, il se déduit d'un compte rendu de réunion de chantier du 23 juin 2013 que la question de laisser les persiennes en bois brut non lasuré a expressément été évoquée par l'entrepreneur avec la maîtrise d'œuvre, en présence du contrôleur technique, puisqu'il est indiqué " le lot 04 précise qu'il n'a trouvé aucun fournisseur souhaitant réaliser des persiennes en douglas brut, mais uniquement laquées ou lasurées ". Dans le compte rendu du 4 juillet 2013, il est indiqué : " le lot 04 indique avoir trouvé un fournisseur pouvant réaliser les persiennes en douglas, avec un simple traitement par huilage ". Enfin, par courrier du 5 novembre 2013, la société CBMA a encore mis en garde l'architecte sur le délai pris pour choisir la teinte d'autres menuiseries extérieures, rappelant que " malgré le fait qu'un produit de préservation (IFH) ait été appliqué, celui-ci reste provisoire. Il protège le bois trois mois avant la finition définitive ". Bien que ce courrier soit relatif à des fenêtres, l'avertissement était transposable aux volets traités de la même façon. Il ressort de ces éléments qu'à plusieurs reprises, la société CBMA a vainement alerté sur la nécessité de traiter les volets de manière durable. Elle n'a donc commis aucune faute susceptible de fonder les appels en garantie formés contre elle, qui seront par conséquent rejetés.
En ce qui concerne la société Bureau Veritas Construction
26. Le second alinéa de l'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige, dispose que : " le contrôleur technique n'est tenu vis-à-vis des constructeurs à supporter la réparation de dommages qu'à concurrence de la part de responsabilité susceptible d'être mise à sa charge dans les limites des missions définies par le contrat le liant au maître d'ouvrage ".
27. Il résulte de l'instruction que la société Bureau Veritas Construction s'est notamment vu confier, dans l'opération en cause, une mission relative à la solidité des ouvrages et éléments d'équipements dissociables et indissociables, ce qui inclut les volets, dont le manque de solidité a pour effet de rendre l'ouvrage impropre à sa destination. Il lui appartenait en l'espèce, aux termes de la convention régularisée avec l'OPH Valence Romans Habitat, de donner un avis technique, notamment sur l'adéquation des matériaux constituant les ouvrages.
28. Or l'utilisation de pin douglas sans traitement de préservation est très explicitement prévue par le CCTP du lot n°04. En outre, la société Bureau Veritas Construction était représentée aux deux réunions de chantier au cours desquelles les difficultés à trouver des fournisseurs acceptant de livrer des volets en bois brut non traités ont été évoquées. Alors qu'elle avait connaissance du projet d'installer des volets en bois brut non traité, il lui incombait de donner son avis technique quant à l'inadéquation de ce matériau, sans qu'elle puisse arguer de la possibilité ultérieure de lasurer le bois. Elle ne saurait prétendre avoir satisfait à son obligation à ce titre en incluant dans son rapport définitif une mention générale rappelant que la durabilité des ouvrages et éléments d'équipement est subordonnée à un usage normal et à un entretien régulier. Cette abstention du contrôleur technique est fautive et a participé à la survenance du dommage à hauteur de 10 %. M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue sont donc fondés à solliciter la condamnation du contrôleur technique à les relever et garantir des condamnations mises à leur charge à hauteur de ce pourcentage.
29. Par ailleurs, la clause résultant de l'article 5 des conditions générales d'intervention de la convention de contrôle technique ne peut être opposée par le contrôleur technique à l'architecte, qui n'est pas partie au contrat. Cette restriction ne confère pas au tiers une position plus avantageuse qu'au co-contractant, puisque la société Bureau Veritas Construction n'aurait pas davantage pu opposer cette clause à l'OPH Valence Romans Habitat agissant sur le fondement de la garantie décennale, en application de l'article 1792-5 du code civil. La conclusion à fin de limitation de la condamnation de la société Bureau Veritas Construction à la somme de 3 600 euros HT sera par conséquent rejetée.
30. L'appel en garantie formé par la société Bureau Veritas Construction à l'encontre de la maîtrise d'œuvre est sans objet puisque la seule condamnation prononcée à son encontre, pour garantir la maîtrise d'œuvre, correspond à la part de dommage qui lui est imputable.
Sur les dépens et les frais non compris dans les dépens :
31. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de M. B, de la société Baumschlager Eberle et de la société Bureau Michel Forgue les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 4 824,63 euros TTC.
32. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des mêmes la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par l'OPH Valence Romans Habitat et non compris dans les dépens.
33. La société CBMA, qui n'est pas la partie perdante, est fondée à solliciter la condamnation solidaire de M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue à lui verser une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
34. Compte tenu des motifs exposés au point 28, M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue sont fondés à solliciter à être garantis par la société Bureau Veritas Construction à hauteur de 10% des condamnations prononcées aux points 21, 31, 32 et 33.
35. Les autres demandes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par les parties perdantes seront rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue sont solidairement condamnés à verser à l'OPH Valence Romans Habitat la somme de 698 385,85 euros TTC, déduction à faire de la provision de 349 396,20 euros. La créance résiduelle portera intérêts au taux légal à compter du 10 janvier 2022. Les intérêts échus à la date du 10 janvier 2023 sur cette créance résiduelle, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 4 824,63 euros TTC sont mis à la charge définitive et solidaire de M. B, de la société Baumschlager Eberle et de la société Bureau Michel Forgue.
Article 3 : M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue sont solidairement condamnés à payer à l'OPH Valence Romans Habitat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue sont solidairement condamnés à payer à la société CBMA la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La société Bureau Veritas Construction est condamnée à garantir M. B, la société Baumschlager Eberle et la société Bureau Michel Forgue à concurrence de 10% du montant des condamnations prononcées aux articles 1 à 4.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à l'office public de l'habitat Valence Romans Habitat, à M. B, la société Baumschlager Eberle, la société Bureau Michel Forgue, à la société CBMA et à la société Bureau Veritas Construction.
Copie en sera adressée à M. A C, expert.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La rapporteure,
A. Rogniaux
La greffière,
J. Bonino
La présidente,
A. Triolet
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026