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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200273

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200273

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200273
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2022 sous n° 2200273, Mme B C, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n°6798, valant avis de sommes à payer, émis le 16 novembre 2021 par le département de Haute-Savoie en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active de 6 864,12 euros pour la période d'août 2019 à octobre 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer l'indu dont elle est redevable ;

3°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes indûment perçues en remboursement de l'indu de revenu de solidarité active ;

4°) de mettre à la charge du département de Haute-Savoie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est illégal dès lors que la somme n'était pas exigible du fait de la suspension du caractère exigible de la créance résultant de l'exercice d'un recours préalable ;

- le titre est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut de signature.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que Mme C n'a pas présenté de recours préalable à l'encontre du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active réclamé par le titre exécutoire litigieux ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 10 juin 2022 sous le n°2203592, Mme B C, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu d'allocation de revenu de solidarité active d'un montant de 7 451,49 euros pour la période d'août 2019 à février 2021 ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 21 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours contre le titre exécutoire émis le 16 novembre 2021 ;

3°) d'annuler les décisions du 27 septembre 2021 par lesquelles la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a mis à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 d'un montant de 152,45 euros et d'aide exceptionnelle de solidarité de 300 euros ;

4°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 4 471,08 euros pour la période de juin 2019 à novembre 2020 ;

5°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes et d'enjoindre au département et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes retenue en remboursement de ces dettes ;

6°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et du département de la Haute-Savoie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité :

- la décision du 27 septembre 2021 de notification de ces indus est entachée d'un défaut de motivation ;

- les indus ne sont pas fondés dès lors que l'administration n'avait pas mis fin à ses droits à l'allocation de revenu de solidarité active conditionnant l'octroi des aides exceptionnelles de fin d'année et de solidarité.

S'agissant de l'indu de revenu de solidarité active :

- la décision du président du conseil départemental est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours n'a pas été préalablement consultée ;

- l'indu de revenu de solidarité active n'est pas fondé.

S'agissant de l'indu d'aide personnalisée au logement :

- la décision implicite par laquelle la caisse a rejeté son recours préalable est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie ;

- l'indu d'aide personnalisée au logement n'est pas fondé.

S'agissant de la procédure de contrôle :

- les décisions ont été prises à l'issue d'une procédure de contrôle irrégulière dès lors que le droit à communication a été utilisé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- le principe du contradictoire a été méconnu lors de l'exercice des recours préalables ;

- elle n'a pas été informée de son droit de se faire assister durant la procédure d'enquête ;

- le contrôle a été dirigé par un agent qui n'a pas été régulièrement nommé par le directeur de la caisse d'allocations familiales ;

- le contrôleur de la caisse ne justifie pas d'un agrément et d'une assermentation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

La requête a été régulièrement communiquée au département de la Haute-Savoie qui n'a pas produit d'observations.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2022 dans le dossier n° 2200273 et par une décision du 25 mars 2022 dans le dossier n° 2203592.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- le décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- la loi n°91-647 du 10 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est allocataire de l'aide personnalisée au logement pour un logement situé à Annemasse ainsi que du revenu de solidarité active. Elle a bénéficié, au titre de ses droits à cette dernière allocation, de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 et de l'aide exceptionnelle de solidarité versée durant la crise sanitaire liée au Covid-19. Suite à un contrôle des services de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie sur sa situation, cette dernière lui a notifié par une décision du 27 septembre 2021, une dette d'un montant total 12 375,02 euros comprenant 7 451,49 euros de revenu de solidarité active pour la période d'août 2019 à février 2021, 4 471,08 euros d'aide personnalisée au logement pour la période de juin 2019 à novembre 2020, 152,45 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 et 300 euros d'aide exceptionnelle de solidarité versée en mai et novembre 2020. Par un recours préalable daté du 31 octobre 2021, Mme C a contesté le bien-fondé de ces dettes auprès du département et de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie. Ce recours a d'abord été implicitement rejeté par l'administration. Puis, par une décision du 10 janvier 2022, le président du conseil départemental de la Haute-Savoie l'a expressément rejeté s'agissant du revenu de solidarité et par une décision du 22 juin 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté le recours de Mme C concernant l'aide personnalisée au logement.

2. Le 16 novembre 2021, le département de la Haute-Savoie a émis un titre exécutoire valant avis de somme à payer pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 864,12 euros établis pour la période de mai 2019 à octobre 2021. Mme C a contesté ce titre par un recours gracieux rejeté par le département le 21 mars 2022. Par les présentes requêtes, Mme C demande au tribunal d'annuler la notification du 27 septembre 2021, les décisions de rejet de son recours préalable ainsi que le titre exécutoire émis le 16 septembre 2021.

3. Les deux requêtes tendent à traiter de la situation d'une même allocataire ainsi que des mêmes décisions. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

Sur la requête n° 2200273 :

4. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur () ". Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en vertu de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental.

5. Le département de la Haute-Savoie soutient que la requête enregistrée sous le n° 2200273 et par laquelle Mme C demande l'annulation du titre exécutoire n°6798 est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas présenté de recours préalable. Toutefois, d'une part, il ressort des écritures du département que la somme de 6 864,12 euros correspond au résidu de l'indu initial de 7 451,49 euros mis à la charge de la requérante pour la période d'août 2019 à février 2021 qu'elle a contesté par un recours préalable dont le département a accusé réception le 4 novembre 2021. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre un titre exécutoire relatif au recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours préalable. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Savoie doit être écartée.

6. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ".

7. Si le silence gardé par l'administration sur un recours préalable fait naître une décision implicite de rejet qui peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

8. Il résulte de ce qui précède que si le recours préalable de Mme C a d'abord fait l'objet de deux décisions implicites de rejet du président du conseil départemental et de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie, ce recours a toutefois été expressément rejeté par une décision du 10 janvier 2022 s'agissant du revenu de solidarité active et du 22 juin 2022 concernant l'aide personnalisée au logement. Ces décisions se sont nécessairement substituées aux décisions implicites de rejet et sont les seules susceptibles d'être contestées.

9. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité, d'aide exceptionnelle de fin d'année, d'aide exceptionnelle de solidarité et d'aide personnalisée au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'enquête :

S'agissant de l'agrément et de l'assermentation de l'agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales :

10. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie produit la carte d'identité professionnelle de l'agent ayant réalisé le contrôle sur laquelle il est indiqué qu'il dispose d'un agrément délivré le 6 août 2009 et d'une assermentation accordée le 18 septembre 2007. Ainsi, les moyens tirés de l'absence de nomination de l'agent et de l'absence d'assermentation et d'agrément doivent être écartés.

S'agissant de l'usage du droit à communication :

11. Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. ".

12. Aux termes de l'article L. 114-10-1-1 du code de la sécurité sociale : " Les organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale, du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code organisent le contrôle du respect des conditions de résidence en France. Ce contrôle est, chaque fois que possible, réalisé à partir des vérifications opérées par un autre organisme de sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 114-12 du même code dans sa version applicable au litige : " Les organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale, du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code, les caisses assurant le service des congés payés, Pôle emploi et les administrations de l'Etat se communiquent les renseignements ainsi que les données ou documents s'y rapportant qui : 1° Sont nécessaires à l'appréciation de droits ou à l'exécution d'obligations entrant dans le fonctionnement normal du service public dont sont chargés ces organismes () ".

13. Il résulte du rapport de contrôle que Mme C a été informée par l'agent de la caisse ayant réalisé ce contrôle de la possibilité de faire usage du droit à communication. Surtout, la requérante a été en mesure de prendre connaissance des constats du contrôleur ainsi que des pièces sur lesquelles il a rendu son avis et a donc été en mesure de présenter ses observations. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que la caisse a fait un usage irrégulier du droit à communication. Le moyen doit donc être écarté.

S'agissant de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure et du droit de se faire assister :

14. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération des sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979. Il résulte toutefois des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active. Dès lors, l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, qui fixe des règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de la loi du 11 juillet 1979, ne saurait utilement être invoqué à l'encontre d'une décision de répétition d'indu d'allocation de revenu de solidarité active.

15. L'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil départemental et la caisse d'allocations familiales le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires de ces codes. Ainsi, et dès lors que le législateur n'a pas entendu soumettre la contestation du bien-fondé de l'indu à une procédure contradictoire, la circonstance que la requérante n'ait pas reçu la communication du rapport du contrôleur et n'a pas été informée de la possibilité de se faire assister n'est pas de nature à faire regarder les décisions litigieuses comme méconnaissant les droits de la défense dès lors que Mme C a été en mesure d'introduire son recours préalable. Au demeurant, l'intéressée a également pu présenter ses observations suite à la communication des observations du contrôleur. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité des décisions :

S'agissant de la motivation :

16. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision, la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Elle doit par ailleurs viser les textes juridiques dont elle fait application.

17. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il résulte de l'instruction que Mme C a contesté le bien fondé de l'ensemble des indus par un recours préalable du 31 octobre 2021 qui a été implicitement rejeté s'agissant des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait demandé les motifs de cette décision implicite. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 27 septembre 2021 doit être écarté.

S'agissant de la saisie de la commission de recours amiable :

18. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ".

19. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

20. Il résulte de la convention de gestion du revenu de solidarité active signée entre le département de la Haute-Savoie et la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie le 29 mars 2018 que " le département examinera les recours administratifs des allocataires sans consultation préalable de la commission de recours amiable de la CAF ". Par conséquent, la circonstance que le président du conseil départemental de la Haute-Savoie n'ait pas sollicité l'avis de la commission de recours amiable est sans incidence sur la légalité de la décision.

21. D'autre part, aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement () ". Aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable.

Ses décisions sont motivées. ".

22. Il résulte de la décision du 22 juin 2022 que le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a pris sa décision après avis de la commission de recours amiable du 10 juin 2022. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des indus :

S'agissant de l'indu d'aide personnalisée au logement :

23. Aux termes de l'article L. 821-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale. ". Aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. ".

24. Pour soutenir qu'elle n'a pas occupé son logement pendant une période supérieure à trois mois, Mme C expose qu'elle était bloquée à l'étranger du fait de la fermeture des frontières suite à la crise sanitaire. Toutefois, il résulte des conclusions du rapport d'enquête dressé par l'agent assermenté de la caisse que Mme C a sous-loué son logement à de nombreuses reprises via la plateforme AirBnb entre août 2019 et octobre 2020. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la requérante a déclaré avoir une adresse professionnelle et de résidence à Villeurbanne dans le Rhône depuis 2017. Ainsi, le logement dont elle dispose à Annemasse ne peut être regardé comme constituant sa résidence principale. Par ailleurs, si elle expose avoir été bloquée à l'étranger, elle n'a toutefois pas informé la caisse de cette situation. Par conséquent, le moyen tiré de l'absence de bien-fondé de l'indu d'aide personnalisée au logement doit être écarté.

S'agissant du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :

25. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

26. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 24 que Mme C n'a pas régulièrement déclaré sa situation en ne faisant pas connaître à l'administration le montant des revenus tirés de la sous-location de son logement et qui s'élèvent à 5 831,48 euros entre juillet 2019 et octobre 2020 ainsi que les virements de 1 500 euros chacun reçus entre août et décembre 2019 ainsi qu'un chèque de 1 973,99 euros reçu en juillet 2019. Par ailleurs, Mme C a été immatriculée en tant qu'auto-entrepreneur entre mai 2018 et décembre 2020 alors qu'elle était connue des services du département comme sans activité. Enfin, la requérante n'a ni informé l'administration de sa résidence à Villeurbanne et de son séjour à l'étranger entre janvier 2020 et novembre 2020. Par conséquent, eu égard à l'ensemble de ces éléments, de sa présence hors du territoire et du montant de ses revenus, le département de la Haute-Savoie a pu supprimer rétroactivement ses droits au revenu de solidarité active pour la période de d'août 2019 à février 2020. Le moyen relatif au bien-fondé de l'indu doit donc être écarté.

S'agissant de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 :

27. Il résulte de l'article 3 du décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année que les allocataires du revenu de solidarité ont droit au versement de cette prestation d'un montant de 152,45 euros lorsqu'ils bénéficient de cette allocation pendant les mois de novembre ou décembre 2019.

28. Il résulte de ce qui a été dit au point 26 que Mme C ne disposait plus d'aucun droits au revenu de solidarité pour les mois de novembre et décembre 2019. Par conséquent, elle ne pouvait pas bénéficier non-plus de l'aide exceptionnelle de fin d'année.

S'agissant de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :

29. Aux termes de l'article 2 du décret n°2020-519 : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul. ". Aux termes de l'article 2 du décret n°2020-1453 : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul. ".

30. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active a été mis à la charge de Mme C pour la période d'août 2019 à février 2021. Ainsi, elle n'avait pas droit à cette allocation pour les mois d'avril, mai, septembre et octobre 2020. Ainsi, les moyens relatifs au bien-fondé des indus d'aide exceptionnelle de solidarité doivent être écratés.

Sur le titre exécutoire :

31. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. ".

32. Il résulte de l'instruction et notamment de la réponse du président du conseil départemental du 21 mars 2022 au recours gracieux de Mme C que le titre exécutoire litigieux a été émis le 16 novembre 2021 pour le recouvrement du résidu de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 7 451,49 euros pour la période d'août 2019 à février 2021. Par conséquent, et dès lors que Mme C avait contesté le bien-fondé de cette dette par un recours préalable du 31octobre 2021 dont le département a accusé réception de 4 novembre 2021 et l'a ensuite expressément rejeté le 10 janvier 2022, et eu égard au caractère suspensif de ce recours, le département ne pouvait émettre un titre exécutoire en vu du recouvrement de cette créance de revenu de solidarité active. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles doit être accueilli.

33. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2200273, que le titre exécutoire n° 6798 du 16 novembre 2021 doit être annulé.

Sur les conséquences de l'annulation du titre exécutoire :

34. Eu égard au motif de l'annulation, il y a lieu de décharger Mme C de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active litigieux, sauf à ce que le département de la Haute-Savoie justifie, sous réserve des règles de prescription, de l'émission d'un nouveau titre exécutoire avant le 31 juillet 2024. A défaut, il est enjoint au département de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes éventuellement prélevées en remboursement de cette dette avant le 31 août 2024.

Sur les frais liés au litige :

35. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2203592 est rejetée.

Article 2 : Le titre exécutoire n° 6798 est annulé.

Article 3 : Mme C est déchargée de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active litigieux, sauf à ce que le département de la Haute-Savoie justifie, sous réserve des règles de prescription, de l'émission régulière d'un nouveau titre exécutoire avant le 31 juillet 2024. A défaut, il est enjoint au département de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes éventuellement prélevées en remboursement de cette dette avant le 31 août 2024.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2200273 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C,à Me Moutousamy, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et au département de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet de la Haute-Savoie, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos2200273 ; 220359

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