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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200290

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200290

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200290
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantJURISOPHIA SAVOIE - AIX LES BAINS ET ANNECY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2022 et le 20 décembre 2022, la SARL Progres'son, représentée par le cabinet Jurisophia Savoie, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2017 et des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer la décharge partielle des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017 dans la limite de 22 820 euros, ainsi que des intérêts de retard, et la décharge intégrale de la pénalité pour manquement délibéré correspondante ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés liées au rejet du passif constitué par l'inscription au compte courant de M. B de la somme de 50 897 euros :

- il ne saurait lui être reproché qu'aucune cession de créance ne soit intervenue selon les formalités de l'article 1690 du code civil dès lors que ces dispositions n'étaient plus en vigueur depuis le 1er octobre 2016 ;

- la proposition de rectification méconnait de ce fait l'obligation de motivation issue de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales ;

- les nouvelles dispositions de l'article 1324 du code civil n'imposent aucune condition de forme et elle était nécessairement informée de la cession de créance intervenue ;

- les opérations en cause n'ont pas appauvri la société ni enrichi M. B et à supposer que ce passif ne soit pas justifié, la société serait restée débitrice desdites sommes envers les associés et ces derniers auraient dû être imposés au titre de la somme supplémentaire perçue de la part de M. B ;

- l'administration n'a pas retenu la même position concernant la société Savoie Audition Cluses ;

* S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

- les insuffisances de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée collectées ont été spontanément régularisées au cours de l'année 2018 ;

* S'agissant de la pénalité pour manquement délibéré concernant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

- elle n'est pas fondée dès lors qu'elle s'est efforcée de procéder au reversement spontané de la taxe sur la valeur ajoutée avant la vérification de comptabilité et qu'elle bénéficie d'un droit à l'erreur en vertu de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 juin 2022 et le 12 juin 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Progres'son, dont M. B est le gérant, exerce une activité de prise de participation dans des sociétés et de négoce de matériel médical ou paramédical. Elle détenait trois filiales, la SARL Savoie Audition Cluses, la SARL Savoie Audition et la SARL Savoie Audition Annecy, ces deux dernières ayant été absorbées, le 13 juin 2017, avec effet rétroactif au 1er octobre 2016. La SARL Progres'son a fait l'objet d'une vérification de comptabilité couvrant la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017. Par une proposition de rectification du 14 décembre 2018, l'administration a notifié à la société des rehaussements relatifs à, d'une part, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, une insuffisance de déclaration de taxe collectée d'un montant respectif de 17 691 euros et de 37 552 euros au titre des exercices clos les 30 septembre 2015 et 2016, un excédent de déclaration d'un montant de 17 131 euros au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2017, d'autre part, en matière d'impôt sur les sociétés, la réintégration d'un passif injustifié pour l'exercice clos le 30 septembre 2017. L'administration a assorti ces rectifications de pénalités pour manquement délibéré. Consécutivement aux observations de la SARL Progres'son du 12 février 2019, l'administration a porté, le 25 mars 2019, l'excédent de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée pour l'exercice clos le 30 septembre 2017 à 29 719 euros et maintenu les autres chefs de rectification. Le 29 novembre 2019, ont été mises en recouvrement les sommes de 53 111 euros pour la taxe sur la valeur ajoutée due au titre de la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017 et de 24 125 euros pour l'impôt sur les sociétés concernant l'exercice clos le 30 septembre 2017. Les réclamations du 22 janvier et du 5 février 2020 de la SARL Progres'son ont été rejetées le 16 novembre 2021. Par la présente requête, la SARL Progres'son demande, d'une part, la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice 2017 ainsi que des pénalités correspondantes, d'autre part, la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017 et la décharge des pénalités correspondantes.

Sur régularité de la procédure d'imposition :

2. L'article L. 57 du livre des procédures fiscales dispose que : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter, outre la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base des redressements, ceux des motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés qui sont nécessaires pour permettre au contribuable de formuler ses observations de manière entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

3. Au regard de ce qui est relevé au point précédent, la circonstance tirée de ce que le vérificateur se serait, à tort, fondé sur les dispositions de l'article 1690 du code civil, qui n'étaient plus en vigueur depuis le 1er octobre 2016, est sans incidence sur la régularité formelle de la proposition de rectification du 14 décembre 2018. En outre, cette dernière comporte les mentions indiquées au point précédent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

Sur le bien-fondé des suppléments d'impôt sur les sociétés :

4. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Aux termes de l'article 1321 du code civil : " La cession de créance est un contrat par lequel le créancier cédant transmet, à titre onéreux ou gratuit, tout ou partie de sa créance contre le débiteur cédé à un tiers appelé le cessionnaire. / Elle peut porter sur une ou plusieurs créances présentes ou futures, déterminées ou déterminables. / Elle s'étend aux accessoires de la créance. / Le consentement du débiteur n'est pas requis, à moins que la créance ait été stipulée incessible. ". Aux termes de l'article 1322 du même code : " La cession de créance doit être constatée par écrit, à peine de nullité. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1324 de ce code : " La cession n'est opposable au débiteur, s'il n'y a déjà consenti, que si elle lui a été notifiée ou s'il en a pris acte ".

5. Il résulte de la proposition de rectification du 14 décembre 2018 que, par une décision d'assemblée générale du 19 octobre 2016 et par un acte du 19 octobre 2016, Mme D, M. C et M. A ont cédé leurs parts détenues dans la SARL Progres'son à la société Holding DN Audition également gérée par M. B. L'article 5 de cet acte de cession prévoit, en outre, que les cédants ont déclaré, chacun en ce qui le concerne, avoir reçu, le 19 octobre 2016, de la société Holding DN le remboursement des sommes inscrites à leur compte courant d'associé au moyen d'un chèque de banque. Toutefois, le vérificateur a relevé que l'examen de comptabilité de la SARL Progres'son révélait, en contradiction avec l'acte du 19 octobre 2016, qu'au titre de l'exercice 2017, les comptes courants de Mme D, M. C et M. A avaient été soldés et qu'une écriture du même montant avait été créditée sur le compte courant de M. B. Il en a déduit que, nonobstant le fait que M. B ait fourni la copie de trois chèques provenant de son compte bancaire personnel du même montant au profit des trois anciens associés et une attestation d'un expert-comptable indiquant que la SARL Holding DN Audition n'avait enregistré aucune écriture au crédit du compte courant d'associé de M. B, la somme de 50 897 euros inscrite au crédit du compte courant de M. B dans la SARL Progres'son caractérisait un abandon de créance à son profit et que cette dernière constituait, par conséquent, un passif non justifié de la SARL Progres'son.

6. La société requérante soutient qu'il ne saurait lui être reproché qu'aucune cession de créance ne soit intervenue selon les formalités de l'article 1690 du code civil dès lors que ces dispositions n'étaient plus en vigueur depuis le 1er octobre 2016, que les nouvelles dispositions de l'article 1324 du code civil n'imposent aucune condition de forme et qu'elle était nécessairement informée de cette cession de créance entre M. B et les anciens associés ainsi qu'en attestent ses écritures comptables et le fait que M. B soit son gérant.

7. Néanmoins, la société requérante, qui ne conteste pas la portée de l'article 5 de l'acte du 19 octobre 2016 et qui ne verse à l'instance aucun contrat portant cession de créance établi entre M. B et les anciens associés, ne justifie pas de la réalité du transfert de créances allégué. En tout état de cause, dans une telle situation, M. B aurait été créancier de SARL Holding DN Audition et non de la SARL Progres'son. Par ailleurs, la circonstance que l'administration n'ait pas rehaussé les résultats de la société Savoie Audition Cluses qui aurait tenu des écritures comptables identiques pour la quote-part des comptes courants détenus par les associés sortants est sans incidence sur l'imposition de la SARL Progres'son. Par suite, et quand bien même M. B ne se serait pas enrichi à titre personnel, c'est à bon droit que l'administration a retenu ce chef de rectification.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

8. Si la SARL Progres'son soutient que les insuffisances de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée collectée ont été spontanément régularisées au cours de l'année 2018, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé des droits supplémentaires retenus par le service pour les exercices clos les 30 septembre 2015 et 2016, à hauteur de 17 691 euros et 37 552 euros.

Sur les pénalités afférentes aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

9. En vertu de l'article 1729 du code général des impôts, les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraînent l'application d'une majoration de 40 % lorsque le contribuable a délibérément entendu se soustraire à l'impôt. Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée () la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

10. En relevant dans le rejet de la réclamation que la SARL Progres'son ne pouvait ignorer être redevable de sommes conséquentes en matière de taxe sur la valeur ajoutée dès lors que ces montants étaient clairement constatés en comptabilité dans le compte de taxe sur la valeur ajoutée à régulariser au titre des exercices 2015 et 2016, l'administration établit l'intention délibérée de la société d'éluder l'impôt. Dès lors, et à supposer même que celle-ci ait régularisé cette situation avant le commencement de la procédure de contrôle, c'est à bon droit que le service a prononcé la majoration en cause.

11. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 100-1 de ce code : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables ". Les dispositions de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales organisent un régime spécifique de régularisation des erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances dans les déclarations souscrites dans les délais.

12. Dès lors que, d'une part, les dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'appliquent, en vertu des dispositions de l'article L. 100-1 du même code, qu'en l'absence de dispositions spéciales et que, d'autre part, les dispositions de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales organisent un régime spécifique de régularisation des erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances dans les déclarations souscrites dans les délais, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration pour contester la majoration mise à sa charge sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Progres'son doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Progres'son est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Progres'son et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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