vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200397 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée sous le n° 2200397 le 20 janvier 2022, la SCI Natura Green, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal de :
1°) prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et intérêts de retard qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 à hauteur de 10 587 euros ;
2°) condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- sa réclamation a été présentée dans les délais prolongés par l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- il n'est pas démontré que la différence entre le prix de cession des appartements et leur valeur vénale réelle résulterait d'une fraude fiscale.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la réclamation était tardive, la requête est irrecevable et que les moyens ne sont pas fondés.
II - Par une requête, enregistrée sous le n° 2200398 le 20 janvier 2022, la SCI Natura Green, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal de :
1°) prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et intérêts de retard qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 à hauteur de 10 587 euros ;
2°) condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- elle n'a pas procédé à une cession à prix significativement minoré de ses biens au profit de deux de ses associés directs ;
- la détermination de la valeur vénale réelle de ses biens par le service résulte d'une méthode erronée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Natura Green, qui exerce une activité de promotion immobilière, a pour associés, à hauteur de 50 % du capital chacune, la SAS Alprom, détenue majoritairement par M. C A par ailleurs gérant et minoritairement par son fils M. D A, et E ayant pour unique associé et gérant M. B. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 21 mars 2013 au 31 décembre 2015 en matière de bénéfices industriels et commerciaux et de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue des opérations de contrôle, l'administration lui a notifié, par une proposition de rectification du 6 janvier 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2015 à raison d'opérations de vente immobilière à des prix significativement minorés à M. D A et M. B. Ces rappels, contestés sans succès par la société devant l'administration, ont été soumis à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui, par un avis du 27 mars 2018, a confirmé la position de l'administration. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard pour un montant total de 10 587 euros, ont été mis en recouvrement le 31 juillet 2018. La SCI Natura Green en sollicite la décharge après le rejet le 23 novembre 2021 de ses réclamations préalables du 15 décembre 2020 et du 11 juin 2021.
2. Les requêtes visées ci-dessus et présentées pour la SCI Natura Green, concernent le même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. Aux termes de l'article 266 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à la période en litige : " 2. En ce qui concerne les opérations mentionnées au I de l'article 257, la taxe sur la valeur ajoutée est assise : / () / b. Pour les mutations à titre onéreux ou les apports en société sur : / Le prix de la cession, le montant de l'indemnité ou la valeur des droits sociaux rémunérant l'apport, augmenté des charges qui s'y ajoutent ; / La valeur vénale réelle des biens, établie dans les conditions prévues à l'article L. 17 du livre des procédures fiscales, si cette valeur vénale est supérieure au prix, au montant de l'indemnité ou à la valeur des droits sociaux, augmenté des charges () ". Aux termes de l'article 257 du même code, dans sa rédaction applicable à la période en litige : " I.-Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée () ". Aux termes de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne les droits d'enregistrement et la taxe de publicité foncière ou la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'elle est due au lieu et place de ces droits ou taxe, l'administration des impôts peut rectifier le prix ou l'évaluation d'un bien ayant servi de base à la perception d'une imposition lorsque ce prix ou cette évaluation paraît inférieur à la valeur vénale réelle des biens transmis ou désignés dans les actes ou déclarations. / La rectification correspondante est effectuée suivant la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55, l'administration étant tenue d'apporter la preuve de l'insuffisance des prix exprimés et des évaluations fournies dans les actes ou déclarations () ".
4. Lorsque l'administration procède à l'évaluation de la valeur vénale d'un bien en se référant à des transactions qui ont porté sur des immeubles situés à proximité de son lieu de situation, il lui appartient de retenir des termes de comparaison relatifs à des ventes qui ont porté sur des biens similaires, intervenues à une date peu éloignée dans le temps.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les biens immobiliers cédés le 10 février 2015 par la SCI Natura Green à M. D A sont composés d'un garage, d'une cave et d'un appartement de type 2, situé au 2ème étage de l'immeuble, d'une surface de 46 m², exposé à l'est. Pour déterminer la valeur moyenne de ces biens, l'administration fiscale s'est fondée sur la vente, dans le même programme immobilier, d'une part, en juin 2014, d'un ensemble composé d'un garage, d'une cave et d'un appartement de type 2, au 1er étage, d'une surface de 46 m², exposé à l'est, d'autre part, en mai 2014, d'un ensemble composé d'un garage et d'un appartement de type 2, situé au 2ème étage, d'une superficie de 45 m², exposé à l'est, enfin, en juillet 2014, d'un appartement de type 2, au 2ème étage, d'une surface de 48 m², exposé au sud-ouest. Il suit de là que les éléments de comparaison retenus portent sur des biens similaires, présentant des caractéristiques comparables aux lots litigieux en termes, notamment, de superficie, de type, de composition et d'étage. La société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une erreur en ne prenant pas en compte dans ses termes de comparaison les quatorze logements et douze garages qu'elle a vendus à la société ICF Sud-Est Méditerranée, dès lors que cette dernière société est une société anonyme d'habitation à loyer modéré placée sous le régime des ventes de logements sociaux à usage locatif conventionné dont le régime de taxe sur la valeur ajoutée est différent de celui appliqué aux logements dits " libres " et dont les surfaces et la répartition des logements vendus étaient disparates en comparaison avec l'appartement vendu à M. A.
6. Sur la base des termes de comparaison retenus, l'administration a déterminé un prix de vente moyen de 982 euros par dix millièmes de propriété, soit une valeur de cession de 191 480 euros, à laquelle elle a appliqué l'abattement contractuellement prévu de 4,5 % pour frais de commercialisation. Ainsi, la valeur vénale du bien a été établie à 182 873 euros, soit une minoration du prix de 32 873 euros, représentant 22 % du prix acquitté. Contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction que les prix de vente des trois appartements précités, qui ont été retenus par l'administration fiscale comme éléments de comparaison, comprenaient des surcoûts liés aux travaux modificatifs réalisés par les acquéreurs. Par ailleurs, c'est à bon droit que pour comparer les prix de vente l'administration s'est basée sur des prix de cession établis à partir d'un prix hors taxe sur lequel a été appliqué une taxe sur la valeur ajoutée au taux de 20 %.
7. Il résulte également de l'instruction que les biens immobiliers cédés le 25 juin 2014 par la SCI Natura Green à M. B sont composés d'un garage, d'une cave et d'un appartement de type 3, situé au 3ème étage de l'immeuble, d'une surface de 65 m², exposé à l'est et à l'ouest. Pour déterminer la valeur moyenne de ces biens, l'administration fiscale s'est fondée sur la vente, dans le même programme immobilier, d'une part, en juin 2014, d'un appartement de type 3, au 1er étage, d'une surface de 69 m² exposé à l'est et à l'ouest, d'autre part, en avril 2014, d'un ensemble composé d'un garage et d'un appartement de type 3, situé au 1er étage, d'une superficie de 64 m², exposé à l'est et à l'ouest, enfin, toujours en avril 2014, d'un ensemble composé d'une cave, d'un garage et d'un appartement de type 3, au 2ème étage, d'une surface de 64 m², exposé à l'est et à l'ouest. Il suit de là que les éléments de comparaison retenus portent sur des biens similaires, présentant des caractéristiques comparables aux lots litigieux en termes, notamment, de superficie, de type, de composition et d'étage. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une erreur en ne prenant pas en compte dans ses termes de comparaison les quatorze logements et douze garages qu'elle a vendus à la société ICF Sud-Est Méditerranée.
8. Sur la base des termes de comparaison retenus, l'administration a déterminé un prix de vente moyen de 959 euros par dix millièmes de propriété, soit une valeur de cession de 244 545 euros, à laquelle elle a appliqué l'abattement contractuellement prévu de 4,5 % pour frais de commercialisation. Ainsi, la valeur vénale du bien a été établie à 233 540 euros, soit une minoration du prix de 28 540 euros, représentant 14 % du prix acquitté. Contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction que les prix de vente des trois appartements précités, qui ont été retenus par l'administration fiscale comme éléments de comparaison, comprenaient des surcoûts liés aux travaux modificatifs réalisés par les acquéreurs. Par ailleurs, c'est à bon droit que pour comparer les prix de vente l'administration s'est basée sur des prix de cession établis à partir d'un prix hors taxe sur lequel a été appliqué une taxe sur la valeur ajoutée au taux de 20 %.
9. Compte tenu du différentiel conséquent de 32 873 et 28 540 euros entre la valeur réelle et le prix de vente des biens cédés respectivement à M. A et à M. B par la société requérante, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve d'un écart significatif entre le prix convenu pour chacun de ces ensembles et leur valeur vénale réelle.
10. En second lieu, lorsque l'administration entend substituer, dans la base imposable à la taxe sur la valeur ajoutée, la valeur vénale réelle d'un bien au prix de cession de celui-ci, elle est tenue d'établir que la différence entre cette évaluation et le prix stipulé dans l'acte de vente résulte de la fraude ou de l'évasion fiscales. L'administration qui relève, d'une part, que les prix des locaux faisant l'objet d'une mutation ont été significativement minorés et, d'autre part, que le vendeur et l'acheteur sont étroitement liés, doit être regardée comme établissant ainsi une volonté d'évasion fiscale. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une erreur de droit en procédant à la substitution de la valeur vénale des biens cédés aux prix déclarés de ces cessions dans la base d'imposition de la taxe sur la valeur ajoutée.
11. Au surplus, l'administration qui relève les liens d'affaires existant entre M. A et M. B d'une part et la SCI Natura Green d'autre part et qui démontre, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, que les cessions en cause ont été réalisées à un prix significativement minoré, permet de tenir pour établie l'existence d'une volonté d'évasion fiscale. C'est ainsi à bon droit que l'administration a procédé à la substitution de la valeur vénale des biens cédés aux prix déclarés, dans la base d'imposition de la taxe sur la valeur ajoutée.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les demandes de la SCI Natura Green de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SCI Natura Green sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Natura Green et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
G. LEFEBVRE
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
E. BEROT-GAY
La République mande et ordonne au ministre du budget et des comptes publics en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2200398
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026