vendredi 24 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200569 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | VERCRUYSSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Vercruysse, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités y afférentes ;
2°) à défaut, de réduire le rehaussement pour l'année 2017 à hauteur de 39 997 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
* Sur les moyens communs aux rehaussements :
- en ce qui concerne la valorisation des garages vendus à la SCI Scarlett, la méthode retenue par le service ne tient pas compte du prix de deux précédentes cessions intervenues pour un montant de 10 000 euros TTC et des frais de commercialisation et de gestion d'un montant de 7 %, la valeur réelle d'un garage étant de 11 000 euros TTC ;
- en ce qui concerne la valorisation de l'appartement de type T2, la méthode retenue est erronée puisqu'elle ne procède pas d'une méthode d'évaluation par comparaison et qu'elle ne tient pas compte des caractéristiques intrinsèques du bien concerné ;
- la méthode de comparaison au m² qu'ils proposent en intégrant la valeur vénale des deux garages aboutit à un écart de seulement 3 401 euros par rapport à ce qui est retenu par le service ;
- en ce qui concerne la valorisation du local à aménager, la méthode retenue est erronée en ce que les surfaces dont la hauteur est située entre 1,50 mètres et 1,80 mètres n'avaient pas à être prises en compte ou à tout le moins, il ne pouvait leur être appliqué un coefficient de pondération de 0,5 mais seulement de 0,2 ;
- la valeur réelle du local est de 165 000 euros dont il faut déduire le coût des travaux à hauteur de 100 000 euros ;
- la valorisation de l'ensemble des biens immobiliers cédés à la SCI Scarlett étant de 208 665 euros TTC, la différence avec le montant de la cession intervenue ne s'élève qu'à 39 987 euros TTC et le rehaussement d'impôt sur le revenu aurait dû être établi sur cette base ;
* Sur les moyens concernant spécifiquement le rehaussement prononcé au titre des revenus de capitaux mobiliers :
- ayant déjà été imposé à raison des 1 % des parts détenues dans la SCCV Alter Ego VII, M. B ne peut supporter une double imposition au titre des revenus distribués sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts ;
- l'avantage occulte ayant été accordé à la SCI Scarlett et non à eux en tant qu'actionnaires de la SCCV Alter Ego VII, il appartenait à l'administration de rectifier les résultats de la SCI Scarlett et d'en tirer les conséquences à l'égard de ses associés ;
- les dispositions du 2° du 7. de l'article 158 du code général des impôts méconnaissent le principe d'égalité devant les charges publiques ;
* Sur les pénalités :
- les majorations pour manquement délibéré ne sont pas fondées en l'absence de mauvaise foi dès lors que la seule insuffisance de prix concerne le local à aménager et que le simple fait que M. B soit promoteur immobilier ne saurait lui être défavorable.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- par une décision du 19 avril 2022, un dégrèvement partiel en droits et pénalités a été accordé à hauteur de 152 euros pour l'année 2016 et de 927 euros pour l'année 2017 ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile de construction vente (SCCV) Alter Ego VII, créée le 8 janvier 2014 et bénéficiant du régime de la transparence fiscale au sens de l'article 1655 ter du code général des impôts, exerce une activité de construction et de commercialisation de biens immobiliers neufs. Elle est détenue à hauteur de 1 % par M. B et à hauteur de 99 % par la SARL Tekhne Conseil, elle-même détenue par M. B à hauteur de 99 % et par Mme B à hauteur 1 %. La SCCV Alter Ego VII a réalisé un programme immobilier dénommé " Les 4 saisons ", comprenant quatre bâtiments sur le territoire de la commune d'Aix-les-Bains. Par un acte du 24 novembre 2016, elle a cédé à la SCI Scarlett, détenue par M. et Mme B et leurs enfants, plusieurs lots comprenant trois garages au sous-sol, un appartement de type T2, un local à aménager dans les combles de type " grenier ", pour un prix total de 168 668 euros TTC. La SCCV Alter Ego VII a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Par une proposition de rectification du 30 juillet 2018, le service a remis en cause la valeur vénale de l'ensemble de ces biens pour retenir un montant total de 315 644 euros TTC, et lui a notifié au titre de l'exercice 2016 un rehaussement en matière de bénéfices industriels et commerciaux à hauteur de 122 480 euros et un rappel de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 24 496 euros.
2. Par une proposition de rectification du 30 juillet 2018 notifiée à la SARL Tekhne Conseil, le service a tenu compte de la cession à prix minoré intervenue, a réintégré au bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés, au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2017, la somme de 121 255 euros et a retenu une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à hauteur de 40 419 euros.
3. Par une proposition de rectification du 30 juillet 2018 notifiée à M. et Mme B, le service a tenu compte de la cession à prix minoré intervenue et, d'une part, a retenu au titre de l'année 2016 un rehaussement à hauteur de 1 225 euros en matière de bénéfices industriels et commerciaux en tant que M. B détenait 1 % des parts de la SCCV Alter Ego VII et, d'autre part, a estimé au titre de l'année 2017 que M. et Mme B avaient perçu des revenus distribués, sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts, d'un montant total de 151 569 euros, imposables dans la catégorie des revenus capitaux mobiliers. A la suite des observations présentées sur la proposition de rectification du 30 juillet 2018, de l'exercice d'un recours hiérarchique et de la production d'un rapport d'expertise, les biens immobiliers ont été réévalués à hauteur de 284 757 euros TTC par le service et ce dernier, par un courrier du 11 novembre 2019, a ramené, pour l'année 2017, le montant des revenus distribués à hauteur de 120 926 euros, le montant de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à hauteur de 42 339 euros et le montant des prélèvements sociaux à hauteur de 16 640 euros. Les sommes dues en droits et en pénalités à raison de l'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 ont été mises en recouvrement les 30 avril et 30 juin 2021. La réclamation de M. et Mme B du 9 mai 2021 a été rejetée le 2 décembre 2021. Par la présente requête, M. et Mme B demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités y afférentes.
Sur l'étendue du litige :
4. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, par une décision du 19 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a accordé aux requérants, d'une part, pour l'année 2016, un dégrèvement partiel à hauteur de 152 euros en droits et pénalités et, d'autre part, pour l'année 2017, un dégrèvement partiel à hauteur de 927 euros en droits et pénalités. Les conclusions de la requête aux fins de décharge sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne le rehaussement en matière de bénéfices industriels et commerciaux :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. ". Aux termes de l'article 35 de ce code : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / () / 1° bis Personnes qui, à titre habituel, achètent des biens immeubles, en vue d'édifier un ou plusieurs bâtiments et de les vendre, en bloc ou par locaux () ". Aux termes de l'article 1655 ter de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article 60, du 2° du I de l'article 827 et du 2° du I de l'article 828, les sociétés qui ont, en fait, pour unique objet soit la construction ou l'acquisition d'immeubles () , soit la gestion de ces immeubles (), sont réputées, quelle que soit leur forme juridique, ne pas avoir de personnalité distincte de celle de leurs membres pour l'application des impôts directs () / Notamment, les associés ou actionnaires sont personnellement soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés, suivant le cas, pour la part des revenus sociaux correspondant à leurs droits dans la société. ".
6. Pour retenir que la cession du 24 novembre 2016, réalisée par la SCCV Alter Ego VII à la SCI Scarlett des lots composés de trois garages, d'un appartement de type T2, d'une entrée et d'un local à aménager de type grenier, à hauteur de 168 668 euros, avait été effectuée pour un prix notablement inférieur à la valeur vénale des biens cédés, le service, comme l'exposent les termes des propositions de rectification du 30 juillet 2018 et la décision prise sur recours hiérarchique du 14 novembre 2019 qui retient des valeurs plus favorables à la SCCV Alter Ego VII, a cherché à déterminer cette valeur vénale. Pour ce faire, il a estimé qu'il y avait lieu d'effectuer une évaluation des biens en utilisant une méthode d'évaluation par comparaison au regard des biens déjà vendus par la SCCV Alter Ego VII dans son programme " Les 4 saisons ", dans le bâtiment D, lequel intègre les lots objets de la cession litigieuse. Il a, par ailleurs, accepté de répondre favorablement à la demande de M. B, gérant de la SCCV Alter Ego VII, tendant à différencier la valorisation, d'une part, de l'appartement situé au 1er étage du bâtiment et les deux garages qui lui sont liés et, d'autre part, du local à aménager situé au 2ème étage et du garage qui lui est lié, en raison des caractéristiques propres de ces biens.
7. Concernant l'appartement situé au 1er étage et les deux garages liés, parmi les trois méthodes d'évaluation par comparaison identifiées le service a retenu la méthode du " prix au m² simple ", qui ne tient pas compte des valorisations particulières tels que les balcons, caves et garages, dès lors que cette méthode était la plus favorable à la SCCV Alter Ego VII qui a cédé un nombre de garages supérieurs à la SCI Scarlett par rapport aux autres cessions intervenues dans l'immeuble. Cette méthode consiste à déterminer le prix au m² à retenir au regard du prix de vente TTC de l'appartement présentant la valeur la plus basse du 1er étage intervenue en " queue de programme " rapporté à la surface de cet appartement. Il en résulte une valorisation à hauteur de 3 526 euros par m². Le service a multiplié cette valeur par la surface de l'appartement litigieux, soit 43,75 m², pour aboutir à une valeur vénale de 154 263 euros TTC concernant ces biens.
8. Concernant le local à aménager situé au 2ème étage du même bâtiment et le garage qui lui est lié, le service a appliqué la même méthode en retenant, toutefois, au regard des caractéristiques particulières du bien qui n'est pas aménagé et qui intègre 54,2 m² de surface au sol dont la hauteur sous plafond varie entre 1,50 mètres et 1,80 mètres, une décote de 40 % correspondant aux frais d'aménagement pour la surface de 48 m² disposant d'une hauteur sous plafond supérieure à 1,80 mètres et une seconde décote de 70 % pour la surface de 54,2 m² disposant d'une hauteur sous plafond inférieure variant entre 1,50 mètres et 1,80 mètres. La surface au sol dont la hauteur sous plafond est inférieure à 1,50 mètres n'a pas été valorisée par le service. Il en a déduit une valorisation de ces biens à hauteur de 158 670 euros TTC.
9. Par ailleurs, sur la somme totale de 312 933 euros TTC, le service a appliqué un abattement de 10 000 euros TTC pour tenir compte des circonstances tirées de ce que les biens ne possèdent pas de balcon, que la surface de jardin acquise est inférieure à la surface moyenne des jardins des autres appartements du 1er étage et que le local à aménager ne comportent que des fenêtres de toit. En outre, il a réduit la valeur vénale de ces biens à hauteur de 6 % pour les frais de commercialisation et de gestion non supportés par la SCI Scarlett. La valeur vénale finale de ces biens a alors été fixée à 284 757 euros TTC par l'administration fiscale, qui en a déduit que le prix de la cession intervenue, le 24 novembre 2016, entre la SCCV Alter Ego VII et la SCI Scarlett avait été minoré à hauteur de 116 089 euros TTC, soit 96 740 euros HT.
10. En premier lieu, les requérants se prévalent de ce que la valorisation des garages cédés serait de 11 000 euros TTC par garage, que la méthode retenue par le vérificateur ne tiendrait pas compte du prix de deux précédentes cessions de garages intervenues pour un montant de 10 000 euros TTC et ne tiendrait pas compte des frais de commercialisation et de gestion d'une proportion de 7 %. Toutefois, ainsi qu'il a été relevé au point 7, le service n'a pas pris en compte la valorisation des garages dans la méthode d'évaluation par comparaison du " prix au m² simple " retenue, laquelle était la plus favorable à la SSCV Alter Ego VII. La société ne démontre pas qu'une autre méthode aurait conduit à une estimation d'ensemble moindre et n'apporte aucun élément de nature à justifier que l'abattement pratiqué pour frais de commercialisation et de gestion aurait été sous-évalué.
11. En deuxième lieu, d'une part, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme B, la méthode retenue pour la valorisation de l'appartement de type T2 situé au premier étage procède d'une évaluation par comparaison, au regard de la cession d'un appartement situé au même étage dans le même bâtiment et présentant la valeur la plus basse car intervenue en " queue de programme ". Elle intègre les caractéristiques propres du bien ainsi qu'en attestent la prise en compte de sa surface et l'application de l'abattement de 10 000 euros mentionné au point 9. D'autre part, si les requérants se prévalent de ce que leur évaluation par comparaison au m², qui intègre la valeur vénale des deux garages, aboutit à un écart de seulement 3 401 euros par rapport à ce qui est retenu par le service, cette circonstance n'est pas de nature à établir que la valorisation retenue par le service serait erronée sachant, qui plus est, que le prix au m² allégué de 3122 euros n'est pas justifié.
12. En dernier lieu, s'agissant de la valorisation du local à aménager situé au 2ème étage, les requérants soutiennent, d'une part, que la méthode retenue serait erronée en ce que les surfaces dont la hauteur varie entre 1,50 mètres et 1,80 mètres n'avaient pas à être prises en compte ou à tout le moins, il ne pouvait leur être appliqué un coefficient de pondération de 0,5 mais seulement de 0,2 et, d'autre part, que la valeur réelle du local serait de 165 000 euros dont il faudrait déduire un montant de travaux de 100 000 euros HT et non de 94 290 euros HT.
13. Toutefois, aucune disposition ni aucun principe n'imposait à l'administration d'exclure les surfaces dont la hauteur est située entre 1,50 mètres et 1,80 mètres pour apprécier la valeur de ce local et le rapport d'expertise produit par les requérants indique lui-même que les surfaces sous 1,80 mètres de hauteur peuvent être intégrées dans la valorisation du bien en appliquant des coefficients de pondération tenant compte de l'utilité de ces espaces pour le logement. En outre, ainsi qu'il a été mentionné au point 8, le service a retenu une décote de 70 % pour la surface de 54,2 m² disposant d'une hauteur sous plafond variant entre 1,50 mètres et 1,80 mètres, soit un coefficient proche de celui retenu par l'expert à hauteur de 0,2. Enfin, la seule production d'un devis indiquant un montant total de travaux de 109 000 euros HT, daté du 3 octobre 2019, ne saurait à elle seule établir que la décote de 40 % correspondant aux frais d'aménagement pour la surface de 48 m² disposant d'une hauteur sous plafond supérieure à 1,80 mètres retenue par l'administration, serait erronée.
14. Dans ces conditions, l'administration établit un écart entre le prix convenu de 168 668 euros TTC et la valeur vénale des biens cédés de 284 757 euros TTC, soit un écart significatif de 116 089 euros TTC. En outre, à la date de la cession litigieuse, la SCCV Alter Ego VII étant détenue à hauteur de 1 % par M. B et étant soumise au régime de transparence fiscale prévu à l'article 1655 ter du code général des impôts, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assigné à M. B le rehaussement en litige au titre des bénéfices industriels et commerciaux de l'année 2016.
En ce qui concerne le rehaussement en matière de revenus de capitaux mobiliers :
15. D'une part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ".
16. En cas d'acquisition par une société à un prix que les parties ont délibérément majoré par rapport à la valeur vénale de l'objet de la transaction, ou, s'il s'agit d'une vente, délibérément minoré, sans que cet écart de prix comporte de contrepartie, l'avantage ainsi octroyé doit être requalifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet et l'identité du co-contractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause. La preuve d'une telle distribution occulte doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, d'une part, d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien cédé, d'autre part, d'une intention, pour la société, d'octroyer, et, pour le co-contractant, de recevoir, une libéralité du fait des conditions de la cession. Cette intention est présumée lorsque les parties sont en relation d'intérêts.
17. D'autre part, en vertu des articles 218 bis et 1655 ter du code général des impôts, les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés sont imposables à raison des bénéfices, déterminés selon les règles prévues pour l'impôt sur les sociétés, réalisés par les sociétés de personnes dont elles sont associées, dans la mesure des parts qu'elles détiennent.
18. Il résulte de la combinaison des dispositions mentionnées aux points 15 et 17 que le versement d'une rémunération ou d'un avantage occulte par une société de personnes dont des personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés détiennent une part des droits sociaux correspond, dans la mesure de cette part, à une distribution de revenus imposable chez le bénéficiaire de cette rémunération dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 14 que l'administration établit un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale des biens cédés. Cet écart de prix n'est justifié par aucune contrepartie. En outre et comme il a été dit au point 1, à la date de la cession litigieuse intervenue entre la SCCV Alter Ego VII et la SCI Scarlett, la SCCV Alter Ego VII était détenue à hauteur de 1 % par M. B et à hauteur de 99 % par la SARL Tekhne Conseil, elle-même détenue par M. B à hauteur de 99 % et par Mme B à hauteur de 1 %. La SCI Scarlett était quant à elle détenue par M. et Mme B à hauteur de 49 % chacun et leurs deux enfants à hauteur de 1 % chacun, l'ensemble des associés appartenant au même foyer fiscal. Eu égard à la communauté d'intérêts liant la SCCV Alter Ego VII et la SCI Scarlett et en l'absence de tout élément de nature à renverser la présomption mentionnée au point 16, l'administration apporte la preuve de l'intention libérale des parties.
20. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'avis d'imposition établi pour les revenus de l'année 2017 et de la décision rejetant la réclamation du 2 décembre 2021, que le service a retenu que la libéralité consentie par la SCCV Alter Ego VII avait bénéficié à la SCI Scarlett et non à la SARL Tekhne Conseil contrairement à ce qui est soutenu. La SARL Tekhne Conseil, étant soumise à l'impôt sur les sociétés et détenant 99 % des parts de la SCCV Alter Ego VII, par l'intermédiaire de laquelle a été effectuée la distribution, c'est à bon droit que le service a estimé que les 99 % du montant de la libéralité étaient constitutifs de revenus distribués au profit du foyer fiscal de M. et Mme B en tant qu'associés de la SCI Scarlett.
21. En troisième lieu, la circonstance que M. B ait été imposé au titre des bénéfices industriels et commerciaux à hauteur de 1 % du montant de la libéralité consentie ne saurait caractériser une double imposition dès lors que son foyer fiscal a été imposé à hauteur de 99 % du montant de la libéralité consentie par la SCCV Alter Ego VII au titre des revenus de capitaux mobiliers ainsi qu'il a été mentionné au point précédent.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel : " Devant les juridictions relevant du Conseil d'Etat ou de la Cour de cassation, le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est, à peine d'irrecevabilité, présenté dans un écrit distinct et motivé. ". Aux termes de l'article R. 771-3 du code de justice administrative : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé. Ce mémoire, ainsi que, le cas échéant, l'enveloppe qui le contient, portent la mention : "question prioritaire de constitutionnalité". ". L'article R. 771-4 du même code prévoit que : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 et R. 612-1 ".
23. Le moyen tiré de ce que les dispositions du 2° du 7. de l'article 158 du code général des impôts méconnaitrait le principe d'égalité devant les charges publiques, qui a trait à la constitutionnalité de la loi, doit être présenté dans un mémoire distinct et motivé en application des dispositions citées au point précédent. Par suite, il est irrecevable et ne peut qu'être écarté.
24. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a prononcé le rehaussement en litige au titre des revenus de capitaux mobiliers pour l'année 2017.
Sur les pénalités :
25. En vertu de l'article 1729 du code général des impôts, les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraînent l'application d'une majoration de 40 % lorsque le contribuable a délibérément entendu se soustraire à l'impôt. Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
26. En relevant dans la proposition de rectification du 30 juillet 2018 que M. B, professionnel de l'immobilier, avait omis de déclarer la libéralité en litige consentie d'une société de personnes qu'il contrôle à une autre société de personnes qu'il contrôle également avec son épouse, l'administration établit le caractère délibéré du manquement des requérants. Ainsi et dès lors que les rehaussements en cause sont fondés, c'est à bon droit qu'elle a prononcé les majorations contestées.
27. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.
Le rapporteur,
T. RUOCCO-NARDO
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026