vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200813 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | DELOITTE SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2200813, le 9 février 2022, les 20 et 22 juillet 2022 et le 16 octobre 2024, Mme A C, représentée par le cabinet Deloitte société d'avocats, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées pour les deux années en litige ;
3°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- le c. de l'article 111 du code général des impôts méconnaît le principe constitutionnel d'égalité devant les charges publiques ;
- les opérations en cause sont dépourvues de caractère occulte ;
- elle ne peut être regardée comme bénéficiaire de revenus réputés distribués en raison de sa détention d'une part très minoritaire du capital social de la SARL APC ;
- les rectifications en litige méconnaissent l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le caractère mal fondé des rappels notifiés à la SARL APC au titre de la même période, comme démontré dans la requête introduite contre ces rappels et à laquelle il convient de se référer, implique qu'elle soit déchargée intégralement des rappels en litige ;
- l'application des pénalités pour manquement délibéré est disproportionnée ;
- le service n'apporte pas la preuve de la connaissance par la contribuable des faits ou des situations.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2022, le directeur du contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
II - Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2200814, le 9 février 2022, les 28 et 29 juillet 2022 et le 16 octobre 2024, Mme A C, représentée par le cabinet Deloitte société d'avocats, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées pour les deux années en litige ;
3°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- le c. de l'article 111 du code général des impôts méconnaît le principe constitutionnel d'égalité devant les charges publiques ;
- les opérations en cause sont dépourvues de caractère occulte ;
- elle ne peut être regardée comme bénéficiaire de revenus réputés distribués en raison de sa détention d'une part très minoritaire du capital social de la SARL APC ;
- les rectifications en litige méconnaissent l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le caractère mal fondé des rappels notifiés à la SARL APC au titre de la même période, comme démontré dans la requête introduite contre ces rappels et à laquelle il convient de se référer, implique qu'elle soit déchargée intégralement des rappels en litige ;
- l'application des pénalités pour manquement délibéré est disproportionnée ;
- le service n'apporte pas la preuve de la connaissance par la contribuable des faits ou des situations.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2022, le directeur du contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable en ce qu'elle concerne les impositions correspondant aux revenus déclarés tardivement et que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gagneux, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une première vérification de comptabilité de la SARL APC, Mme C, associée minoritaire de cette société et également associée des SCI Ut Babar, Anapop et Kabobol, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration a estimé qu'elle avait bénéficié d'une distribution de revenus occultes et lui a notifié, par une proposition de rectification du 23 mai 2017, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015. Les impositions supplémentaires au titre de l'année 2014 ont été assorties, selon les rappels, de la majoration de 10 % pour omission dans la déclaration des revenus prévue à l'article 1758 A du code général des impôts et de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a. de l'article 1729 du même code. Les impositions supplémentaires au titre de l'année 2015 ont été assorties, selon les rappels, de la majoration de 40 % prévue au b. du 1 de l'article 1728 du code général des impôts. Sa réclamation préalable ayant été rejetée, Mme C sollicite la décharge de ces suppléments d'impôts ainsi que des pénalités correspondantes dans sa requête enregistrée sous le n° 2200814.
2. A la suite d'une seconde vérification de comptabilité de la société APC, Mme C a de nouveau fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration a estimé qu'elle avait bénéficié d'une distribution de revenus occultes et, par une proposition de rectification du 1er août 2019, lui a notifié des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017. Ces impositions supplémentaires ont été assorties, selon les rappels, de la majoration de 10 % prévue au a. du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, de la majoration de 10 % pour omission dans la déclaration des revenus prévue à l'article 1758 A de ce code et de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a. de l'article 1729 du même code. Sa réclamation préalable ayant été rejetée, Mme C sollicite la décharge de ces suppléments d'impôts ainsi que des pénalités correspondantes dans sa requête enregistrée sous le n° 2200813.
3. Les requêtes visées ci-dessus et présentées pour Mme C concernent la situation d'un même contribuable, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
4. Mme C indique reprendre l'intégralité des moyens soulevés par la SARL APC dans le cadre de sa requête d'appel du jugement n° 1900875, s'agissant des années 2014 et 2015, ainsi que ceux soulevés dans le cadre de sa requête dans l'instance n° 2108429, s'agissant des années 2016 et 2017. Toutefois, en raison du principe d'indépendance des procédures de rectification menées à l'encontre de la SARL APC, d'une part, et de ses associés, d'autre part, les éventuelles irrégularités de la procédure de rectification suivie à l'encontre de la société sont sans incidence sur l'imposition personnelle de Mme C.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. En vertu du 3 de l'article 158 du code général des impôts, sont notamment imposables à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les revenus considérés comme distribués en application des articles 109 et suivants du même code. Aux termes de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ".
6. En cas de versement sans contrepartie par une société à une autre société ou personne, ou de la fourniture de prestations étrangères à l'intérêt de l'entreprise constitutifs d'un acte anormal de gestion, l'avantage ainsi octroyé doit être requalifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de revenus au sens des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts. La preuve d'une telle distribution occulte doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, en l'absence de mention explicite en comptabilité de ladite libéralité, d'une intention, pour la société, d'octroyer, et, pour le co-contractant, de recevoir, cette libéralité.
7. En premier lieu, si Mme C reprend à son compte l'intégralité des moyens relatifs au bien-fondé des rectifications menées à l'encontre de la SARL APC pour les années 2014 et 2015 ainsi que pour les années 2016 et 2017, seuls les moyens visant à remettre en cause la qualification d'acte anormal de gestion s'agissant de la prise en charge par la société de loyers et factures acquittées sans contrepartie au cours des années d'imposition en litige, sont susceptibles d'avoir une incidence sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus mis à sa charge sur le fondement des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts.
8. A cet égard, il résulte de l'instruction que la SARL APC a conclu, le 30 mars 2007, avec la SCI Ut Babar, dont le capital est détenu par M. B, par ailleurs gérant, et Mme C sa compagne, un bail commercial portant sur des locaux à usage de bureaux et d'archives à Rillieux-la-Pape, d'une superficie de 120 m2, au prix de 12 000 euros par an. La SARL APC a comptabilisé en charges, à ce titre, une somme de 29 001,60 euros lors de l'exercice 2014. La société a également signé, le 15 mars 2005, avec la SCI Anapopop, dont le capital est détenu majoritairement par M. B, également gérant, et Mme C, un bail commercial portant sur des locaux de 346 m2 situés à Rillieux-la-Pape, pour un loyer annuel de 34 335 euros. Les charges de location comptabilisées au titre de ce bail par la SARL APC se sont élevées à 44 698,96 euros au cours de l'exercice 2014. La SARL APC a enfin conclu avec la SCI Kabobol, dont le capital est détenu par M. B, qui en est le gérant, et Mme C, le 1er décembre 2008, un bail commercial portant sur des locaux à usage de bureau, d'une superficie de 150 m2, situés à Oyonnax, pour un loyer annuel de 18 000 euros et a comptabilisé en charges, à ce titre, une somme de 24 832,76 euros en 2014. Le service a remis en cause le caractère déductible de ces charges des résultats imposables de la SARL APC, estimant qu'elles n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise.
9. Si la SARL APC a justifié des charges ainsi comptabilisées en produisant les baux et les factures émises par les trois SCI, l'administration a relevé que les montants comptabilisés par la SARL APC ne correspondaient pas à ceux mentionnés dans les différents contrats de bail. Elle a également relevé que ces montants ne correspondaient pas davantage, tant dans leurs dates que dans leurs montants, aux factures établies par les bailleurs, sans que ces discordances soient justifiées. Elle a par ailleurs constaté que les salariés de la SARL APC ne travaillaient pas dans ces locaux, mais dans ceux de son siège à Sevrier, que la société n'avait souscrit aucun contrat d'abonnement pour l'eau, l'électricité et le téléphone, que le montant des charges locatives était identique pour les deux exercices 2014 et 2015, sans qu'aucune régularisation soit intervenue, et qu'à l'occasion de visites sur place, il a été constaté l'absence de toute signalisation de la société dans les différents locaux loués. Enfin, l'administration a relevé que les SCI bailleresses ont toutes déclaré, en 2015, que les locaux concernés étaient vacants et non loués. Mme C, qui soutient que les locaux de Rillieux-la-Pape étaient utilisés à usage d'archives et pour y recevoir les clients établis dans la région lyonnaise, n'en justifie pas par la seule production d'attestations, rédigées en termes peu circonstanciés, établies par trois salariés et trois clients, par la production de relevés de péages d'autoroute sans lien direct avec les locaux et par la production de papiers à en-tête à l'adresse de ces locaux. Elle n'apporte par ailleurs aucun élément de nature à démontrer que l'un des locaux de Rillieux-la-Pape serait utilisé pour y stocker des archives, alors que la société dispose déjà d'un local loué à cette fin à proximité de son siège social, et dont l'administration n'a pas remis en cause les frais de location comptabilisés à ce titre. S'agissant des locaux d'Oyonnax, la SARL APC s'est bornée à faire valoir qu'elle les a pris à bail en vue d'y développer une clientèle, sans produire aucun justificatif à l'appui de cette allégation. Enfin, si la SARL APC a indiqué qu'elle était tenue au paiement des loyers du fait de la signature des contrats de bail, cette circonstance ne fait pas, en elle-même, obstacle à la remise en cause du caractère déductible des charges en litige, d'autant qu'ainsi qu'il a été dit, elle a versé aux trois SCI des sommes bien supérieures à celles mentionnés sur les baux. Dans ces conditions, l'administration, qui fait par ailleurs état de la communauté d'intérêts existant entre la SARL APC et les SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, qui ont les mêmes associés et le même gérant, et qui ne s'est pas immiscée dans la gestion de la société, mais a contrôlé, ainsi qu'il lui appartient de le faire, les justificatifs produits par la SARL APC à l'appui des charges qu'elle a déduites de ses résultats imposables, établit que les sommes versées à ces SCI au titre des baux en litige sont dépourvues de toute contrepartie, qu'elles n'ont, dès lors, pas été engagées dans l'intérêt de la SARL APC et que leur prise en charge est constitutive d'un acte anormal de gestion.
10. La SARL APC a également comptabilisé en charges, à hauteur de 24 095 euros en 2014, des prestations facturées par Mme C qui exerce une activité individuelle de prestations de ménage sous le nom commercial MT Conseil. Pour remettre en cause le caractère déductible de ces charges, présentées comme correspondant au ménage des locaux de Rillieux-la-Pape et Doussard, l'administration a d'abord relevé l'absence de convention liant la SARL APC et Mme C, l'existence d'anomalies dans la facturation, qu'il s'agisse de la présentation formelle des factures, de la mention de périodes de réalisation postérieures à leur établissement et de l'absence d'indication du lieu de réalisation des prestations, ainsi que la circonstance que les factures étaient réglées avant leur établissement. Elle a également relevé que la SARL APC emploie une salariée comme agent d'entretien pour les locaux de Sevrier et que cette dernière réalisait, au vu des déclarations de salaires établies par la société, en moyenne quatorze heures par semaine, alors que, selon les informations données par M. B lors du contrôle, le ménage des locaux de Sevrier ne l'occupait que quatre à cinq heures par semaine. L'administration a également noté, d'une part, que les locaux de Rillieux-la-Pape n'étaient pas utilisés pour les besoins de l'exploitation de la SARL APC et que celle-ci a également payé à la SARL Generale Elec des prestations d'entretien du bâtiment de Doussard. Elle a, enfin, relevé le prix très élevé des prestations facturées par Mme C au regard de leur nature et l'absence de justificatif du détail de celles-ci. Par ces éléments, et eu égard à la relation d'intérêt liant la société à la requérante, l'administration établit que les dépenses en cause n'ont pas été engagées dans l'intérêt de l'exploitation de la SARL APC et que leur prise en charge par la société est constitutive d'un acte anormal de gestion.
11. Pour les mêmes raisons qu'exposées ci-dessus, les charges comptabilisées par la SARL APC au cours de l'exercice clos en 2015, correspondant à la location des locaux de Rillieux-la-Pape et d'Oyonnax (soit 29 001,60 euros, 44 698,96 euros et 24 832,76 euros) et aux prestations facturées par Mme C (34 500 euros), qui n'ont pas été engagées dans l'intérêt de l'exploitation de la SARL APC, révèlent des actes anormaux de gestion.
12. S'agissant des années 2016 et 2017, l'administration fiscale a relevé que les montants des loyers et charges définis dans les baux ne correspondaient pas aux montants comptabilisés en charges au même titre, sans que la société ne puisse justifier cette différence. Les règlements enregistrés dans les comptes de la SARL APC ne correspondent pas, dans leur montants et leurs dates, avec les factures établies et produites dans le cadre du contrôle, les règlements étant supérieurs aux montants facturés. En outre, une visite de l'extérieur des lieux a permis de constater l'absence d'élément de signalétique permettant d'identifier la présence de la SARL APC, la circonstance que les locaux accueillent des clients professionnels ne suffisant pas à expliquer cette absence. L'administration fiscale a relevé également qu'aucun salarié de la SARL APC ne travaille dans les locaux loués. Les déclarations souscrites par les deux SCI, déclarations modèle " déclaration d'un local à usage professionnel ou commercial ", indiquent que les locaux présentés comme loués à la SARL APC sont des locaux vacants et non loués, ces déclarations ayant été signées par une personne exerçant également les fonctions de directrice administrative et financière au sein de la SARL APC. L'administration relève également que la SARL APC n'avait, avant régularisation rétroactive en 2018 s'agissant des locaux de Rillieux-la-Pape, déclaré aucun établissement secondaire. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration fiscale doit être regardée comme rapportant la preuve que la charge comptabilisée par la SARL APC au titre des loyers et des charges locatives versées aux SCI Anapopop et Kabobol est dépourvue de contrepartie et relève de l'acte anormal de gestion.
13. En outre, la circonstance que l'utilisation de ces locaux aurait un intérêt pour la société est, en l'absence d'utilisation effective, sans incidence sur la qualification d'acte anormal de gestion. Par ailleurs, les dispositions du code de commerce relatives aux baux commerciaux ne peuvent être utilement invoquées par la SARL APC pour justifier du caractère déductible du versement de loyers et de charges locatives dépourvus de contrepartie.
14. Enfin, la SARL APC a comptabilisé en charges, à hauteur de 20 378 euros en 2016 et 19 960 euros en 2017, des prestations facturées par Mme C pour son activité individuelle de prestations de ménage sous le nom commercial MT Conseil. Ces travaux ont été réalisés dans les locaux de la SARL APC situés à Sévrier et à Doussard. Pour remettre partiellement en cause le caractère déductible de ces charges, l'administration a relevé le prix très élevé des prestations facturées par Mme C au regard de leur nature, respectivement 51,98 et 48,92 euros de l'heure pour les années 2016 et 2017, alors que de tels travaux de nettoyage et de dépoussiérage ne présentent aucune technicité particulière. En se basant sur des comparables et après avoir relevé que la société requérante rémunérait ses salariés intérimaires investis des mêmes missions au taux horaire de 23,92 euros de l'heure, l'administration retient une déductibilité de ces factures à concurrence d'un taux horaire de 30 euros de l'heure. Eu égard à la relation d'intérêt liant la société à la requérante, l'administration établit ainsi que les dépenses dépassant ce taux horaire, soit 8 618 euros pour 2016 et 7 720 euros pour 2017, n'ont pas été engagées dans l'intérêt de la SARL APC et que leur paiement est constitutif d'un acte anormal de gestion.
15. Il résulte des paragraphes 7 à 14 du présent jugement que Mme C n'est pas fondée à soutenir que les charges supportées par la SARL APC au titre des années 2014 à 2017 ne procédaient pas d'actes anormaux de gestion.
16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux paragraphes 5 et 6 que ces sommes versées aux SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, ainsi qu'à MT Conseil pour les années 2014 à 2017, ont alors un caractère de libéralités.
17. Pour apporter la preuve dont la charge lui incombe que de telles sommes constituent pour Mme C des avantages occultes au sens des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts, l'administration indique que Mme C ne pouvait ignorer le caractère de libéralité desdites sommes, compte tenu des liens étroit unissant la SARL APC d'une part, et les SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, ainsi que MT Conseil, d'autre part. Si, pour contester cette qualification, Mme C soutient que lesdites sommes, inscrites en comptabilité, ne présentent aucun caractère occulte, il résulte de l'instruction que ces inscriptions en comptabilité ne précisaient nullement le caractère de libéralités. Dans ces conditions, compte tenu des liens étroits les unissant, l'existence d'une intention libérale pour la SARL APC d'une part, et les SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, ainsi que MT Conseil d'autre part, est suffisamment établie. Par ailleurs, la circonstance que Mme C ne soit qu'associée minoritaire de la SARL APC n'est pas de nature à remettre en cause l'existence de l'intention libérale pour cette société. L'administration doit alors être regardée comme apportant la preuve d'une distribution occulte au profit de Mme C au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts, imposée à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 771-3 du code de justice administrative : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé () ". Aux termes de l'article R. 771-4 du même code : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 et R. 612-1 () ".
19. Si Mme C soutient que les dispositions précitées de l'article 111 du code général des impôts méconnaissent le principe constitutionnel d'égalité devant l'impôt, un tel moyen, qui conteste la conformité d'une disposition législative aux droits et libertés garantis par la Constitution sans être présenté par un mémoire distinct, est irrecevable, en application des dispositions des articles R. 771-3 et R. 771-4 du code de justice administrative.
20. En quatrième lieu, Mme C soutient que ces mêmes dispositions de l'article 111 du code général des impôts seraient contraires aux stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
21. Il résulte toutefois des termes mêmes de l'article 14 de la convention que le principe de non-discrimination qu'il édicte ne concerne que la jouissance des droits et libertés reconnus par ladite convention et par les protocoles additionnels à celle-ci. Il appartient dès lors au contribuable qui se prévaut de la violation de ce principe d'invoquer devant le juge administratif le droit ou la liberté dont la jouissance est affectée par la discrimination alléguée. Mme C ne précisant pas le droit ou la liberté, reconnus par la convention, qui serait méconnu par la discrimination qu'elle invoque, celle-ci doit être regardée comme n'entrant pas en tout état de cause dans les prévisions des stipulations de l'article 14 de la convention et la requérante ne peut donc utilement s'en prévaloir.
Sur les pénalités :
22. L'administration fiscale a, sur le fondement des dispositions du a. de l'article 1729 du code général des impôts, assorti les rectifications notifiées en matière d'impôt sur le revenu au titre des années 2014, 2016 et 2017 de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré. Pour justifier le caractère délibéré des manquements, elle s'est fondée sur la circonstance que Mme C, associée de la SARL APC, était également associée des trois SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, à hauteur respectivement de 30 %, 11,25 % et 60 %. Elle a relevé que les factures de loyers et de charges locatives étant rédigées dans les locaux de la SARL APC, de sorte que Mme C, en sa qualité de compagne de M. B, gérant de cette société, ne pouvait ignorer que les loyers et charges locatives facturées ne correspondaient pas à des charges réelles et constituaient des libéralités. Elle a en outre relevé que Mme C ne pouvait ignorer le caractère fictif des factures qu'elle avait elle-même émise pour l'année 2014 au titre des prestations de MT Conseil. Elle a enfin relevé que ces manquements présentaient un caractère répété sur les années 2014, 2016 et 2017. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve du caractère délibéré des manquements. La contribuable se prévaut du fait que les SCI dont elle détient une part du capital social ont déclaré les loyers en cause, de sorte qu'elle n'a pu vouloir éluder l'impôt auquel elle a été soumise en tant que détentrice des sociétés propriétaires des biens donnés en location. Toutefois, cette seule circonstance ne permet pas de remettre en cause la connaissance par Mme C de l'existence de libéralités accordées par la SARL APC au profit des SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, ainsi que, s'agissant de MT Conseil, pour l'année 2014 uniquement, libéralités qui n'ont pas été déclarées comme telles. Par suite, les pénalités pour manquement délibéré appliquées au titre des années 2014, 2016 et 2017 ne peuvent qu'être maintenues.
23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par l'administration fiscale en défense, que les conclusions de Mme C aux fins de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes susvisées de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur du contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
G. LEFEBVRE
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
E. BEROT-GAY
La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2200814
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026