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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200869

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200869

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200869
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGIROUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. B D, représenté par Me Giroud, demande au tribunal :

1°) A titre principal, de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales qui lui ont été réclamées au titre des années 2012 et 2013, ainsi que la décharge des pénalités correspondantes, et, à titre subsidiaire, de réduire l'assiette des contributions sociales de 26 385 euros au titre de l'année 2012 et de 6 825 euros au titre de l'année 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition d'office de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales n'est pas applicable aux revenus de capitaux mobiliers imposés en 2012 et 2013 ;

- la proposition de rectification du 31 juillet 2015 est insuffisamment motivée : la proposition de rectification du 21 juillet 2015 concernant la SELARL n'était pas jointe et ne lui a pas été notifiée, et les justificatifs comptables ayant conduit aux rehaussements de la SELARL n'ont pas été annexés à la proposition de rectification du 31 juillet 2015 ;

- s'agissant des revenus de capitaux mobiliers taxés sur le fondement de l'article 109 1 du code général des impôts, le service n'a pas pris en compte l'existence d'une créance de 83 387,86 euros qu'il détenait dans les comptes de la SELARL au 1er janvier 2012 ;

- s'agissant des salaires, le service n'a pas pris en compte les mouvements de débits crédit figurant sur ses comptes bancaires qui compensent les rehaussements ;

- le montant des abandons de créance non justifiés portés en annexe 1 de la proposition de rectification doit être modifié : le règlement de 6900,10 euros correspond au règlement des salaires déjà rehaussé et fait l'objet d'une double imposition ; il justifie avoir rétrocédé la somme de 14 352 euros à son collaborateur ; il a réglé la somme de 3109,60 euros à la SCI CCM au titre de loyers d'un local à usage de bureau ; il a réglé la somme de 403,60 euros à la société Cpro par virement du 13 février 2012 pour la location d'un photocopieur ; il a réglé directement la somme de 1391,46 euros à la société Area en 2012 au titre de ses frais d'autoroute ; il a réglé à la société Viaxel la somme de 7644,31 euros en 2012 et 7267,32 euros en 2013 pour un contrat de leasing automobile ;

- s'agissant des revenus imposés sur le fondement des articles 111 a et 111 c du code général des impôts, le compte Banque Populaire des Alpes n°31649613190 est un compte mixte sur lequel il a réglé de nombreuses dépenses de la SARL et encaissé l'intégralité des recettes de la société ;

- l'assiette des contributions sociales ne pouvait faire l'objet d'une base majorée de 25%.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au non-lieu à statuer à concurrence des dégrèvements prononcés en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Permingeat, rapporteur public désigné en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D exerçait la profession d'avocat dans le cadre d'une société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013. Il a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation personnelle (ESFP) portant sur les années 2012 et 2013, à l'issue duquel l'administration a mis à sa charge des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, mises en recouvrement le 31 décembre 2015. L'administration n'ayant pas statué dans le délai de six mois sur la réclamation qu'il lui a adressée le 22 novembre 2017, il demande, dans la présente instance, la décharge des impositions qui lui sont réclamées.

2. Par décision du 11 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a prononcé le dégrèvement d'une somme de 22 447 euros après avoir pris en compte la demande de M. D relative à la majoration des contributions sociales, aux sommes rétrocédées à son collaborateur à hauteur de 14 352 euros et à la prise en charge de frais de location d'un photocopieur à la société Cpro pour la somme de 403,60 euros. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de décharge à concurrence des sommes dégrevées en cours d'instance.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus (), sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 () ". Selon l'article L. 67 du même code : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () "

4. Il résulte de l'instruction que M. D n'a pas déposé la déclaration d'ensemble de ses revenus des années 2012 et 2013 malgré l'envoi de mises en demeure le 12 février et le 4 novembre 2014. Par suite, l'administration a valablement fait usage de la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions citées au point 3 pour déterminer le montant de ses revenus imposables à l'impôt sur le revenu relevant tant de la catégorie des traitements et salaires que des revenus de capitaux mobiliers.

5. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () "

6. La proposition de rectification du 31 juillet 2015 adressée à M. D à la suite de l'ESFP détaille la nature, le montant et les modalités de détermination des revenus taxés d'office. Ainsi, la circonstance que l'administration n'a pas joint à ce document la proposition de rectification qu'elle a adressée le 21 juillet 2015 au mandataire judiciaire désigné par le tribunal de commerce le 11 février 2015 à la suite de la liquidation judiciaire de la SELARL, n'a pas d'incidence sur la motivation de la proposition du 31 juillet 2015. Par ailleurs, l'administration n'était pas tenue de joindre à la proposition de rectification les éléments comptables de la SELARL susceptibles de justifier les rehaussements notifiés.

Sur le bien-fondé des impositions :

7. Selon l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". L'article R. 193-1 de ce livre précise : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

8. L'administration ayant fait usage de la procédure de taxation d'office de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales pour déterminer le montant des revenus imposables à l'impôt sur le revenu de M. D au titre des années 2012 et 2013, il appartient à ce dernier d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Selon l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".

10. Il résulte de l'instruction que la SELARL B D a inscrit au crédit du compte courant de son unique associé plusieurs sommes d'un montant global de 43 475 euros en 2012 et 15 056 euros en 2013, ayant pour contrepartie le débit de comptes de divers fournisseurs de la société. Ces sommes ont été regardées par l'administration comme des abandons de créances consentis à la SELARL et imposées à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices correspondants. M. D qui a appréhendé les sommes en question, inscrites au crédit de son compte courant, a pu être légalement imposé sur le fondement des dispositions citées au point 9.

11. La circonstance qu'il aurait détenu une créance de 83 387,86 euros au 1er janvier 2012, à la supposer établie, n'a aucune incidence sur le montant des sommes réputées distribuées entre ses mains évoquées au point précédent.

12. Le moyen selon lequel l'administration n'aurait pas pris en compte les mouvements de débits crédit figurant sur ses comptes bancaires qui compensent les rehaussements opérés dans la catégorie des traitements et salaires en 2012 et 2013, est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. Si M. D soutient que la somme de 6 900,10 euros imposée en 2012 sur le fondement des dispositions citées au point 9 correspond au règlement d'une partie des rémunérations qui a déjà fait l'objet d'une imposition dans la catégorie des traitements et salaires, il ne l'établit pas alors que la somme de 9 600 euros imposée en 2012 dans la catégorie " traitements et salaires " a été inscrite en charge de rémunération et au crédit du compte courant d'associé pour la totalité de la somme imposée.

14. M. D justifie avoir versé la somme de 3 109,60 euros à la SCI CCM en 2012, toutefois, la somme en litige, d'un montant de 1 734,20 euros, est distincte des trois loyers de 777,40 euros qu'il a payés. Par suite, M. D n'établit pas l'existence d'une dette de la SELARL à son profit à hauteur de cette somme.

15. Si M. D soutient avoir pris en charge pour sa société, des frais d'autoroute et de leasing qu'il a réglés aux sociétés Area et Viaxel, il est constant que l'administration n'a pas intégré les sommes versées à ces sociétés parmi les revenus réputés distribués sur le fondement du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts. Par suite, les moyens présentés par le requérant sont inopérants.

16. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

17. Il résulte de l'instruction que M. D a utilisé l'un de ses comptes ouverts à la Banque Populaire des Alpes pour le fonctionnement de la SELARL au cours de l'année 2012. Il a ainsi encaissé sur son compte personnel une partie des règlements des clients de la société qui ont été imposés en revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du a de l'article 111 du code général des impôts à hauteur de la somme de 48 216 euros. Par ailleurs, l'administration a imposé sur le fondement du c de l'article 111 du même code les sommes provenant de clients, encaissées sur ses comptes personnels et non comptabilisées en produits dans les écritures de la société. En se bornant à faire valoir que le compte bancaire ouvert à la Banque Populaire des Alpes n'est pas un compte personnel mais un compte mixte avec lequel il a réglé de nombreuses dépenses de la société, le requérant n'établit pas, alors que la charge lui incombe, qu'il n'a pas perçu d'avances de sa société ni que la totalité des recettes enregistrées dans son compte bancaire ont été inscrites en comptabilité.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge restant en litige doivent être rejetées.

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de L'Etat la somme réclamée par M. D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer à concurrence de la somme de 22 447 euros dégrevée en cours d'instance.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B D et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul et Mme C, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

C. Bailleul

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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