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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200910

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200910

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200910
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDELOITTE SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro n° 2200910, le 10 février 2022, le 5 septembre 2022 et le 16 octobre 2024, M. A B, représenté par le cabinet Deloitte société d'avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées pour les années 2016 et 2017 ;

3°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- le c. de l'article 111 du code général des impôts méconnaît le principe constitutionnel d'égalité devant les charges publiques ;

- les impositions litigieuses devaient faire l'objet d'un avis de mise en recouvrement en application de l'article 1658 du code général des impôts et des articles L. 253 et L. 256 du livre des procédures fiscales ;

- les opérations en cause sont dépourvues de caractère occulte ;

- les rectifications en litige méconnaissent l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le caractère mal fondé des rappels notifiés à la SARL APC au titre de la même période, comme démontré dans la requête introduite contre ces rappels et à laquelle il convient de se référer, implique qu'il soit déchargé intégralement des rappels en litige ;

- l'application des pénalités pour manquement délibéré est disproportionnée ;

- le service n'apporte pas la preuve de la connaissance par le contribuable des faits ou des situations ;

- il n'est pas responsable du dépôt tardif de sa déclaration au titre de l'année 2016.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2022, le directeur du contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable en ce qu'elle concerne les impositions correspondant aux revenus déclarés tardivement et que les moyens ne sont pas fondés.

II - Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro n° 2200911, le 11 février 2022, le 5 septembre 2022 et le 16 octobre 2024, M. A B, représenté par le cabinet Deloitte société d'avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées pour l'année 2014 ;

3°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- le c. de l'article 111 du code général des impôts méconnaît le principe constitutionnel d'égalité devant les charges publiques ;

- les impositions litigieuses devaient faire l'objet d'un avis de mise en recouvrement en application de l'article 1658 du code général des impôts et des articles L. 253 et L. 256 du livre des procédures fiscales ;

- les opérations en cause sont dépourvues de caractère occulte ;

- les rectifications en litige méconnaissent l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le caractère mal fondé des rappels notifiés à la SARL APC au titre de la même période, comme démontré dans la requête introduite contre ces rappels et à laquelle il convient de se référer, implique qu'il soit déchargé intégralement des rappels en litige ;

- l'application des pénalités pour manquement délibéré est disproportionnée ;

- le service n'apporte pas la preuve de la connaissance par le contribuable des faits ou des situations ;

- il n'est pas responsable du dépôt tardif de sa déclaration au titre de l'année 2015.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2022, le directeur du contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'est recevable qu'en tant qu'elle concerne les impositions issues des rectifications opérées sur le fondement de l'article 111 c du code général des impôts et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gagneux, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une première vérification de comptabilité de la SARL APC, M. B, gérant de cette société et également associé des SCI Ut Babar, Anapop et Kabobol, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration a estimé qu'il avait bénéficié d'une distribution de revenus occultes et lui a notifié, par une proposition de rectification du 23 mai 2017, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015. Les cotisations supplémentaires au titre de l'année 2014 ont été assorties, selon les rappels, de la majoration de 10 % pour omission dans la déclaration des revenus prévue à l'article 1758 A du code général des impôts et de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a. de l'article 1729 du même code. Les cotisations supplémentaires au titre de l'année 2015 ont été assorties, selon les rappels, de la majoration de 40 % prévue au b. du 1 de l'article 1728 du code général des impôts. Sa réclamation préalable ayant été rejetée, M. B sollicite la décharge de ces suppléments d'impôts ainsi que des pénalités correspondantes dans sa requête enregistrée sous le n° 2200911.

2. A la suite d'une seconde vérification de comptabilité de la société APC, M. B a de nouveau fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration a estimé qu'il avait bénéficié d'une distribution de revenus occultes et lui a notifié, par une proposition de rectification du 1er août 2019, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017. Ces cotisations supplémentaires au titre des années 2016 et 2017 ont été assorties, selon les rappels, de la majoration de 10 % prévue au a. du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, de la majoration de 10 % pour omission dans la déclaration des revenus prévue à l'article 1758 A de ce code et de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a. de l'article 1729 du même code. Sa réclamation préalable ayant été rejetée, M. B sollicite la décharge de ces suppléments d'impôts ainsi que des pénalités correspondantes dans sa requête enregistrée sous le n° 2200910.

3. Les requêtes visées ci-dessus et présentées pour M. B concernent la situation d'un même contribuable, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

4. En premier lieu, M. B indique reprendre l'intégralité des moyens soulevés par la SARL APC dans le cadre de sa requête d'appel du jugement n° 1900875, s'agissant des années 2014 et 2015, ainsi que ceux soulevés dans le cadre de sa requête dans l'instance n° 2108429, s'agissant des années 2016 et 2017. Toutefois, en raison du principe d'indépendance des procédures de rectification menées à l'encontre de la SARL APC, d'une part, et de ses associés, d'autre part, les éventuelles irrégularités de la procédure de rectification suivie à l'encontre de la société, sont sans incidence sur l'imposition personnelle de M. B.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 61 du livre des procédures fiscales : " Après l'établissement du rôle ou l'émission de l'avis de mise en recouvrement, le contribuable conserve le droit de présenter une réclamation conformément à l'article L. 190. " Aux termes de l'article L. 253 du même livre, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs ou, pour les redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune relevant des dispositions du 2 du I de l'article 885 W du code général des impôts, au rôle de cet impôt, dans les conditions prévues aux articles 1658 à 1659 A du même code. / L'avis d'imposition mentionne le total par nature d'impôt des sommes à acquitter, les conditions d'exigibilité, la date de mise en recouvrement et la date limite de paiement () ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article 1658 du code général des impôts : " Les impôts directs et les taxes y assimilées sont recouvrés en vertu de rôles rendus exécutoires par arrêté du préfet ou d'avis de mise en recouvrement. ".

6. Si l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 portant loi de finances rectificative pour 2010 a complété l'article 1658 du code général des impôts précité en y ajoutant le membre de phrase " ou d'avis de mise en recouvrement ", il ne résulte pas de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires et qui doivent être combinées avec les dispositions de l'article L. 61 du livre des procédures fiscales, que le législateur aurait ainsi entendu imposer à l'administration, à peine d'irrégularité, d'émettre un avis de mise en recouvrement lorsqu'elle souhaite établir et recouvrer des impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu. Par suite, M. B, qui a reçu un avis d'imposition à l'issue des procédures de rectification contradictoires litigieuses, n'est pas fondé à soutenir qu'en application des dispositions de l'article 1658 du code général des impôts et à défaut de notification d'un avis de mise en recouvrement, ces procédures d'imposition seraient irrégulières.

Sur le bien-fondé des impositions :

7. En vertu du 3 de l'article 158 du code général des impôts, sont notamment imposables à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les revenus considérés comme distribués en application des articles 109 et suivants du même code. Aux termes de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

8. En cas de versement sans contrepartie par une société à une autre société ou personne, ou de la fourniture de prestations étrangères à l'intérêt de l'entreprise constitutifs d'un acte anormal de gestion, l'avantage ainsi octroyé doit être requalifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de revenus au sens des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts. La preuve d'une telle distribution occulte doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, en l'absence de mention explicite en comptabilité de ladite libéralité, d'une intention, pour la société, d'octroyer, et, pour le co-contractant, de recevoir, cette libéralité.

9. En premier lieu, si M. B reprend à son compte l'intégralité des moyens relatifs au bien-fondé des rectifications menées à l'encontre de la SARL APC pour les années 2014 et 2015 ainsi que pour les années 2016 et 2017, seuls les moyens visant à remettre en cause la qualification d'acte anormal de gestion s'agissant de la prise en charge par la société de loyers et factures acquittées sans contrepartie au bénéfice des SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol au cours des années d'imposition en litige, sont susceptibles d'avoir une incidence sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mis à sa charge sur le fondement des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts.

10. A cet égard, il résulte de l'instruction que la SARL APC a conclu, le 30 mars 2007, avec la SCI Ut Babar, dont le capital est détenu par M. B, par ailleurs gérant, et Mme C sa compagne, un bail commercial portant sur des locaux à usage de bureaux et d'archives à Rillieux-la-Pape, d'une superficie de 120 m2, au prix de 12 000 euros par an. La SARL APC a comptabilisé en charges, à ce titre, une somme de 29 001,60 euros lors de l'exercice 2014. La société a également signé, le 15 mars 2005, avec la SCI Anapopop, dont le capital est détenu majoritairement par M. B, également gérant, et Mme C, un bail commercial portant sur des locaux de 346 m2 situés à Rillieux-la-Pape, pour un loyer annuel de 34 335 euros. Les charges de location comptabilisées au titre de ce bail par la SARL APC se sont élevées à 44 698,96 euros au cours de l'exercice 2014. La SARL APC a enfin conclu avec la SCI Kabobol, dont le capital est détenu par M. B, qui en est le gérant, et Mme C, le 1er décembre 2008, un bail commercial portant sur des locaux à usage de bureau, d'une superficie de 150 m2, situés à Oyonnax, pour un loyer annuel de 18 000 euros et a comptabilisé en charges, à ce titre, une somme de 24 832,76 euros en 2014. Le service a remis en cause le caractère déductible de ces charges des résultats imposables de la SARL APC, estimant qu'elles n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise.

11. Si la SARL APC a justifié des charges ainsi comptabilisées en produisant les baux et les factures émises par les trois SCI, l'administration a relevé que les montants comptabilisés par la SARL APC ne correspondaient pas à ceux mentionnés dans les différents contrats de bail. Elle a également relevé que ces montants ne correspondaient pas davantage, tant dans leurs dates que dans leurs montants, aux factures établies par les bailleurs, sans que ces discordances soient justifiées. Elle a par ailleurs constaté que les salariés de la SARL APC ne travaillaient pas dans ces locaux, mais dans ceux de son siège à Sevrier, que la société n'avait souscrit aucun contrat d'abonnement pour l'eau, l'électricité et le téléphone, que le montant des charges locatives était identique pour les deux exercices 2014 et 2015, sans qu'aucune régularisation soit intervenue, et qu'à l'occasion de visites sur place, il a été constaté l'absence de toute signalisation de la société dans les différents locaux loués. Enfin, l'administration a relevé que les SCI bailleresses ont toutes déclaré, en 2015, que les locaux concernés étaient vacants et non loués. M. B, qui soutient que les locaux de Rillieux-la-Pape étaient utilisés à usage d'archives et pour y recevoir les clients établis dans la région lyonnaise, n'en justifie pas par la seule production d'attestations, rédigées en termes peu circonstanciés, établies par trois salariés et trois clients, par la production de relevés de péages d'autoroute sans lien direct avec les locaux et par la production de papiers à en-tête à l'adresse de ces locaux. Il n'apporte par ailleurs aucun élément de nature à démontrer que l'un des locaux de Rillieux-la-Pape serait utilisé pour y stocker des archives, alors que la société dispose déjà d'un local loué à cette fin à proximité de son siège social, et dont l'administration n'a pas remis en cause les frais de location comptabilisées à ce titre. S'agissant des locaux d'Oyonnax, la SARL APC s'est bornée à faire valoir qu'elle les a pris à bail en vue d'y développer une clientèle, sans produire aucun justificatif à l'appui de cette allégation. Enfin, si la SARL APC a indiqué qu'elle était tenue au paiement des loyers du fait de la signature des contrats de bail, cette circonstance ne fait pas, en elle-même, obstacle à la remise en cause du caractère déductible des charges en litige, d'autant qu'ainsi qu'il a été dit, elle a versé aux trois SCI des sommes bien supérieures à celles mentionnés sur les baux. Dans ces conditions, l'administration, qui fait par ailleurs état de la communauté d'intérêts existant entre la SARL APC et les SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, qui ont les mêmes associés et le même gérant, et qui ne s'est pas immiscée dans la gestion de la société, mais a contrôlé, ainsi qu'il lui appartient de le faire, les justificatifs produits par la SARL APC à l'appui des charges qu'elles a déduites de ses résultats imposables, établit que les sommes versées à ces SCI au titre des baux en litige sont dépourvues de toute contrepartie, qu'elles n'ont, dès lors, pas été engagées dans l'intérêt de la SARL APC et que leur prise en charge est constitutive d'un acte anormal de gestion.

12. Pour les mêmes raisons qu'exposées ci-dessus, les charges comptabilisées par la SARL APC au cours de l'exercice clos en 2015, correspondant à la location des locaux de Rillieux-la-Pape et d'Oyonnax (soit 29 001,60 euros, 44 698,96 euros et 24 832,76 euros), qui n'ont pas été engagés dans l'intérêt de l'exploitation de la SARL APC, révèlent des actes anormaux de gestion.

13. S'agissant des années 2016 et 2017, l'administration fiscale a relevé que les montants des loyers et charges définis dans les baux ne correspondaient pas aux montants comptabilisés en charges au même titre, sans que la société ne puisse justifier cette différence. Les règlements enregistrés dans les comptes de la SARL APC ne correspondent pas, dans leur montants et leurs dates, avec les factures établies et produites dans le cadre du contrôle, les règlements étant supérieurs aux montants facturés. En outre, une visite de l'extérieur des lieux a permis de constater l'absence d'élément de signalétique permettant d'identifier la présence de la SARL APC, la circonstance que les locaux accueillent des clients professionnels ne suffisant pas à expliquer cette absence. L'administration fiscale a relevé également qu'aucun salarié de la SARL APC ne travaille dans les locaux loués. Les déclarations souscrites par les deux SCI, déclarations modèle " déclaration d'un local à usage professionnel ou commercial ", indiquent que les locaux présentés comme loués à la SARL APC sont des locaux vacants et non loués, ces déclarations ayant été signées par une personne exerçant également les fonctions de directrice administrative et financière au sein de la SARL APC. L'administration relève également que la SARL APC n'avait, avant régularisation rétroactive en 2018 s'agissant des locaux de Rillieux-la-Pape, déclaré aucun établissement secondaire. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration fiscale doit être regardée comme rapportant la preuve que la charge comptabilisée par la SARL APC au titre des loyers et des charges locatives versées aux SCI Anapopop et Kabobol est dépourvue de contrepartie et relève de l'acte anormal de gestion.

14. En outre, la circonstance que l'utilisation de ces locaux aurait un intérêt pour la société est, en l'absence d'utilisation effective, sans incidence sur la qualification d'acte anormal de gestion. Par ailleurs, les dispositions du code de commerce relatives aux baux commerciaux ne peuvent être utilement invoquées par la SARL APC pour justifier du caractère déductible du versement de loyers et de charges locatives dépourvus de contrepartie.

15. Il résulte des paragraphes 9 à 14 du présent jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que les charges supportées par la SARL APC au titre des années 2014 à 2017 ne constitueraient pas des actes anormaux de gestion.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux paragraphes 7 et 8 que ces sommes versées aux SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol pour les années 2014 à 2017 ont alors un caractère de libéralités.

17. Pour apporter la preuve dont la charge lui incombe que de telles sommes constituent pour M. B des avantages occultes au sens des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts, l'administration indique que M. B ne pouvait ignorer le caractère de libéralité desdites sommes, compte tenu des liens étroit unissant la SARL APC d'une part, et les SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, d'autre part. Si, pour contester cette qualification, M. B soutient que lesdites sommes, inscrites en comptabilité, ne présentent aucun caractère occulte, il résulte de l'instruction que ces inscriptions en comptabilité ne précisaient nullement le caractère de libéralités. Dans ces conditions, compte tenu des liens étroits les unissant, l'existence d'une intention libérale pour la SARL APC d'une part, et les SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol d'autre part, est suffisamment établie. L'administration doit alors être regardée comme apportant la preuve d'une distribution occulte au profit de M. B au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts, imposé à l'impôt sur les revenus dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 771-3 du code de justice administrative : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé () ". Aux termes de l'article R. 771-4 du même code : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 et R. 612-1 () ".

19. Si M. B soutient que les dispositions précitées de l'article 111 du code général des impôts méconnaissent le principe constitutionnel d'égalité devant l'impôt, un tel moyen, qui conteste la conformité d'une disposition législative aux droits et libertés garantis par la Constitution sans être présenté par un mémoire distinct, est irrecevable, en application des dispositions des articles R. 771-3 et R. 771-4 du code de justice administrative.

20. En quatrième lieu, M. B soutient que ces mêmes dispositions de l'article 111 du code général des impôts seraient contraires aux stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Il résulte toutefois des termes mêmes de l'article 14 de la convention que le principe de non-discrimination qu'il édicte ne concerne que la jouissance des droits et libertés reconnus par ladite convention et par les protocoles additionnels à celle-ci. Il appartient dès lors au contribuable qui se prévaut de la violation de ce principe d'invoquer devant le juge administratif le droit ou la liberté dont la jouissance est affectée par la discrimination alléguée. M. B ne précisant pas le droit ou la liberté, reconnus par la convention, qui serait méconnu par la discrimination qu'il invoque, celle-ci doit être regardée comme n'entrant pas en tout état de cause dans les prévisions des stipulations de l'article 14 de la convention et le requérant ne peut donc utilement s'en prévaloir.

Sur les pénalités :

22. L'administration fiscale a, sur le fondement des dispositions du a. de l'article 1729 du code général des impôts, assorti les rectifications notifiées en matière d'impôt sur le revenu au titre des années 2014, 2016 et 2017 de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré. Pour justifier le caractère délibéré des manquements, elle s'est fondée sur la circonstance que M. B, gérant de la SARL APC, était également associé des trois SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, à hauteur respectivement de 70 %, 50 % et 40%. Elle a relevé que les factures de loyers et de charges locatives étant rédigées dans les locaux de la SARL APC, de sorte que M. B, son gérant, ne pouvait ignorer que les loyers et charges locatives facturées ne correspondaient pas à des charges réelles et constituaient des libéralités. Elle a enfin relevé que ces manquements présentaient un caractère répété sur les années 2014, 2016 et 2017. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve du caractère délibéré des manquements. Le contribuable se prévaut du fait que les SCI dont il détient une part du capital social ont déclaré les loyers en cause, de sorte qu'il n'a pu vouloir éluder l'impôt auquel il a été soumis en tant que détenteur des sociétés propriétaires des biens donnés en location. Toutefois, cette seule circonstance ne permet pas de remettre en cause la connaissance par M. B de l'existence de libéralités accordées par la SARL APC au profit des SCI Ut Babar, Anapopop et Kabobol, libéralités qui n'ont pas été déclarées comme telles. Par suite, les pénalités pour manquement délibéré appliquées au titre des années 2014, 2016 et 2017 ne peuvent qu'être maintenues.

23. En dernier lieu, si M. B sollicite la décharge des pénalités pour omission déclarative qui lui ont été infligées au titre des années 2015 et 2016, il ne peut, pour ce faire, utilement se prévaloir de la circonstance que le retard qui lui est reproché serait de la responsabilité de son comptable dont il indique, sans le démontrer au demeurant, avoir engagé la responsabilité devant la juridiction compétente.

24. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par l'administration fiscale en défense, que l'ensemble des conclusions de M. B aux fins de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur du contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

G. LEFEBVRE

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2200911

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Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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