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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201129

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201129

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201129
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantJEAN-MONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 février 2022, le 31 mai 2022 et le 20 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Jean-Monnet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la contrainte signifiée le 1er février 2022 par laquelle Pôle emploi a mis à sa charge un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 7 107,30 euros ;

2°) de condamner Pôle emploi à lui payer la somme de 5 580,30 euros au titre d'indemnité ;

3°) à titre subsidiaire de condamner Pôle emploi à lui payer la somme de 2 836,65 euros au titre de la perte de chance ;

4°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a eu de nombreux disfonctionnements dans son suivi et dans son information sur ses obligations déclaratives ;

- elle n'a jamais été informée de l'impossibilité de cumuler l'allocation de solidarité spécifique avec son activité non salariée ;

- Pôle emploi a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité notamment en ne l'informant pas de ses obligations déclaratives.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mai 2022 et le 1er juillet 2022, Pôle emploi Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 29 avril 2024, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête tendant à condamner France Travail à lui verser les sommes de

5 580,30 euros et de 2 836,65 euros dès lors qu'aucune demande indemnitaire préalable n'a été réalisée en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 14 mai 2024, France Travail Auvergne-Rhône-Alpes a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Par un mémoire, enregistré le 14 mai 2024, Mme B a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience tenue le 15 mai 2024 :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Jean-Monnet, représentant Mme B.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été inscrite auprès de France Travail (ex Pôle Emploi) pour la période du 29 avril 2016 au 31 décembre 2021. Elle a d'abord bénéficié de l'allocation d'aide au retour à l'emploi puis, à partir du 7 juillet 2019 et jusqu'au 30 juin 2020, de l'allocation de solidarité spécifique. Suite à un contrôle de sa situation, l'agence France Travail a eu connaissance de la circonstance selon laquelle Mme B avait créé une société. L'administration a alors généré un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période de mars 2020 à juin 2021 pour un montant de 6 989,63 euros. Cette dette lui a été notifiée par une décision du 19 octobre 2021. La requérante a contesté le bien-fondé de cette dette par un recours gracieux rejeté le 7 décembre 2021. Le 22 décembre 2021, France Travail a mis Mme B en demeure de régler sa dette puis lui a notifié une contrainte le 3 février 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette dernière contrainte, de la décharger de cette dette et de condamner France Travail à l'indemniser des préjudices subis du fait de la carence de l'administration dans le suivi de son dossier ainsi que dans ses obligations informatives.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources ". Aux termes de l'article R. 5424-2 du même code : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 5411-6 du même code : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée () ".

4. Il résulte de l'extrait Kbis produit par Mme B que celle-ci a créé son entreprise en décembre 2019. Il résulte ensuite de l'attestation de son expert-comptable du 19 janvier 2022 qu'elle n'a perçu aucune rémunération tirée de cette activité depuis sa création. Ainsi, en application des dispositions précitées de l'article R. 5424-2 du code du travail, elle pouvait cumuler l'intégralité de l'allocation de solidarité spécifique avec son activité professionnelle dès lors qu'elle ne disposait d'aucun revenu. Toutefois, postérieurement à cette période, il n'est pas utilement contesté que Mme B a épuisé l'ensemble de ses droits à cette allocation dès lors qu'elle doit être considérée comme ayant repris une activité professionnelle du fait de la création de son entreprise. Le fait qu'elle n'ait perçu aucun revenu n'est pas de nature à remettre en cause cette circonstance. Par ailleurs, si cette dette résulte d'un manque d'informations délivrées par Pôle emploi et d'un défaut de communication entre les agents de cette structure, d'une part cette circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'indu, et d'autre part, Pôle emploi a été informé de la création de l'entreprise de Mme B au plus tôt au mois d'octobre 2020 soit dix mois après l'immatriculation de la société intervenue au mois de décembre 2019 alors qu'il incombe, en tout état de cause au bénéficiaire de l'allocation d'informer par elle-même l'administration d'un changement de situation dans un délai de soixante-douze heures. Par conséquent, d'une part, les moyens relatifs au bien-fondé de l'indu doivent être écartés et d'autre part, les moyens attraits à ce qu'une faute serait imputable à France Travail sont inopérants dès lors qu'ils ne sont pas de nature à remettre en cause l'existence de cette dette.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

6. Mme B demande au tribunal de condamner France Travail à lui verser les sommes de 5 580,30 euros correspondant au solde de l'indu réclamé dès lors que celui-ci est imputable à une faute de France Travail et à titre subsidiaire à la somme de 2 836,65 euros correspondant à la perte de chance liée aux manquements de France Travail dans ses obligations de suivi et d'information.

7. Si la requérante a fait valoir à l'audience que sa demande indemnitaire est recevable dès lors qu'elle découle nécessairement des conclusions dirigées contre la contrainte du 3 février 2022, il est constant que Mme B ne justifie pas avoir saisi l'administration d'une demande préalable tendant à l'indemnisation de ce préjudice spécifique. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et doivent par conséquent être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à France Travail Auvergne-Rhône-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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