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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201405

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201405

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201405
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBEN SALEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars 2022 et 8 juin 2023, M. C A et Mme F D épouse A, représentés par Me Ben Salem, demandent au tribunal :

1°) de prendre en compte pour le calcul des bases imposables aux bénéfices non commerciaux de Mme A, au titre des années 2014 et 2016, les sommes qu'elle a remboursées à concurrence de 38 000 euros le 26 mai 2014, de 22 000 euros le 27 mai 2014 et de 73 400 euros en octobre 2016 ;

2°) de prendre en compte le déficit des bénéfices non commerciaux de Mme A au titre de l'année 2016 pour la détermination des revenus imposables de l'année 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur réclamation est recevable en application des dispositions de l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales dès lors que l'administration fiscale a fait application des dispositions de l'article L. 188 C du même livre ;

- Mme A a remboursé intégralement les sommes appréhendées soit 38 000 euros par chèque le 26 mai 2014, 22 000 euros par chèque le 27 mai 2014 et 73 400 euros par subrogation légale lors de la cession de ses parts sociales en octobre 2016 ;

- le déficit non commercial corrigé de l'année 2016 doit être pris en compte pour la détermination des revenus imposables de l'année 2017.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la réclamation préalable est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, l'instruction a été close le 18 août 2023.

Une mesure d'instruction a été effectuée le 1er mars 2024, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, tendant à la production de la proposition de rectification du 9 mai 2017.

Les parties ont produit cette pièce le 4 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Permingeat, rapporteur public désigné en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2013, 2014 et 2015. L'administration fiscale a tiré les conséquences de ce contrôle par deux propositions de rectification du 7 décembre 2016 en ce qui concerne l'année 2013 et du 9 mai 2017 en ce qui concerne les années 2014 et 2015. Par une réclamation du 15 novembre 2021, M. et Mme A ont sollicité d'une part, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2014, et d'autre part, la correction de l'imposition de leurs revenus au titre des années 2016 et 2017. Leur réclamation ayant fait l'objet d'une décision de rejet pour tardiveté le 10 janvier 2022, ils demandent dans la présente instance de prendre en compte pour le calcul des bases imposables aux bénéfices non commerciaux de Mme A, au titre des années 2014 et 2016, les sommes qu'elle a remboursées à concurrence de 38 000 euros le 26 mai 2014, de 22 000 euros le 27 mai 2014 et de 73 400 euros en octobre 2016 ainsi que la prise en compte du déficit corrigé des bénéfices non commerciaux de Mme A au titre de l'année 2016 pour la détermination de ses revenus imposables de l'année 2017.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins de décharge présentées au titre de l'année 2014 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 196-3 du même livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu (), le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, () ".

5. Afin de contester la tardiveté que leur a opposée l'administration fiscale, les requérants soutiennent que l'administration a fait application du délai spécial de reprise prévu à l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales au titre de rectifications qui concernent des sommes détournées en 2011 et 2012 et qu'ayant remboursé une partie de ces sommes en 2014, ils sont en droit de bénéficier d'un délai égal à celui dont a disposé l'administration pour présenter leur propre réclamation en application des dispositions précitées de l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification en date du 9 mai 2017, que l'administration fiscale a effectué les rectifications mises à la charge des requérants au titre de l'année 2014 dans le délai général de reprise prévu par les dispositions précitées de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales. Le service ayant notifié aux requérants une proposition de rectification en mai 2017, ce délai expirait le 31 décembre 2020. Il en résulte que M. et Mme A, qui bénéficient du même délai pour présenter leur réclamation préalable par application de l'article R. 193-3 du livre des procédures fiscales, avaient jusqu'à cette date pour adresser leur demande au service. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration et tirée de la tardiveté de la réclamation doit être accueillie.

Sur la recevabilité des conclusions présentées au titre de l'année 2016 :

6. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Selon les termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, le contribuable qui désire contester tout ou partie d'une imposition doit d'abord adresser une réclamation au service territorial de l'administration fiscale dont dépend le lieu d'imposition. En vertu de l'article R. 196-1 du même livre, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année qui suit la mise en recouvrement du rôle ou la notification d'un avis de mise en recouvrement.

7. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que les délais prévus par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales lui soient opposables.

8. Toutefois le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.

9. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A ont eu connaissance de leur avis d'impôt sur le revenu de 2016 établi le 26 juillet 2017, au plus tard le 7 août 2017 date de son téléchargement ainsi que le mentionne l'avis produit par les requérants. Ils pouvaient donc, compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 8 ci-dessus, former leur réclamation dans un délai qui expirait le 31 décembre 2020. La réclamation adressée à l'administration fiscale le 15 novembre 2021 est en conséquence tardive et les conclusions présentées au titre de l'année 2016 irrecevables ainsi que l'oppose en défense l'administration fiscale.

Sur la recevabilité des conclusions présentées au titre de l'année 2017 :

10. Il résulte de l'instruction que l'impôt sur le revenu dû au titre de l'année 2017 a été mis en recouvrement le 31 juillet 2018. La réclamation présentée le 15 novembre 2021, a dès lors été adressée après l'expiration du délai général de réclamation prévu par les dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales qui expirait le 31 décembre 2020. Par suite, les conclusions présentées au titre de cette imposition sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables ainsi que l'oppose en défense l'administration fiscale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. et Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme A est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme F D épouse A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme E et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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