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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201577

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201577

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201577
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantLEXCASE SOCIETE D'AVOCATS LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2022, la société SNCF Réseau, représentée par Me Büsch, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative de :

1°) condamner Mme B épouse A à lui payer, à titre de provision, une somme de 43 402,18 euros TTC, représentant le montant des redevances d'occupation et charges impayées au titre de la concession d'occupation temporaire conclue avec SNCF Réseau, au cours de la période du 1er avril 2017 au 31 octobre 2020, augmentée des intérêts calculés au taux légal à compter de la date de la décision à intervenir, avec capitalisation des intérêts échus pour plus d'une année entière dans les termes de l'article 1343-2 du code civil ;

2°) de mettre à la charge de Mme B épouse A une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice.

Elle soutient que :

- elle a accordé une convention d'occupation temporaire à M. A et Mme B son épouse, leur permettant d'occuper une maison et un terrain situé à Chimilin, dans l'attente de leur utilisation pour la réalisation de la liaison ferroviaire Lyon-Turin ;

- l'occupation commençait le 1er avril 2016 et pouvait durer jusqu'au préavis qui serait donné avec un délai de 3 mois ;

- de même les occupants devaient respecter un délai de préavis de 3 mois avant de quitter les lieux ;

- les occupants devaient payer un dépôt de garantie de 1 800 euros (article 7 de la convention), des frais de dossier pour 600 euros HT (article 22), une redevance mensuelle hors charges de 900 euros, payable par mois et indexée annuellement (article 4), une provision mensuelle sur charges de 10 euros, révisable à tout moment en fonction des dépenses (article 5) ; l'article 4 prévoyait une majoration de plein droit de 10% du montant des sommes dues en cas de retard de paiement (article 4) ;

- à partir du mois d'avril 2017, les occupants ont cessé d'honorer les redevances dues et n'ont procédé qu'à un seul règlement, d'un montant de 230,19 euros le 24 juillet 2017 ;

- le 10 juin 2020, la société Ixyme, chargée de la gestion de ses biens, leur a envoyé une mise en demeure de payer les redevances d'occupation dues depuis le 1er février 2016 pour un montant de 21 435,19 euros ;

- par un courrier daté du 31 juillet et reçu le 5 août 2020, M. C A a adressé à la société Yxime un courrier l'informant de son départ des lieux, sans respecter aucun délai de préavis ; Mme B avait quitté les lieux avant son mari ;

- Yxime a envoyé des mises en demeure à l'un et l'autre, sans que ces courriers soient retirés ;

- elle dispose d'une créance non sérieusement contestable du montant des redevances et charges non payées, en tenant compte d'un préavis de trois mois, soit jusqu'au 31 octobre 2020, majoré de 10% ;

- les époux étant solidaires, elle peut demander la condamnation de Mme B :

- déduction du dépôt de garantie et du paiement le 24 juillet 2017 de la somme de 230,19 euros, sa créance se monte à 43 402,18 euros, à majorer de l'intérêt légal à compter de l'enregistrement de la requête, lui-même capitalisé.

Par mémoire enregistrée le 31 mars 2022, Mme B épouse A soutient que :

- elle a quitté son mari et leur domicile le 12 novembre 2018 ; elle est séparée de corps et de biens ;

- elle est seulement redevable de la moitié du loyer pour la période courant jusqu'à son départ, soit 9 403,25 euros.

Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2022, la société SNCF Réseau demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative de :

1°) condamner solidairement Mme B et M. A à verser à SNCF Réseau, à titre de provision, une somme de 43 402,18 euros représentant le montant des redevances d'occupation et charges impayées au titre de la concession d'occupation temporaire conclue avec SNCF Réseau, au cours de la période du 1er avril 2017 au 31 octobre 2020, augmentée des intérêts calculés au taux légal à compter de la date de la décision à intervenir, avec capitalisation des intérêts échus pour plus d'une année entière dans les termes de l'article 1343-2 du code civil ;

2°) de mettre à la charge solidaire de Mme B et de M. A une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice.

Elle soutient que Mme B et M. A sont solidairement redevables des redevances, charges et majorations.

Par ordonnance du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La société SNCF Réseau a acquis des terrains, délaissés par leurs propriétaires, dans le cadre du projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin. Sur le fondement de l'article L. 221-2 du code de l'urbanisme, elle a accordé, à compter du 1er avril 2016, à M. A et son épouse Mme B, une convention d'occupation temporaire d'une maison et d'un terrain situés à Chimilin, moyennant une redevance mensuelle de 900 euros, indexée sur le coût de la construction et 10 euros /mois de provision pour charges. Malgré plusieurs relances et mises en demeure, M. A et Mme B ont cessé de payer la redevance et la provision pour charges à compter du mois d'avril 2017, sauf une somme de 230,19 euros en juillet 2017. La SNCF a appris que Mme B s'était séparée de son mari le 12 novembre 2018 et avait quitté le logement commun à cette date. M. A a quitté les lieux le 31 juillet 2020, sans avoir adressé à la SNCF le préavis de 3 mois prévu, sauf cas particulier, par la convention d'occupation temporaire. La SNCF demande la condamnation solidaire de M. A et de Mme B à lui payer une provision de 43 402,18 euros.

Sur la provision :

2. Considérant qu'aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie " ; qu'il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

3. M. A et son épouse, Mme B ont signé conjointement la convention d'occupation temporaire du bien situé 929 route du stade à Chimilin. Ils sont solidaires du paiement de la redevance et des charges d'occupation, aussi longtemps qu'un jugement de divorce n'a pas été transcrit à l'état civil. Mme B n'est pas fondée, par suite, à soutenir qu'elle ne serait plus redevable des redevances après son départ du domicile conjugal, ni qu'elle serait redevable de seulement la moitié des redevances et charges pour la période antérieure à son départ.

4. Il est constant que, sauf une somme de 230,19 euros en juillet 2019, M. A et Mme B n'ont plus payé les redevances et charges du bien qu'ils avaient été autorisés à occuper. Si M. A, dernier occupant a quitté les lieux le 31 juillet 2020, il n'a pas respecté le préavis de 3 mois prévu à l'article 2 de la convention d'occupation temporaire et le couple est donc redevable des redevances et charges jusqu'au 31 octobre 2020, dès lors qu'il n'allègue, ni n'établit faire partie des cas où ce préavis pouvait être réduit à 1 mois. Par ailleurs, le dernier alinéa de l'article 4 de la convention stipule que tout retard de paiement entraîne une majoration de 10% des sommes dues, sans mise en demeure préalable.

5. Dans ces conditions, la créance de la SNCF, qui est réduite du dépôt de garantie versé lors de la signature de la convention, se monte à la somme non sérieusement contestable de 43 402,18 euros.

6. Cette somme doit être majorée de l'intérêt au taux légal courant, dans la limite demandée par la société SNCF Réseau, soit à compter de la présente ordonnance.

7. Il y a donc lieu de condamner solidairement M. A et Mme B à payer à SNCF Réseau une somme provisionnelle de 43 402,18 euros majorée de l'intérêt légal courant du jour de l'ordonnance.

Sur les frais du litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A et de Mme B une somme à verser à la société SNCF Réseau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A et Mme B sont solidairement condamnés à payer à la société SNCF Réseau une provision d'un montant de 43 402,18 euros majorée de l'intérêt légal courant du jour de l'ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SNCF Réseau, à M. C A et à Mme D B.

Fait à Grenoble le 26 juillet 2022.

La juge des référés

A. Wolf

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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