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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201583

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201583

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201583
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantBENDJOUYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars 2022 et le 11 juin 2024, Mme A C, représentée par Me Bendjouya, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la contrainte émise le 20 décembre 2021 par Pôle emploi Rhône-Alpes pour avoir paiement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 5 727,23 euros ;

2°) d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle Pôle emploi a rejeté sa demande de remise gracieuse et de lui accorder la remise totale de sa dette ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à Pôle emploi Rhône-Alpes d'échelonner le remboursement de sa dette ;

4°) de mettre à la charge de Pôle emploi Rhône-Alpes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a bénéficié de l'allocation aux adultes handicapés qu'à compter du mois de mai 2021 et non de novembre 2019 ;

- elle est dans une situation financière précaire ;

- l'article 1343-5 du code civil permet au tribunal de lui accorder un échéancier de paiement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, France Travail Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience tenue le 12 juin 2024 :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Gasperoni substituant Me Bendjouya représentant Mme C.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été inscrite comme demandeur d'emploi entre septembre 2018 et décembre 2021. Suite à la fin de ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi, elle a bénéficié du versement de l'allocation de solidarité spécifique à compter du mois d'octobre 2019 pour un montant journalier de 16,74 euros puis de 11,48 euros à partir du 15 juin 2020. Le 1er avril 2021, Mme C a cessé de percevoir cette allocation suite à sa déclaration d'arrêt maladie. Parallèlement, l'intéressée a sollicité le versement de l'allocation aux adultes handicapés. Ses droits à cette dernière prestation ont été ouverts rétroactivement à compter du mois de novembre 2019. Par une décision du 19 avril 2021, l'agence Pôle emploi, devenue France Travail au 1er janvier 2024, a notifié à Mme C une dette d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 5 727,23 euros pour la période de novembre 2019 à février 2021. Par une décision du 8 novembre 2021, l'administration a rejeté la demande de remise gracieuse de Mme C. Enfin, suite à deux mises en demeure, France Travail a émis une contrainte datée du 20 décembre 2021 signifiée par exploit d'huissier le 25 février 2022.

Sur les conclusions relatives à la contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5423-7 du code du travail dans sa version applicable au litige : " L'allocation de solidarité spécifique ne peut être cumulée avec l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 et L. 821-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu'un versement a été effectué au titre de cette dernière allocation et tant que les conditions d'éligibilité à celle-ci demeurent remplies () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique ne peut cumuler cette aide avec l'allocation d'aide aux adultes handicapés. Il résulte des décomptes des versements opérés par la caisse d'allocations familiales que Mme C a bénéficié d'un rappel d'allocation aux adultes handicapés versé en mai 2021 pour la période de novembre 2019 à décembre 2020. La circonstance qu'elle ait perçu cette prestation seulement en mai 2021 n'est pas de nature à remettre en cause la dette d'allocation de solidarité spécifique qui lui a été réclamée dès lors que ses droits à l'allocation aux adultes handicapés ont été ouverts à compter du mois de novembre 2019. Par suite, France Travail a pu, à bon droit, mettre à la charge de l'intéressée l'indu d'allocation de solidarité spécifique litigieux. Par conséquent, le moyen relatif au bien-fondé de l'indu doit être écarté.

Sur la demande de remise gracieuse :

4. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres à la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

6. Il résulte de l'instruction que Mme C justifie de ressources mensuelles comprises entre 837,97 euros et 1 754,79 euros et soutient sans être contredite par l'administration, être dans l'incapacité de rembourser sa dette. Ainsi, eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à Mme C une remise gracieuse de sa dette à hauteur de 4 727,23 euros ramenant ainsi la somme réclamée à 1 000 euros.

Sur les conséquences de la remise gracieuse :

7. L'indu litigieux étant ramené à 1 000 euros, il y a lieu d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle France Travail a rejeté la demande de remise gracieuse de Mme C ainsi que la contrainte du 20 décembre 2021 signifiée par voie d'huissier le 25 février 2022.

Sur la demande d'échelonnement :

8. Il n'appartient pas au juge administratif d'accorder lui-même des délais de paiement. Par suite les conclusions de Mme C tendant à lui accorder un échéancier de paiement doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte du 20 décembre 2021 est annulée.

Article 2 : La décision du 8 novembre 2021 par laquelle France Travail a rejeté la remise gracieuse de Mme C est rejetée.

Article 3 :Il est accordé à Mme C une remise gracieuse à hauteur de 4 727,23 euros ramenant ainsi la dette d'allocation de solidarité spécifique réclamée à 1 000 euros.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à France Travail Auvergne Rhône-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

Le président,

J-P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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