mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201738 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 mars 2022 et le 26 août 2022, M. A B, représenté par Me Salen, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Echirolles à lui verser des indemnités de 345 403 euros et 5 000 euros en réparation des préjudices financiers et moral résultant de son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Echirolles une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision du 27 novembre 2017 est insuffisamment motivée en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité du retrait d'agrément invoqué par la voie de l'exception ; en effet, il n'a jamais commis le moindre manquement de nature à le faire regarder comme ne répondant pas aux critères nécessaires à l'agrément des policiers municipaux ; les faits qui lui sont reprochés ne sont matériellement pas fondés ;
- la décision de licenciement a été prise en raison de son rôle de lanceur d'alerte, en méconnaissance de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983 ;
- la décision de licenciement revêt un caractère disciplinaire et aurait dû être précédée de la saisine du conseil de discipline, en application de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- la commune d'Echirolles s'est cru à tort en situation de compétence liée en procédant à son licenciement pour retrait d'agrément, sans rechercher les possibilités de reclassement ;
- aucun motif d'intérêt général ou tiré de l'intérêt du service ne s'opposait à son reclassement ;
- les illégalités commises énumérées ci-dessus engagent la responsabilité pour faute de la commune d'Echirolles ;
- il a subi de ce fait un préjudice financier, décomposé comme suit : 105 112 euros représentant le montant des salaires qu'il aurait dû percevoir entre décembre 2017 et avril 2023, et 240 291 euros au titre des pertes liées à sa retraite (CNRACL ET RAFP) ;
- il a subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros.
Par des mémoires enregistrés le 24 juin 2022 et le 3 novembre 2022, la commune d'Echirolles conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Echirolles fait valoir que :
- la décision de licenciement est une mesure individuelle purement pécuniaire devenue définitive ; les conclusions indemnitaires formulées en raison de l'illégalité de cette décision sont dès lors irrecevables ;
- les conclusions indemnitaires sont mal dirigées, dans la mesure où les préjudices subis découlent du retrait d'agrément, qui n'a pas été pris par la commune d'Echirolles ;
- à titre subsidiaire, les moyens dirigés contre la décision de licenciement ne sont pas fondés et M. B ne justifie en outre pas la réalité de ses préjudices.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des communes ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- les conclusions de M. C,
- et les observations de Me Fessler représentant la commune d'Echirolles.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, brigadier-chef principal, a exercé des fonctions de policier municipal au sein du service de la tranquillité publique de la commune d'Echirolles à compter de 2009. Le maire d'Echirolles lui a infligé une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de douze mois, assortie d'un sursis de neuf mois par l'arrêté n° 2016/ 1571 du 30 décembre 2016, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble n° 1701250 du 26 mars 2019, devenu définitif. Parallèlement, le préfet de l'Isère prenait le 18 mai 2017 à l'encontre de M. B un arrêté portant retrait d'agrément, devenu définitif faute d'avoir été contesté. A la suite, le maire d'Echirolles le licenciait à compter du 1er décembre 2017. Ces deux décisions sont devenues définitives, faute d'avoir été contestées. Dans la présente instance, M. B demande au Tribunal de condamner la commune d'Echirolles à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de son licenciement, qu'il estime illégal. Dans une instance distincte n°2207944 il demande le versement effectif de sa prime de licenciement.
Sur les conclusions indemnitaires tendant à l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune d'Echirolles en raison de l'illégalité alléguée de la décision de licenciement du 27 novembre 2017 :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non recevoir opposées en défense ;
2. Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Les fonctions d'agent de police municipale ne peuvent être exercées que par des fonctionnaires territoriaux recrutés à cet effet dans les conditions fixées par les statuts particuliers prévus à l'article 6 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. () L'agrément peut être retiré ou suspendu par le représentant de l'Etat ou le procureur de la République. (). " Aux termes de l'article L. 412-49 du code des communes, alors en vigueur : " Lorsque l'agrément d'un agent de police municipale est retiré ou suspendu dans les conditions prévues au troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale peut proposer un reclassement dans un autre cadre d'emplois dans les mêmes conditions que celles prévues à la section 3 du chapitre VI de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, à l'exception de celles mentionnées au second alinéa de l'article 81. ". Ces dispositions accordent au maire la faculté de rechercher les possibilités de reclassement dans un autre cadre d'emplois de l'agent de police municipale dont l'agrément a été retiré ou suspendu, et qui n'a fait l'objet ni d'une mesure disciplinaire d'éviction du service, ni d'un licenciement pour insuffisance professionnelle. En revanche, elles n'instituent pas au bénéfice des agents de police municipale un droit à être reclassé.
3. En premier lieu, la décision dont M. B excipe l'illégalité porte " licenciement pour retrait d'agrément " et vise, outre les textes applicables à sa situation, " l'arrêté du préfet de l'Isère portant retrait d'agrément de l'agent en date du 18 mai 2017 ". La décision est ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivée en fait au regard des dispositions du code des relations entre le public et l'administration.
4. En deuxième lieu, il résulte des termes de l'arrêté portant retrait d'agrément pris par le préfet de l'Isère le 18 mai 2017 qu'il se fonde sur les faits à l'origine de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de douze mois citée au point 1. La matérialité de ces faits a été reconnue au point 9 du jugement du tribunal administratif de Grenoble du 26 mars 2019 précité, à l'exclusion du comportement inadapté vis-à-vis des élus et des usagers. Eu égard à l'autorité qui s'attache aux motifs de ce jugement, M. B ne saurait utilement remettre en cause, pour contester la légalité du retrait d'agrément et du licenciement, la matérialité globale des faits qui lui sont reprochés en se bornant à soutenir n'avoir jamais commis le " moindre manquement " de nature à l'exclure des critères requis pour l'agrément.
5. En troisième lieu aux termes de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983 susvisée alors en vigueur : " aucun fonctionnaire ne peut être sanctionné ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, pour avoir signalé une alerte dans le respect des articles 6 à 8 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. ". La décision de licenciement n'est pas une sanction mais a été prise à la suite du retrait de l'agrément de M. B, en application des dispositions combinées citées au point 2. En outre, M. B ne caractérise pas l'alerte qu'il aurait signalé. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que son licenciement aurait été pris en méconnaissance des dispositions précitées protégeant les lanceurs d'alerte, ou qu'il aurait dû être précédé de la saisine du conseil de discipline prévue à l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984.
6. En quatrième lieu, il résulte du principe énoncé au point 2 que le maire, qui est tenu de mettre un terme aux fonctions d'un policier municipal dont l'agrément a été retiré, peut néanmoins chercher à le reclasser dans un autre emploi. La circonstance que le maire d'Echirolles n'ait pas fait usage de cette faculté ne révèle pas qu'il se serait cru à tort en situation de compétence liée pour licencier M. B en raison du retrait d'agrément, alors au contraire que la décision du 27 novembre 2017 vise " l'article L. 412-49 du code des communes offrant la faculté de reclasser un agent ayant fait l'objet d'un retrait d'agrément ".
7. En cinquième lieu, en application du principe énoncé au point 2, le maire d'Echirolles n'était pas tenu de rechercher une solution de reclassement dans un autre emploi. L'examen de l'existence d'un motif d'intérêt général ou tiré de l'intérêt du service s'opposant au reclassement de M. B est dès lors étranger à la légalité de la décision de le licencier.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les conclusions présentées par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées ; dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Echirolles.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Echirolles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la commune d'Echirolles.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Pollet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le président,
J.P. WYSS
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2201738
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026