mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2201742 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | CABINET MEROTTO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 juin 2022 et le 28 juin 2024, Mme E C et M. F B, représentés par Me Merotto, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Peillonnex à leur payer la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis ;
2°) de condamner la commune de Peillonnex à leur payer la somme de 5 224,34 euros en remboursement des frais d'expertise judiciaire ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Peillonnex la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que
- la commune a engagé en 2015 des travaux consistant à goudronner la partie du chemin traversant leur propriété et à poser une grille d'évacuation des eaux pluviales ; ces travaux provoquent des inondations dans leur propriété en raison notamment de la pente inclinée en direction de la grange ; ils présentent, en outre, un risque pour la sécurité en raison d'automobilistes faisant demi-tour sur leur propriété en raison du caractère impraticable du chemin rural qui se poursuite après leur propriété;
- les aménagements qu'ils ont réalisés sont sans incidence sur ce lien de causalité ;
- la responsabilité sans faute de la commune pour dommages de travaux publics est donc pleinement engagée à leur égard ;
- les travaux publics provoquent, lors des épisodes pluvieux, des inondations de la partie sous abri de leur grange comprenant le parking couvert, le poulailler et l'étable ; ils ont dû ajouter une couche de tout-venant devant la porte de la grange en avril 2021 pour empêcher que l'eau n'y rentre, pour un coût de 407 euros TTC ; la nouvelle grille posée par la commune le 22 février 2022 risque d'aggraver les désordres ; leurs préjudices matériels et de jouissance, doivent être estimés à 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juillet 2023 et le 26 juillet 2024, la commune de Peillonnex, représentée par Me Sinal-Sinelnikoff, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit mis à sa charge les seules sommes de 407 euros au titre des dommages et intérêts et de 1 000 euros au titre des frais d'expertise, à ce que les requérants soient condamnés à lui verser, à titre reconventionnel, la somme de 3 360 euros au titre des frais d'assistance exposés lors de l'expertise judiciaire et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'aggravation de la servitude d'écoulement des eaux pluviales est exclusivement imputable aux aménagements réalisés par les requérants notamment la pose de clôtures ; la preuve du lien de causalité direct entre les travaux menés en 2015 par la commune et les inondations alléguées n'est ainsi pas apportée ;
- les travaux de goudronnage et l'inclinaison de la pente de la voie n'ont aucune incidence sur l'écoulement de ces eaux pluviales et aucun lien avec les inondations alléguées ;
- le préjudice de jouissance n'est pas caractérisé ;
- à titre subsidiaire, une somme de 407 euros pourra être versée correspondant au coût de la pose du tout-venant devant la porte de la grange ;
- la commune ne doit supporter, au plus, qu'un tiers de frais d'expertise ;
- les requérants seront condamnés à lui verser, à titre reconventionnel, la somme de 3360 euros au titre des frais d'assistance qu'elle a exposés pendant l'expertise judiciaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public ;
- les observations de Me Duret représentant M. D et Mme C et de Me Punzano représentant à la commune de Peillonnex.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme C sont propriétaires de parcelles cadastrées numéros 1309, 1310, 1311 et 1312 sur le territoire de la commune de Peillonnex comprenant un corps de ferme et ses dépendances. La cour de cet ensemble immobilier est traversée par la voie communale " Chez Grasset " qui se poursuit par un chemin rural. En 2015, la commune de Peillonnex a réalisé des travaux de goudronnage de la portion de voie communale de quelques dizaines de mètres située entre les constructions de M. D et Mme C et a modifié la grille existante d'évacuation des eaux pluviales. Par ordonnance du 4 juin 2019, le juge des référés du tribunal de grande instance de Thonon-Les-Bains a ordonné une expertise judiciaire à la demande de M. D et Mme C aux fins notamment de décrire les désordres dont ils se plaignent, d'en déterminer les causes, de vérifier l'existence d'empiètements sur leur propriété liés aux travaux de goudronnage et de décrire les travaux susceptibles d'y remédier. Par la présente requête, M. D et Mme C recherchent la responsabilité sans faute de la commune de Peillonnex afin d'obtenir réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi du fait des travaux publics réalisés en 2015.
Sur la responsabilité de la commune de Peillonnex :
2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
3. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.
4. Le rapport d'expertise mentionne que le revêtement de la voie publique résultant des travaux de goudronnage réalisés en 2015 au droit de la propriété de M. D et Mme C n'a pas une capacité d'une infiltration des eaux arrivant de l'amont par le chemin rural inférieure à celle de l'ancienne voie. L'expert a relevé que la commune a pris soin de réaliser des cunettes guidant les eaux pluviales vers les grilles d'évacuation. Les requérants n'apportent pas des éléments suffisants pour remettre en cause cette appréciation de l'expert. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le goudronnage de la voie ainsi que le léger devers de la pente de la chaussée vers la grange ne peuvent pas être regardés comme ayant eu, par eux-mêmes, une incidence déterminante sur les conditions d'écoulement des eaux pluviales et comme contribuant à la survenue des dommages.
5. En revanche, la grille inclinée posée devant le regard à triple grille, destinée à servir de dégrilleur, ne fonctionne pas correctement compte tenu de ses fentes de taille réduite, de sa position qui favorise les accumulations de dépôt et de sa surface d'absorption qui est sous-dimensionnée par rapport aux volumes d'eaux arrivant de l'amont par le chemin rural. Il en résulte que les eaux arrivant sur cet ouvrage, chargées de dépôts, graviers, feuilles et petits branchages, s'accumulent devant cette grille qui, en l'absence d'entretien régulier au point de l'obstruer et de générer des afflux importants d'eaux pluviales à l'aval que les cunettes ne parviennent pas à contenir. Par suite, le lien de causalité directe entre, d'une part, la pose de ce dégrilleur inadaptée à la configuration des lieux et, d'autre part, les préjudices invoqués par les requérants est établi.
6. Il ne résulte pas de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les divers aménagements réalisés par les requérants sur leur propriété, notamment la pose de clôtures le long du chemin rural, contribuent à la réalisation des dommages dont ils se plaignent et, en tout état de cause, leur caractère fautif n'est pas établi.
7. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité sans faute de la commune de Peillonnex est engagée à l'égard de M. D et Mme C.
Sur le préjudice :
8. Il résulte de l'instruction que M. D et Mme C ont ajouté une couche de graviers devant la porte de leur grange en avril 2021 afin d'empêcher l'eau d'y entrer pour un coût justifié de 407 euros TTC. Ils sont donc fondés à demander le remboursement de cette somme.
9. Pour demander une indemnité de 10 000 euros au titre des troubles de jouissance de leur propriété, les requérants font valoir qu'ils ont victimes, lors des épisodes pluvieux, d'inondations affectant la partie sous abri de leur grange comprenant le parking, le poulailler et l'étable, ce qui les oblige à nettoyer ces lieux pour les remettre en état.
10. Les pièces produites par les requérants, notamment les photographies et le constat d'huissier dressé le 6 novembre 2023, permettent seulement de constater la présence modérée sur la chaussée de flaques, de boue et de galets en cas de pluies intenses et non la gravité suffisante des troubles qu'ils subissent. Par ailleurs, la fréquence des demis tour effectués par les véhicules dans la cour des requérants en raison de l'impossibilité de poursuivre leur route sur le chemin rural difficilement praticable ne résulte pas de l'instruction. Dès lors, les risques et les gènes en résultant pour la sécurité de M. D et Mme C ne peuvent pas être regardés comme atteignant le seuil de gravité nécessaire pour ouvrir droit à indemnisation.
11. L'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal de grande instance de Thonon-Les-Bains a permis de disposer d'éléments permettant de déterminer la nature et l'origine des désordres dont se plaignent les requérants ainsi que les responsabilités encourues. Elle s'est ainsi avérée utile à la solution du présent litige. Dans les circonstances de l'espèce, où il n'est fait que partiellement droit aux conclusions de M. D et Mme C, il y a lieu de condamner la commune de Peillonnex à leur verser la somme de 2 612,17 euros correspondant à la moitié des frais d'expertise mis à leur charge par le tribunal judiciaire.
12. Il résulte de ce qui précède que la commune de Peillonnex doit être condamnée à verser à M. D et Mme C la somme totale de 3 019,17 euros en réparation de leur préjudice.
Sur les conclusions reconventionnelles de la commune :
13. La responsabilité de la commune étant partiellement reconnue par le présent jugement et en l'absence de faute des victimes, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune tendant à condamner les requérants à lui verser, à titre reconventionnel, la somme de 3 360 euros, qui parait d'ailleurs élevée, qu'elle a exposée au titre des frais d'assistance durant les opérations de l'expertise judiciaire.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a lieu de faire droit à aucune conclusions présentées sur le fondement de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Peillonnex est condamnée à verser à M. D et Mme C la somme de 3 019,17 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et M. F B et à la commune de Peillonnex.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
Le magistrat désigné,
J-L Ban
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026