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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201745

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201745

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201745
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CHANON LELEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. A B, représenté par la SELARL Chanon Leleu associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la rectrice de l'académie de Grenoble a implicitement rejeté la demande indemnitaire qu'il a présenté le 17 novembre 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 392,66 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision du 12 mars 2019 prononçant son licenciement est illégale n'est pas motivée en faits ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de prise en compte de sa demande de report de la date de réunion de la commission consultative paritaire ;

- cette décision est entachée d'erreur de faits dès lors qu'aucune insuffisance professionnelle ne peut lui être reprochée ;

- cette décision n'a pas été précédée d'un délai de préavis, en méconnaissance de l'article 46 du décret du 17 janvier 1986 ;

- l'illégalité de la décision du 12 juillet 2019, lui a causé un préjudice financier lié à l'absence de respect du délai de préavis et à la différence entre son plein traitement et les sommes qu'il a perçus depuis le licenciement ainsi qu'un préjudice de carrière, compte tenu de la perte de chance de voir son contrat de travail renouvelé puis transformé en contrat à durée indéterminée, et un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 26 octobre 2022, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.

La rectrice de l'académie de Grenoble fait valoir que :

-à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que par un arrêt n°21LY02451, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de son licenciement ;

-subsidiairement, la décision de licenciement pour insuffisance professionnelle n'est pas illégale et la demande indemnitaire est injustifiée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.

Un courrier a été adressé le 11 juin 2024 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la date ou de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, employé depuis 2014 comme professeur contractuel par le recteur de l'académie de Grenoble, a été affecté, en dernier lieu, au titre de l'année scolaire 2018-2019 par contrat à durée déterminée à temps plein en tant que professeur d'espagnol au collège Grange à Seyssuel (38). Par décision du 12 mars 2019, il a fait l'objet d'un licenciement pour insuffisance professionnelle. Par un jugement du 28 janvier 2021, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon n°21LY02451, le tribunal administratif de Grenoble a condamné l'État à lui verser la somme de 1 826 euros, correspondant à son indemnité de licenciement, et a rejeté le surplus de sa demande indemnitaire en l'absence de liaison du contentieux. Par la présente requête, M. B demande la réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive dont serait entaché son licenciement.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ; ".

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article R. 421-2 de ce code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". L'article R. 421-5 du même code prévoit que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". L'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code, aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

4. D'une part, il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent.

5. D'autre part, la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.

6. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.

7. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.

8. Il n'est fait exception à cette règle que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation.

9. Par un courrier réceptionné par le rectorat de l'académie de Grenoble le 8 décembre 2020, M. B a présenté une réclamation préalable tendant à l'indemnisation du préjudice qu'il estimait avoir subi du fait de l'illégalité fautive de son licenciement pour insuffisance professionnelle prononcé le 12 mars 2019. Le silence gardé par l'autorité administrative sur cette réclamation a fait naître, le 8 février 2021, une décision implicite de rejet. Par la suite, le 17 novembre 2021, M. B a présenté une nouvelle réclamation au rectorat en demandant la réparation des préjudices causés par la décision du 12 mars 2019 puis, à la suite du rejet implicite de cette demande, saisi le tribunal du présent recours indemnitaire. Il n'est pas soutenu que les dommages allégués par le requérant se seraient aggravés ou auraient été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision du 8 février 2021. Ainsi, en application de ce qui a été dit au point 7, la seconde demande préalable, fondée sur le même fait générateur que la précédente, n'a pas fait courir un nouveau délai de recours contentieux. Par conséquent, la requête, enregistrée le 18 mars 2022, soit plus d'un an après la décision du 8 février 2021, est manifestement tardive et, par suite, irrecevable.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à la rectrice de l'académie de Grenoble.

Fait à Grenoble, le 27 septembre 2024.

La présidente de la 3ème chambre,

A. TRIOLET

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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