mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202374 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 avril 2022 et 29 septembre 2023, Mme B, représentée par Me Creveaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Rives a rejeté sa réclamation préalable en date du 10 décembre 2021 et tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'information erronée qui lui a été délivrée concernant le montant de sa rente d'invalidité ;
2°) de condamner la commune de Rives à lui verser la somme de 23 533 euros, à parfaire, en réparation du préjudice financier subi et la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Rives une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Rives a commis une faute en lui délivrant une information erronée de nature à engager sa responsabilité ;
- elle a, de ce, fait perdu une chance de demander un reclassement qui lui aurait permis de percevoir un traitement ou en cas d'impossibilité de reclassement de percevoir des allocations chômage, ce qui lui a causé un préjudice financier qui doit être indemnisé à hauteur de 23 533 euros et un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qui doivent être indemnisés à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, la commune de Rives, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune conteste les moyens invoqués et à titre subsidiaire demande la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante.
Par lettre du 6 juillet 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 29 septembre 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 6 février 2024.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fourcade,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Creveaux, représentant Mme B, et de Me Fessler, représentant la commune de Rives.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe technique employée par la commune de Rives depuis 2001, a été placée en congé de longue maladie du 8 janvier 2015 au 8 janvier 2018. Admise à la retraite pour invalidité, elle sera radiée des cadres à compter du 1er novembre 2018 par un arrêté du 17 septembre 2018. Par la présente requête, Mme B demande la condamnation de la commune de Rives à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'une information erronée donnée par la collectivité sur le montant de la rente d'invalidité qui lui serait versée en application du contrat souscrit auprès de la Mutuelle nationale territoriale qui a orienté son choix en faveur de la mise à la retraite pour invalidité.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Par un courrier du 8 juin 2017, le maire de la commune de Rives a informé Mme B, qu'à l'issue de ses droits à congés de longue maladie, deux options s'offraient à elle. D'une part, elle pourrait former une demande de reclassement et si celui-ci ne pouvait être opéré, elle serait placée mise en disponibilité d'office pour raison de santé. Il lui était précisé qu'à ce jour la collectivité ne disposait d'aucun poste vacant en vue de son reclassement. D'autre part, elle pourrait former, sous réserve de son état de santé, une demande de retraite pour invalidité. Le courrier précisait : " Ne connaissant pas le taux d'invalidité qui pourrait être octroyé par la CNRACL, le service des ressources humaines est dans l'impossibilité de calculer le montant de la pension d'invalidité. Cependant votre contrat souscrit auprès de la MNT, prévoit le versement d'une rente d'invalidité couvrant 95% de votre traitement de base, jusqu'à l'âge de 62 ans. "
3. L'intéressée, qui s'est vue reconnaître un taux d'invalidité de de 20,24 % par la CNRACL, a découvert en janvier 2019 que le montant de la rente d'invalidité qui lui était versée par la MNT ne correspondait pas à 95 % de son traitement de base, mais résultait d'une formule de calcul résultant de l'article 19.2 du " règlement mutualiste Prévoyance Garantie Maintien de Salaire et décès PTIA des agents des collectivités de 1 à 150 agents " qui aboutissait à un montant de 202,82 euros par mois. Le tribunal judicaire de Paris a rejeté par un jugement du 17 mars 2022 le recours formé par Mme B à l'encontre de la MNT, constatant une exacte application du contrat conclu.
4. Il résulte des termes du courrier cité aux point 2 que si la collectivité a indiqué sa méconnaissance du montant de la rente qui serait versée par la CNRACL, elle ne marquait pas de doute concernant le montant de celle versée par la MNT. S'agissant certes d'un contrat individuel, mais conclu par le truchement de la collectivité employeur, l'information erronée délivrée par la collectivité caractérise une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. S'il est constant que l'information ainsi délivrée a eu une incidence sur le choix de l'intéressée, il résulte également de l'instruction que celle-ci s'est abstenue de la vérifier alors que les pièces contractuelles étaient à sa disposition. Dans ces circonstances, Mme B a elle-même commis une faute de nature à atténuer d'un tiers la responsabilité de la commune de Rives.
En ce qui concerne le préjudice indemnisable :
6. Il résulte des procès-verbaux des avis rendus par le comité médical sur la situation de Mme B que celle-ci a été reconnue totalement et définitivement inapte à ses fonctions mais pas à toutes fonctions. Ainsi, son état de santé n'excluait donc pas un reclassement. En outre, il résulte de l'article 2 du décret n°2020-741, reprenant une solution jurisprudentielle, que les agents publics placés d'office, pour raison de santé, en disponibilité sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi et donc peuvent prétendre au bénéfice des allocations d'assurance chômage.
7. Par suite, Mme B est fondée à soutenir qu'elle a perdu une chance, soit d'être reclassée et de percevoir un traitement, soit en cas d'impossibilité de reclassement d'être placée en disponibilité d'office pour raison de santé, ce qui aurait été de nature à lui permettre de prétendre au bénéfice des allocations d'assurance chômage. Toutefois, en l'absence de pièces médicales permettant d'apprécier le caractère sérieux ou non des possibilités de reclassement, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par l'intéressée en lui allouant une somme de 3 000 euros en réparation de ce préjudice.
8. Mme B demande la réparation d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence liés à la faiblesse de ses revenus. Toutefois, les certificats médicaux peu circonstanciés indiquant que l'intéressée présente un syndrome d'anxiété réactionnelle ne permettent pas d'établir la réalité de ces préjudices.
9. Compte tenu du partage de responsabilité fixé au point 5, il y a lieu, par suite, de condamner la commune de Rives à verser à Mme B la somme de 2 000 euros.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Rives une somme de 1 500 euros à verser Mme B. Les conclusions de la commune de Rives, partie perdante, sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Rives est condamnée à verser à Mme B la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la délivrance d'une information erronée.
Article 2 : La commune de Rives versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Rives.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
Mme Pollet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026