mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202457 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | KUMMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 avril 2022 et le 26 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Kummer demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commune d'Echirolles a rejeté sa réclamation préalable ;
2°) de condamner la commune d'Echirolles à lui verser la somme de 102 245 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa réclamation préalable ainsi que leur capitalisation ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Echirolles une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la commune est engagée pour faute à raison du défaut de reclassement, rendant illégale la décision de placement en retraite anticipée ;
- la responsabilité de la commune est engagée pour faute et à raison de l'affectation sur un poste en cuisine centrale à son retour de congé de maternité, ayant dégradé son état de santé ;
- elle a subi des préjudices indemnisables.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, la commune d'Echirolles, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires fondées sur l'affectation fautive sur un poste ayant dégradé son état de santé, faute de liaison du contentieux, ce fait générateur n'ayant pas fait l'objet de réclamation préalable.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pollet,
- les conclusions de Mme Frapolli, rapporteure publique,
- et les observations de Me Touvier, représentant la commune d'Echirolles.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, a été employée en qualité d'adjointe technique territoriale par la commune d'Echirolles entre août 2008 et le 1er août 2019. Elle a été placée en congé de maladie entre le 31 juillet 2017 et le 31 juillet 2018. Par un arrêté du 3 août 2018, Mme B a été placée en disponibilité d'office pour une période d'un an. A compter du 1er août 2019, elle a été radiée des cadres à la suite de sa mise à la retraite anticipée pour invalidité. Par un courrier du 21 décembre 2021, l'intéressée a demandé à la commune d'Echirolles de l'indemniser des préjudices subis. Par la présente requête, Mme B demande la condamnation de la commune d'Echirolles à raison des préjudices subis.
2. En demandant, d'une part, l'annulation de la décision implicite rejetant sa réclamation préalable et, d'autre part, la condamnation de la commune d'Echirolles à lui verser les sommes en litige, Mme B, a donné à sa requête le caractère d'une demande de plein contentieux. La décision implicite de rejet de la réclamation a ainsi eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B. Les conclusions tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur l'irrecevabilité partielle des conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ./ Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
4. D'une part, pour lier valablement le litige, une demande indemnitaire préalable doit préciser la cause juridique sur laquelle elle se fonde : la responsabilité sans faute ou pour faute de la personne publique mise en cause et, dans cette seconde hypothèse, la nature de la faute commise (contractuelle, quasi-contractuelle ou quasi-délictuelle). Ce n'est qu'ensuite et de surcroît que la demande doit préciser le ou les fait(s) générateur(s) du dommage.
5. D'autre part, la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur uniquement pour les dommages causés par ce fait générateur.
6. Par courrier du 21 décembre 2021, Mme B a adressé à son employeur une réclamation préalable portant sur la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison, d'une part, de l'illégalité de la décision de placement en retraite anticipée et, d'autre part, du défaut de recherche d'un reclassement. Or, dans le cadre de la présente instance, Mme B soutient que la responsabilité de la commune d'Echirolles est également engagée à raison de l'affectation fautive sur un poste ayant dégradé son état de santé. Si la réclamation préalable adressée par la requérante à l'administration évoque la reprise de ses fonctions sur un poste difficile à la cuisine centrale, cette circonstance n'est pas identifiée en tant que telle comme étant un fait générateur des dommages subis par la requérante en application des principes rappelés ci-dessus. Par suite, cette circonstance constitue un fait générateur distinct de ceux identifiés par la réclamation préalable et pour lesquels le contentieux n'a pas été lié en méconnaissance des dispositions et des principes précités. Les conclusions indemnitaires présentées de ce chef doivent donc être rejetées comme irrecevables.
Sur le surplus des conclusions indemnitaires :
7. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° À des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () ". Aux termes de l'article 72 de cette même loi : " La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2° () de l'article 57 () ". L'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 prévoit, quant à lui, que : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version alors applicable : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu () des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. () ". Selon l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état physique d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire. () ".
8. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps.
9. Il résulte de l'instruction que Mme B a été reconnue dès le 1er avril 2016 inapte à ses fonctions d'adjointe technique au sein du service de restauration mais pas à toutes fonctions. A compter du 23 novembre 2016, l'intéressée a été reclassée sur des fonctions d'adjointe administrative renfort bibliothèque. Par deux avis du 8 novembre 2016 et du 2 mars 2017, le médecin de prévention a émis un avis favorable à la reprise des fonctions de Mme B sur ce poste, l'estimant compatible avec son état de santé à la condition de ne pas porter de manière répétée de charge de plus de dix kilos et de limiter les gestes " avec les bras au-dessus du niveau du cœur ". Si Mme B soutient que ce poste n'est pas compatible avec son état de santé, les pièces produites ne permettent pas de remettre en cause les constatations du médecin de prévention. Par ailleurs, si Mme B fait grief à la commune d'Echirolles d'avoir refusé d'accomplir son obligation de reclassement en recherchant un autre poste, il résulte de l'instruction que la commune d'Echirolles a procédé à l'inscription de l'intéressée à une formation entre mai et juillet 2017. Le bilan de cette formation traduit des difficultés importantes en langue française, en mathématiques ainsi qu'une absence de maîtrise de l'outil informatique faisant obstacle à un reclassement hors filière technique. Enfin, il résulte du courrier du 10 novembre 2017 que l'intéressée entendait être reclassée dans des fonctions au sein du service petite enfance ou du service accueil. Il résulte, toutefois, de l'instruction, que son état de santé ainsi que ses compétences sont incompatibles avec de telles fonctions. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la commune d'Echirolles aurait méconnu son obligation de reclassement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande présentée par Mme B, partie perdante, sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, en revanche, de condamner Mme B à verser une somme à ce titre à la commune d'Echirolles.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Echirolles en l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Echirolles.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
Mme Pollet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024 .
La rapporteure,
MA. POLLET
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026