jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUCHAIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, M. C A D, représenté par Me Bouchair, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pfauwadel, président, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né en 1988, a déclaré être entré irrégulièrement dans l'espace Schengen en 2012. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 15 mai 2014 exécutée le 21 mai 2014. Le 10 mars 2015, il a fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière. M. A a présenté le 12 janvier 2016 une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA le 27 juillet 2016. Le préfet de la Savoie, par un arrêté du 10 mai 2017, lui a fait obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans. M. A a été reconduit le 14 juillet 2017 en Albanie, où il s'est marié le 4 décembre 2017 avec Mme B, de nationalité française. Il a déclaré être revenu en France en septembre 2018. Par arrêté du 12 novembre 2018, le préfet de la Savoie a décidé de sa reconduite à destination de l'Albanie et l'a assigné à résidence. M. A époux B ne s'est pas présenté au vol à destination de l'Albanie réservé pour lui. Le 23 septembre 2019, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, à laquelle le préfet de la Savoie a opposé, par arrêté du 19 octobre 2020, un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, mesure à laquelle l'intéressé n'a pas déféré. Le 24 décembre 2020, il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour pour le même motif. Par l'arrêté attaqué du 21 mars 2022, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de refus de séjour. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit qui en constituent le fondement et développe les éléments de fait propres à la situation de l'intéressé qui justifient les décisions prises par le préfet. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. M. A B fait valoir qu'il est encore marié avec une Française et que de cette union est née en France une enfant le 2 mars 2018. Il soutient que s'il s'est séparé en septembre 2019 de son épouse qui demeure dans le département de l'Ain, il contribue à l'entretien et à l'éducation de leur enfant. Il produit des relevés de son compte bancaire faisant apparaître des virements à son épouse de sommes comprises entre 40 et 60 euros effectués du mois d'août 2021 au mois de décembre 2021, une attestation de cette dernière selon laquelle il participe aux dépenses d'entretien de leur enfant et la prend un week-end sur deux et une partie des vacances, ainsi qu'une attestation des parents de cette personne, irrégulière en la forme, selon laquelle leur gendre aime sa fille. Toutefois, ces pièces ne suffisent pas à établir que M. A B, qui est également père d'un enfant né le 20 juillet 2020 de sa relation avec une ressortissante portugaise, contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. A B réside sur le territoire français depuis le mois de septembre 2018, il y est revenu irrégulièrement après avoir fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire français et reconduites à la frontière, en infraction à une interdiction de l'espace Schengen émise par les autorités suisses le 19 septembre 2014 valable jusqu'au 18 septembre 2019 à la suite d'une condamnation pour trafic de stupéfiants. Ses condamnations par des juridictions françaises, le 8 octobre 2016 à une amende pour des faits d'usage de stupéfiants, le 4 novembre 2016 à une amende pour des faits de port d'arme sans motif légitime, le 26 avril 2019 à quatre mois d'emprisonnement avec maintien en détention et interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans notamment pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France, n'attestent pas d'une bonne insertion dans la société française. Sa seule immatriculation au registre du commerce le 18 juin 2021 pour une activité d'achat-vente de véhicules et accessoires d'occasion ne suffit pas à établir son intégration professionnelle. Il n'est par ailleurs pas dépourvu de famille en Albanie où il a passé la plus grande partie de sa vie. M. A B fait valoir qu'il est toujours marié à une ressortissante française avec laquelle il a une enfant. Toutefois, il en est séparé depuis deux ans et demi et il ne ressort pas des pièces du dossier que son retour en Albanie ne permettrait pas le maintien de ses liens avec sa fille, dans la mesure où il soutient être en excellents termes avec son épouse, qui peut se rendre dans ce pays où a été célébré leur mariage. S'il se prévaut également de la présence en France de son autre enfant et produit des relevés de son compte bancaire faisant apparaître des virements de 100 et 200 euros à la mère de celui-ci durant la période d'août à décembre 2021, il ne donne aucune précision sur les liens qu'il entretient avec cet enfant. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été édicté. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que cet arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 et 6 que M. A B n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Bouchair et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Permingeat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. Bailleul
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026