lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202605 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, M. B A, représenté par Me Vigneron, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 23 novembre 2021 par laquelle le préfet de l'Isère lui a refusé implicitement la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision n'est pas motivée alors qu'il a demandé la communication des motifs ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire mais qui a produit, le 28 juin 2024, l'arrêté du 3 juin 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 28 octobre 1985, est entré sur le territoire français le 4 mai 2018, sous couvert d'un visa D de long séjour. Il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 4 mai 2018 jusqu'au 3 mai 2021. Le 23 juillet 2021, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Le 23 novembre 2021, est né du silence de l'administration un rejet implicite de sa demande de titre de séjour. Toutefois, par un arrêté du 3 juin 2022, le préfet de l'Isère a rejeté explicitement sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours.
Sur le cadre juridique du litige :
2. Si M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 3 juin 2022 qui s'est substitué à la décision implicite du 23 novembre 2021.
Sur la légalité de la décision attaquée :
3. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision implicite du 23 novembre 2021 n'est pas motivée alors qu'il a présenté le 1er avril 2022 une demande de communication de motifs, ainsi qu'il a été dit au point précédent cette décision implicite a disparu de l'ordonnancement juridique du fait de l'intervention de l'arrêté du 3 juin 2022. En tout état de cause, l'arrêté du 3 juin 2022, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, l'article 3 de l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention "salarié" éventuellement assorties de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans () ".
5. Si M. A soutient qu'il réside depuis plus de trois ans en France et qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société Facility en qualité d'agent de propreté, il ne conteste pas les motifs que lui a opposés le préfet tirés de ce qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour et de ce qu'il n'a pas respecté les conditions de délivrance de son titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier dès lors qu'il a résidé en France habituellement et qu'il a travaillé à temps partiel en tant qu'équipier polyvalent pour McDonald's du 14 septembre 2019 au 30 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
7. M. A se prévaut de ce qu'il est présent en France depuis 2018 et de ce qu'il n'a cessé de travailler durant cette période. Toutefois, le titre de séjour dont il bénéficiait en qualité de de travailleur saisonnier ne lui permettait pas de séjourner en France au-delà d'une durée cumulée de six mois par an. Célibataire et sans charge de famille, M. A n'est pas dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une intégration dans la société française. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. A doit être écarté.
9. En dernier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ces fondements et que le préfet de l'Isère n'a pas examiné sa demande au regard de ceux-ci.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 3 juin 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Vigneron et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bourion, première conseillère,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le rapporteur,
T. RUOCCO-NARDO
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026