mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202729 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | KUMMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 mai 2022 et 8 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Kummer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2022 rejetant sa réclamation préalable ;
2°) de condamner le CCAS de la commune de Voiron à lui verser la somme totale de 20 749 euros correspondant à l'indemnité de licenciement, au préavis et à la réparation de son préjudice moral, assortie des intérêts de retard et de leur capitalisation ;
3°) de mettre à la charge du CCAS de Voiron une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CCAS est engagée en application de la jurisprudence CE, 20 mars 2015, Julie c\ Institut Medico-Educatif de Saint-Georges-Sur-Baulche, n°371664, B ;
- en application de cette jurisprudence, elle a droit à une indemnisation équivalente à la perte de l'avantage financier auquel elle aurait pu prétendre en cas de licenciement, soit 12 678,50 euros (au titre de l'indemnité de licenciement) et 5 071,40 euros (au titre d'un préavis de 2 mois) ;
- compte tenu du caractère brutal et vexatoire de la cessation de la relation de travail après 10 ans au service du CCAS elle a subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 3 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet et 17 novembre 2023, le CCAS de Voiron, représenté par Me Petit, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les prétentions indemnitaires de la requérante soient réduites à de plus justes proportions et à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le CCAS conteste les moyens invoqués.
Par lettre du 19 octobre 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 9 novembre 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 janvier 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fourcade,
- les conclusions de Mme Frapolli, rapporteur public,
- et les observations de Me Auger, représentant le CCAS de Voiron.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été employée par le CCAS de Voiron en tant qu'agent contractuel pour assurer des gardes de nuit au Foyer logement pour personnes âgées Pierre Blanche du 14 février 2008 au 31 mars 2018 par 67 contrats à durée déterminée. Par la présente requête, Mme A demande à être indemnisée des préjudices subis du fait d'un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée.
Sur les conclusions à fins d'annulation de la décision du 3 mars 2022.
2. La décision du 3 mars 2022, rejetant la demande préalable indemnitaire de la requérante reçue le 9 février 2022, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire de Mme A qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Si en vertu des articles 3 et suivants de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, les collectivités territoriales peuvent recruter des agents non-titulaires en vue d'assurer des remplacements momentanés ou d'effectuer des tâches à caractère temporaire ou saisonnier par contrat à durée déterminée, et disposent ainsi de la possibilité de recourir, le cas échéant, à une succession de contrats à durée déterminée, ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'en cas de renouvellement abusif de tels contrats, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de la relation d'emploi, quand bien même il ne remplirait pas les conditions pour se voir offrir un contrat à durée indéterminée. Pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, il incombe au juge de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
4. Il résulte de l'instruction que la succession des contrats de courte durée conclus entre Mme A et le CCAS de la ville de Voiron s'explique par l'organisation retenue par le CCAS pour les gardes de nuit, l'intéressée travaillant par roulement, une semaine sur deux, avec une autre collègue. L'organisation résultait d'un choix de l'employeur qui n'était pas une réponse à un accroissement temporaire d'activité ou à l'absence temporaire d'un agent et n'était pas davantage induite par une contrainte objective pesant sur le CCAS. Au demeurant, celui-ci a opéré, à compter du 1er avril 2018, une modification de l'organisation retenue en recrutant un gardien à temps complet disposant d'un logement pour nécessité absolue de service et des agents à temps non complet pour assurer les veilles du samedi et du dimanche. Il s'ensuit que l'engagement de Mme A par 67 contrats à durée déterminée pendant une durée de 10 ans présente dans les circonstances de l'espèce, un caractère abusif.
5. En cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné peut se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de sa relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
6. Aux termes de l'article 45 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. Le montant de la rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement d'un agent employé à temps partiel est égal au montant de la rémunération définie à l'alinéa précédent qu'il aurait perçue s'il avait été employé à temps complet () ". De plus, aux termes de l'article 46 du même décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services () ".
7. Mme A a droit à une indemnité calculée sur la base de la moitié de la rémunération nette perçue au titre de mars 2018, multipliée par 10, compte tenu de sa période d'emploi. En l'état de l'instruction, il convient de retenir que le montant de la rémunération nette perçue par l'intéressée au titre de ce mois s'élève à 1 231,14 euros. En effet, le montant invoqué par la requérante (2 535 euros) résulterait de l'application d'un protocole transactionnel non produit au dossier et aucune preuve comptable d'un versement complémentaire au titre du mois de mars 2018 n'est versée. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge du CCAS de Voiron une somme de 6 555,70 euros.
8. Aux termes de l'article 40 du décret du 15 février 1988 : " L'agent recruté pour une durée indéterminée ainsi que l'agent qui, engagé par contrat à durée déterminée, est licencié avant le terme de son contrat, a droit à un préavis qui est de : /-huit jours pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui l'a recruté d'une ancienneté de services inférieure à six mois de services ; /- un mois pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui l'a recruté d'une ancienneté de services égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; /- deux mois pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui l'a recruté d'une ancienneté de services égale ou supérieure à deux ans. "
9. Si aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit le versement d'une " indemnité de préavis " aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale, les agents illégalement privés du bénéfice du préavis ont droit à la réparation du préjudice qui en est résulté pour eux. Mme A, ayant été informée plus de deux mois avant l'échéance de son dernier contrat qu'il ne serait pas renouvelé, n'a subi aucun préjudice tenant à la méconnaissance du délai de deux mois prévu par l'article 40 précité. Par suite, les conclusions tendant au versement d'une indemnité de préavis de 5 071,40 euros doivent être rejetées.
10. Mme A, qui n'a pas souhaité candidater sur le poste de gardien permanent du foyer, ne justifie pas avoir subi de préjudice moral du fait de la succession abusive de contrats à durée déterminée.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
11. En application de l'article 1231-6 du code civil, Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la condamnation prononcée au point 7 à compter du 9 février 2022, date de réception de sa réclamation préalable. Par ailleurs, en application de l'article 1343-2 du même code, elle est fondée à demander que ces intérêts soient capitalisés à compter du 9 février 2023, puis à chaque échéance annuelle.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Le CCAS de Voiron versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées sur ce fondement par le CCAS de Voiron, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le CCAS de Voiron est condamné à verser à Mme A une indemnité de 6 555,70 euros.
Article 2 : Les intérêts au taux légal courront sur la condamnation prononcée à l'article 1er à compter du 9 février 2022 et seront capitalisés à chaque échéance annuelle.
Article 3 : Le CCAS de Voiron versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au Centre communal d'action sociale de Voiron.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
Mme Pollet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026