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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202763

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202763

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202763
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL LIGAS-RAYMOND PETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, M. C, représenté par Me Grelet-Grangeon, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, au contradictoire du centre hospitalier régional de Grenoble, du centre hospitalier Alpes-Léman, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Savoie, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, relative aux conditions de la prise en charge de M. A E C au centre hospitalier régional de Grenoble et au centre hospitalier Alpes-Léman à compter du 25 septembre 2020 ;

2°) dire que l'expert pourra faire appel à un sapiteur spécialisé en néphrologie et ou en urgence et réanimation.

Il soutient que plusieurs manquements ont été commis suite à l'intervention pratiquée le 25 septembre 2020 sur M. A E C, qui ont conduit au décès de ce dernier. La mesure d'expertise est utile afin d'évaluer l'étendue des préjudices et d'établir les responsabilités à l'origine du décès.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Fitoussi, demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de désigner un expert en infectiologie ;

3°) de compléter la mission selon ses dires ;

4°) de dire que l'expert déposera un pré-rapport et qu'un délai minimal de 6 semaines sera donné aux parties afin qu'elles puissent faire valoir leurs observations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le centre hospitalier Alpes Léman, représenté par Me Chiffert, demande au juge des référés :

1°) de le mettre hors de cause ;

2°) de mettre à la charge du requérant la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucune responsabilité ne peut lui être imputée qu'il s'agisse d'une responsabilité de plein droit au titre d'une infection nosocomiale ou d'une responsabilité pour faute.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 17 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire, ayant reçu mandat de la CPAM de Haute-Savoie, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée et demande qu'il lui soit donné acte de ce qu'elle chiffrera ses débours ensuite du dépôt du rapport d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le centre hospitalier régional de Grenoble, représenté par Me Ligas-Raymond, demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ce qu'il conteste toute responsabilité qui lui serait imputée ;

2°) de lui donner acte de ce qu'il ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée tout en émettant les protestations et réserves d'usage quant à la mesure sollicitée ;

3°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

4°) de dire que l'expert déposera un pré-rapport et qu'un délai minimal de 40 jours sera donné aux parties afin qu'elles puissent faire valoir leurs observations ;

5°) de dire que l'expert ne convoquera les parties qu'une fois obtenu et diffusé contradictoirement le relevé détaillé de l'organisme social ;

6°) de mettre à la charge des requérants les frais de l'expertise ;

7°) de rejeter toute demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Wegner, vice-président, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La demande d'expertise présentée par M. C, relative aux conditions de la prise en charge de M. A E C au centre hospitalier régional de Grenoble et au centre hospitalier Alpes-Léman à compter de l'intervention du 25 septembre 2020, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. L'intervention volontaire de la CPAM de la Loire est accueillie. Par ailleurs, l'expertise constituant une simple mesure d'instruction et ne préjugeant pas des responsabilités éventuellement mobilisables, il n'y a pas lieu de mettre hors de cause le centre hospitalier Alpes Léman en l'état de l'instruction.

5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.

6. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du centre hospitalier Alpes Léman présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur D B, domicilié Hôpital Nord à Saint-Etienne (42055), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A E C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge au sein du centre hospitalier régional de Grenoble et du centre hospitalier Alpes-Léman ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. A E C ;

2°) décrire l'état de santé de M. A E C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission dans ces hôpitaux, ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans ces établissements ;

3°) donner son avis sur la prise en charge de M. A E C au centre hospitalier régional de Grenoble et au centre hospitalier Alpes-Léman, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de M. A E C et aux symptômes qu'il présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de M. A E C ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru au décès de ce dernier ou lui ont fait perdre une chance d'éviter ce décès et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le décès de M. A E C a un rapport avec l'état initial, ou l'évolution prévisible de cet état de ce dernier ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier régional de Grenoble et au centre hospitalier Alpes-Léman, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

6°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. C et du centre hospitalier régional de Grenoble, du centre hospitalier Alpes Léman, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, au centre hospitalier régional de Grenoble, au centre hospitalier Alpes Léman, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 11 juillet 2022.

Le juge des référés,

S. Wegner

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

2202763

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