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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202895

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202895

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202895
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL LAMOTTE & AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mai 2022 et 7 septembre 2023, M. B, représenté par Me Lamotte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 18 mars 2022 rejetant sa réclamation préalable ;

2°) de condamner l'Etablissement public de santé mentale 74 (EPSM 74) à lui verser la somme de 45 000 euros en réparation des préjudices subis à raison de l'illégalité fautive de la décision du 20 novembre 2020, mettant fin à l'autorisation de cumul d'emploi dont il bénéficiait ;

3°) de mettre à la charge de l'EPSM 74 une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 20 novembre 2020 est illégale dès lors :

* qu'elle retire illégalement une décision créatrice de droit en date du 9 mai 2019, lui octroyant une autorisation de cumul ;

* qu'elle méconnaît le principe d'égalité de traitement dès lors que trois agents se trouvant dans la même situation administrative que lui n'ont pas été contraints d'opter entre leur statut d'agents publics et de fonctionnaires et leur activité libérale.

- il a subi du fait de cette illégalité un préjudice qui doit être indemnisé à hauteur de 45 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 juillet 2022 et 10 octobre 2023, l'Établissement public de santé mentale 74 conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge du centre hospitalier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'EPSM conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 6 juillet 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 15 septembre 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 janvier 2024.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 2017-105 du 27 janvier 2017 relatif à l'exercice d'activités privées par des agents publics et certains agents contractuels de droit privé ayant cessé leurs fonctions, aux cumuls d'activités et à la commission de déontologie de la fonction publique :

- Le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, psychologue titulaire, employé par l'EPSM 74 depuis le 1er janvier 2020, bénéficiait d'une autorisation de cumul pour l'exercice d'une activité libérale à compter du 1er septembre 2019 par une décision du 9 mai 2019 des Hôpitaux du Léman, son ancien employeur. Par une décision du 20 novembre 2020, l'EPSM 74 lui a indiqué que son cumul d'activité méconnaissait les dispositions du III de l'article 25 septies de la loi et lui a demandé de réintégrer ses fonctions en qualité de fonctionnaire à temps plein. M. B a bénéficié d'une disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er aout 2021 pour se consacrer à son activité libérale. Il a formé le 13 janvier 2022 une réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la décision du 20 novembre 2020.

Sur les conclusions à fins d'annulation de la décision du 18 mars 2022 :

2. La décision implicite née 18 mars 2022 de l'EPSM 74, rejetant la demande préalable indemnitaire du requérant reçue le 18 janvier 2022, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire de M B qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Aux termes de l'article L. 242-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie () "

4. Aux termes de l'article 17 du décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 relatif aux contrôles déontologiques dans la fonction publique. " L'autorité compétente peut s'opposer au cumul d'activités ou à sa poursuite, si l'intérêt du service le justifie, si les informations sur le fondement desquelles l'autorisation a été donnée ou celles communiquées dans la déclaration mentionnée à l'article 13 sont inexactes ou si ce cumul est incompatible avec les fonctions exercées par l'agent ou l'emploi qu'il occupe au regard des obligations déontologiques mentionnées au chapitre IV de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ou des dispositions de l'article 432-12 du code pénal. "

5. Aux termes du III de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 " Le fonctionnaire qui occupe un emploi à temps complet peut, à sa demande, être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à accomplir un service à temps partiel pour créer ou reprendre une entreprise et à exercer, à ce titre, une activité privée lucrative. /L'autorisation d'accomplir un service à temps partiel, qui ne peut être inférieur au mi-temps, est accordée, sous réserve des nécessités de la continuité et du fonctionnement du service et compte tenu des possibilités d'aménagement de l'organisation du travail, pour une durée maximale de trois ans, renouvelable pour une durée d'un an, à compter de la création ou de la reprise de cette entreprise. "

6. La décision du 20 novembre 2020 qui a mis fin pour l'avenir à l'autorisation du cumul du requérant, s'analyse en une décision d'abrogation de l'autorisation qui lui avait été délivrée le 9 mai 2019. Il est constant qu'à la date de la décision d'abrogation, M. B exerçait une activité libérale depuis plus de 4 ans, en méconnaissance des dispositions de l'article 25 septies précité. Par suite, son employeur a pu sans commettre d'erreur de droit abroger, sans condition de délai, l'autorisation de cumul dont bénéficiait le requérant.

7. Si M. B, fait valoir que la décision du 20 novembre 2020 méconnaît le principe d'égalité de traitement dès lors que trois agents dans la même situation que lui n'auraient pas fait l'objet d'une mesure similaire, il n'en justifie aucunement. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. La décision du 20 novembre 2020 n'étant pas entachée d'illégalité, les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions présentées par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'EPSM 74.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'EPSM 74 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Établissement public de santé mentale 74.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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