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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202958

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202958

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202958
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantCABINET CHOULET PERRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 1er juin 2022, M. K E, représenté par Me Gallo, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert chargé de se prononcer sur les causes et préjudices subis lors de sa chute le 21 octobre 2018 et dire si tous les soins prodigués au service des urgences du centre hospitalier de Crest ont été conformes aux données acquises de la science médicale ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Crest à une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de réserver les dépens.

Il soutient que l'expertise est nécessaire au regard de l'évolution de son état depuis sa prise en charge par le centre hospitalier de Crest.

Par un mémoire, enregistré le 21 juin 2022, M. D A et la Mutuelle assurances corps santé français (MACSF) représentés par Me Choulet demandent au juge des référés :

1°) de prendre acte qu'ils ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée, tout en émettant les réserves d'usage quant à la mesure sollicitée ;

2°) de désigner un expert spécialisé en radiologie et en médecine générale et interniste ;

3°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

4°) de dire à l'expert qu'il devra déposer un pré-rapport afin que les parties puissent faire valoir leurs observations ;

5°) de réserver les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 28 juin 2022, le centre hospitalier Métropole Savoie, représenté par Me Dumoulin demande au juge des référés :

1°) de prendre acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, tout en émettant les réserves d'usage quant à la mesure sollicitée ;

2°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

3°) de mettre à la charge du requérant les frais d'expertise.

Par des mémoires, enregistrés le 4 juillet et 5 septembre 2022 (ce dernier non communiqué), M. J M et M. C F, représentés par Me Mugnier demandent au juge des référés :

1°) à titre principal, de rejeter la requête en ce qui les concerne ;

2°) de condamner M. E à une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, compléter la mission de l'expert selon leurs dires ;

4°) de rejeter les autres demandes de M. E ;

5°) de mettre à la charge du requérant les frais d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le centre hospitalier de Crest et la société Yvelin Assurance, représentés par Me Laurence Ligas-Raymond demandent au juge des référés :

1°) de juger recevable l'intervention de la compagnie AXA France IARD en sa qualité d'assureur du centre hospitalier de Crest ;

2°) de mettre hors de cause la société Yvelin et de rejeter toutes les demandes formulées à son encontre ;

3)° de prendre acte qu'ils ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée, tout en émettant les réserves d'usage quant à la mesure sollicitée ;

4°) de compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

5°) de mettre à la charge du requérant les frais d'expertise ;

6°) de rejeter la demande du requérant présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) de réserver les dépens.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurances maladie du Puy de Dôme, au Dr I, au Dr G, au centre de réadaptation fonctionnelle et de soins Gustav Sander, au Dr B et au médipôle de Savoie qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que M. E a chuté le 28 octobre 2018, il a ensuite été pris en charge par le centre hospitalier de Crest.

4. La demande d'expertise présentée par M. E, relative à la conformité aux règles de l'art de sa prise en charge au centre hospitalier de Crest après sa chute et la détermination de ses préjudices présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.

6. La société Yvelin fait valoir sans être contredite qu'elle n'est pas l'assureur du centre hospitalier de Crest. Il y a lieu de la mettre hors de cause, ainsi qu'elle le demande. L'intervention de la compagnie AXA France IARD, assureur du centre hospitalier est admise.

7. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que soient utiles à la réalisation de l'expertise telle qu'elle est demandée par M. E la présence du Dr A et de son assureur la mutuelle assurances corps santé français, du Dr L, du centre de réadaptation fonctionnelle et de soins Gustav Zander, du Dr B, du centre hospitalier Métropole Savoie et du médipôle de Savoie auxquels aucune faute n'est imputée. En tout état de cause, il appartiendra à l'expert en cas de besoin de demander l'extension des opérations d'expertise.

8. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

9. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Sont mis hors de cause la société Yvelin, le Dr A, la mutuelle assurances corps santé français, le Dr L, le centre de réadaptation fonctionnelle et de soins Gustav Zander, le Dr B, le centre hospitalier Métropole Savoie et le médipôle de Savoie

Article 2 : Le docteur N H, domicilié 2 place du Revard à Aix-les-Bains (73100), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge à l'hôpital de Crest ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de l'intéressé, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. E et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles il a été prise en charge et soigné dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de M. E et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de M. E à l'hôpital de Crest, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de M. E et aux symptômes qu'il présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de M. E ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à l'intéressé une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard du requérant ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. E, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier de Crest, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. E, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de M. E est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. E devra être réexaminé en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de M. E, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont le requérant ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment s'il est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de M. E ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'hospitalisation du 28 octobre 2018 ;

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de M. E, du centre hospitalier de Crest, de la caisse primaire d'assurances maladie du Puy de Dôme, de Mme le docteur G, de Mme le docteur I et de la compagnie AXA France IARD,

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de dix mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. K E, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Dôme, au centre hospitalier de Crest, à Mme le docteur G, à Mme le docteur I, à la société Yvelin assurance, à la compagnie AXA France IARD, à M. le docteur A, à la Mutuelle assurances corps santé français (MACSF), au docteur. M, au centre de réadaptation fonctionnelle et de soins Gustav Zander, à M. le docteur B, au centre hospitalier d'Aix-les-Bains Métropole Savoie, à Médipole de Savoie et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 25 octobre 2022.

Le président,

Jean-Paul WYSS

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie et au préfet de la Drôme chacun en ce qui les concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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