jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203071 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 7 |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 mai 2022, 7 décembre 2022 et 1er juillet 2024, M. B A, représenté par la SELARL Arbor, Tournoud et Associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2020 à raison d'un immeuble situé 110 route de la Gorge à Vaulnaveys-le-Haut (Isère) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'assiette de la taxe est erronée dès lors qu'aucun appartement n'est présent sur sa propriété ;
- sa maison devait être classée en catégorie 6 et non en catégorie 5, conformément aux règles énoncées aux paragraphes n° 80, 90, 100 et 110 du BOI-IF-TFB-20-10-20-30 ;
- le coefficient d'entretien prévu à l'article 324 Q de l'annexe III au code général des impôts devait être fixé à 1 ;
- le coefficient de situation particulière devait être évalué à -0,10 ;
- le correctif d'ensemble devrait ainsi être fixé à 0,9 ;
- compte tenu d'une surface corrigée de 171 m² et des équivalences superficielles de 64 m², la surface pondérée totale est de 235 m² ;
- le local de référence qui doit être retenu est le n°10, correspondant à la catégorie 6, dont le tarif s'élève à 4,12 euros par mètre carré ;
- la valeur locative 1970 de sa maison peut être fixée à 968 euros et celle de son garage à 42 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 octobre 2022 et 27 juin 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens tirés de l'erreur de classement dans la catégorie, de coefficient d'entretien et de coefficient de situation ne sont pas fondés ;
- en intégrant les équivalences superficielles déclarées en cours d'instance et compte tenu des surfaces réelles et pondérée des différentes pièces, la valeur locative nouvelle est supérieure à celle qui a été retenue.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été assujetti à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020 à raison d'un immeuble situé 110 route de la Gorge à Vaulnaveys-le-Haut (Isère) dont il est propriétaire. Par une réclamation contentieuse du 30 juin 2021, il a sollicité une révision de la valeur locative de son bien et le dégrèvement correspondant. En l'absence de réponse, il demande au tribunal de prononcer la réduction de cette taxe.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1494 du même code : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties () est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte. ". Aux termes de l'article 1415 de ce code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes du I de l'article 1406 du code : " Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. () ".
3. Il résulte de l'instruction que l'assiette de la taxe foncière à laquelle M. A a été assujettie comprend une maison d'habitation d'une surface de 100 m2 située sur la parcelle AH656 et deux appartements de 63 m2 et 70 m2 situés sur la parcelle AH657. Cette imposition a été établie conformément à la consistance de l'immeuble telle qu'elle a été décrite dans les déclarations H1 et H2 souscrites en septembre 2013. Si le requérant soutient que son bien était en réalité constitué uniquement d'une maison d'habitation d'une surface de 227 m2 et d'un garage de 52 m2 situés sur la parcelle AH656 et ne comprenait aucun appartement, la déclaration H1 rectificative qu'il a souscrite en cours d'instance, le 27 octobre 2022, n'est pas de nature à justifier de la consistance effective de l'immeuble à la date du 1er janvier 2020. L'extrait de l'acte d'acquisition dont le requérant se prévaut est également sans valeur probante dès lors qu'il n'est pas daté et que rien ne permet de déterminer si la description du bien qu'il comporte correspond à la situation existante au 1er janvier de l'année d'imposition en litige. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été imposé à raison de deux appartements qui n'existaient pas.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1495 du code général des impôts : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation ". Aux termes du I de l'article 1496 du même code : " La valeur locative des locaux affectés à l'habitation ou servant à l'exercice d'une activité salariée à domicile est déterminée par comparaison avec celle de locaux de référence choisis, dans la commune, pour chaque nature et catégorie de locaux. ". Aux termes de l'article 324 G de l'annexe III à ce code : " I. - La classification communale consiste à rechercher et à définir par nature de construction (maisons individuelles immeubles collectifs dépendances bâties isolées) les diverses catégories de locaux d'habitation existant dans la commune ". L'article 324 H de la même annexe prévoit une nomenclature-type comportant huit catégories pour établir la classification communale des locaux d'habitation.
5. M. A conteste le classement de sa maison d'habitation dans la catégorie 5 et soutient qu'elle devrait être classée en catégorie 6.
6. D'après le procès-verbal de la commune de Vaulnaveys-le-Haut, les caractéristiques relatives à la catégorie 5 pour les maisons individuelles sont, s'agissant de l'aspect architectural de l'immeuble, une bonne apparence mais un aspect banal de la façade ou aspect particulier, s'agissant de la nature et de la qualité des matériaux mis en œuvre, l'utilisation de matériaux d'assez bonne qualité, s'agissant de la conception générale des locaux, une conception convenable avec au moins une pièce de réception et une salle d'eau, enfin, s'agissant des équipements usuels, la présence d'une baignoire ou douche et d'un chauffage central. Pour la catégorie 6, les caractéristiques sont, s'agissant de l'aspect architectural de l'immeuble, un aspect ordinaire ou particulier, s'agissant de la nature et de la qualité des matériaux mis en œuvre, l'utilisation de matériaux de qualité courante, s'agissant de la conception générale des locaux, des pièces de dimensions moyennes dans l'ancien, avec une distribution peu étudiée, une salle à manger et une petite salle d'eau, enfin, s'agissant des équipements usuels, la présence d'une douche en général, d'un wc intérieur et l'absence de chauffage central en général.
7. Il ressort de l'instruction, notamment de la déclaration H1 produite par le directeur départemental des finances publiques de l'Isère en défense, que la maison d'habitation comprenait une salle de réception, deux chambres, une cuisine de plus de 9 m2 et des éléments secondaires tels d'un garage, une cave ou celliers, un grenier et une terrasse. Elle disposait de deux wc, de deux baignoires, d'un lavabo et était équipée d'un chauffage. Elle était construite en pierre et sa toiture était constituée de tuiles. Les photographies produites à l'instance témoignent en outre d'une construction présentant une bonne apparence bien que la façade soit d'un aspect banal. Si le requérant fait valoir que les gros murs seraient construits en agglomérés peu isolants, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation alors que, comme il a été dit, la déclaration H1 initiale faisait état d'une construction en pierres. Il n'apporte pas davantage d'élément de nature à établir que la surface de chaque pièce serait réduite, alors qu'une telle situation ne ressort pas du nombre de pièces existantes rapporté à la surface réelle totale de l'habitation. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le classement en catégorie 5 serait erroné, sans que le requérant ne puisse utilement se prévaloir des paragraphes 80 à 110 de l'instruction BOI-IF-TFB-20-10-20-30 qui ne comportent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application. Le moyen tiré ce que pourrait être retenu comme local de référence le local n° 10 correspondant à la catégorie 6 n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
8. En troisième lieu, aux termes du I de l'article 324 L de l'annexe III : " Dans la maison ou la partie principale des locaux des immeubles collectifs, on distingue, le cas échéant : / a. Les pièces, telles que salles à manger, pièces de réception diverses, chambres, pièces à usage professionnel, cuisines, et leurs annexes, telles que salles d'eau (salles de bains, de douches ou cabinets de toilette avec eau courante), cabinets d'aisance, entrée, couloirs, antichambre, à l'exclusion des éléments énumérés au b ; b. Les garages, buanderies, caves, greniers, celliers, bûchers et autres éléments de même nature, ainsi que les terrasses et toitures-terrasses accessibles () ". Aux termes de l'article 324 M de la même annexe : " La surface pondérée des locaux de référence est déterminée en appliquant à leur surface réelle, mesurée au sol entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur, les correctifs prévus aux articles 324 N à 324 S. ". Aux termes du I de l'article 324 T : " La surface pondérée totale de la partie principale est obtenue en ajoutant à sa surface pondérée nette les surfaces représentatives des éléments d'équipement en état de fonctionnement. Ces équivalences superficielles sont déterminées conformément au barème suivant : / Eau courante : 4 mètres carrés ; / Gaz (en cas d'installation fixe) : 2 mètres carrés ; / Electricité (par installation quelle que soit l'utilisation du courant) : 2 mètres carrés ; / Installation sanitaire (éviers et w.-c. exclus): / Par baignoire : 5 mètres carrés ; / Par receveur de douches ou bac à laver : 4 mètres carrés. / Par lavabo et autre appareil sanitaire : 3 mètres carrés ; / W.-C. particulier (par unité) : 3 mètres carrés ; / Egout (raccordement au réseau d') par local : 3 mètres carrés ; / Vide-ordures (que celui-ci soit particulier au local ou commun à l'étage) : 3 mètres carrés ; / Chauffage central, par pièce et annexe d'hygiène (que l'installation soit particulière au local ou commune aux différents locaux de l'immeuble) : 2 mètres carrés. ".
9. Il n'est pas contesté que les équivalences superficielles sur la base desquelles a été établie l'imposition en litige sont celles qui ressortaient des déclarations H1 et H2 souscrites en septembre 2013. Comme il a été dit au point 3, la déclaration rectificative souscrite par le requérant en cours d'instance ne permet pas d'établir que les équivalences superficielles du bien devaient être fixées à 64 m2 comme il le soutient et le requérant n'apporte aucun autre élément de nature à démontrer que la détermination des équivalences superficielles ayant servi à établir l'imposition serait erronée.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 324 P de l'annexe III au code général des impôts : " La surface pondérée comparative de la partie principale augmentée, le cas échéant, en ce qui concerne la maison, de la surface pondérée brute des éléments visés au b du I de l'article 324 L, est affectée d'un correctif d'ensemble destiné à tenir compte, d'une part, de l'état d'entretien de la partie principale en cause, d'autre part, de sa situation. Ce correctif est égal à la somme algébrique des coefficients définis aux articles 324 Q et 324 R ". En vertu du barème figurant à l'article 324 Q, le coefficient d'entretien de 1,10 correspond à un état d'entretien " Assez bon - construction n'ayant besoin que de petites réparations " et celui de 1 à " Passable - Construction présentant, malgré un entretien régulier, des défauts permanents dus à la vétusté, sans que ceux-ci compromettent les conditions élémentaires d'habitabilité ".
11. Si M. A conteste le coefficient d'entretien de 1,10 affecté à sa maison d'habitation, il ne fait là aussi valoir aucun élément à l'appui de sa prétention alors que les photographies produites à l'instance montrent à l'inverse un immeuble dont l'apparence est en assez bon état. Notamment il n'est pas établi que l'immeuble présenterait des défauts permanents dus à la vétusté, dont la nature n'est d'ailleurs pas précisée. La seule circonstance que l'immeuble ait été construit en 1850 ne suffit pas à justifier à elle seule l'application d'un coefficient de 1. Par suite, à défaut d'autres éléments, le requérant n'est pas fondé à demander que le coefficient d'entretien soit ramené à 1 ni à un niveau inférieur.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 324 R de l'annexe III au code général des impôts : " Le coefficient de situation est égal à la somme algébrique de deux coefficients destinés à traduire, le premier, la situation générale dans la commune, le second, l'emplacement particulier () ". Selon le barème indiqué par ces dispositions, un coefficient de 0 correspond à une " situation ordinaire, n'offrant ni avantages ni inconvénients ou dont les uns et les autres se compensent ", tandis qu'un coefficient de -0,05 correspond à une " situation médiocre, présentant des inconvénients notoires en partie compensés par certains avantages " et un coefficient de -0,10 correspond à une " situation mauvaise, présentant des inconvénients notoires sans avantages particuliers ".
13. En se bornant à faire valoir qu'il subit les nuisances sonores dues au passage des véhicules de l'usine située sur sa propriété à proximité immédiate de sa maison, sans apporter la moindre indication quant à la fréquence de ces passages et l'intensité des nuisances en résultant, ni même préciser la nature de l'activité de cette usine, M. A ne met pas à même le tribunal d'apprécier si le coefficient de situation particulière appliqué à son bien est surévalué et, notamment, doit être ramené, comme il le prétend, à -0,10.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la demande de décharge présentée par M. A doit être rejetée.
Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
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01/06/2026