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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203368

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203368

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Cans pour M. et Mme C.

1. M. et Mme C, ressortissants kosovars, sont entrés en France le 3 juin 2019, sous couvert de leur passeport, avec leurs deux filles mineures. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 février 2020 et par la Cour nationale du droit d'asile le 17 septembre 2020. Ils ont obtenu des autorisations provisoires de séjour en qualité de parents d'enfant malade, valable jusqu'au 15 septembre 2021, dont ils ont sollicité le renouvellement le 7 septembre 2021. Par l'arrêté contesté, le préfet de la Savoie a refusé de leur accorder ce renouvellement et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

2. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, ainsi que l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine.

5. Le collège de médecins de l'OFII, dans un avis du 5 novembre 2021, a estimé que l'état de santé de la fille cadette des requérants, atteinte de mucoviscidose, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que le traitement approprié était disponible au Kosovo, pays vers lequel elle peut voyager sans risques. Toutefois, les requérants produisent un extrait d'un article du blog de l'association Mucobile en date du 18 mai 2016, qui relate une visite à l'hôpital de Pristina au Kosovo, une attestation de l'association pour les malades de la fibrose kystique au Kosovo en date de février 2022, et un article de presse, selon lesquels les médicaments constituant le traitement de base contre la mucoviscidose, tels que Créon, Adek et Pulmozyme, se font très rares au Kosovo. Ces documents font état des difficultés matérielles et financières des familles à se les procurer. De plus, l'ordonnance du CHU de Pristina au Kosovo du 15 janvier 2018 signalait d'ores et déjà l'indisponibilité du médicament Adek prescrit à la fille des requérants. Le compte rendu médical du 22 mars 2022, émanant de ce même CHU, rapporte l'indisponibilité de Créon et Pulmozyme, indispensables aux soins de cette enfant. Ces deux médicaments lui sont en effet toujours prescrits, comme en témoigne la récente ordonnance d'un médecin français en date du 30 mars 2022. Dans ces conditions, ces éléments concordants, précis et circonstanciés apportés par les requérants sont de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII s'agissant de la disponibilité du traitement. Les requérants sont donc fondés à invoquer la méconnaissance de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation des arrêtés contestés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Savoie délivre aux requérants des autorisations provisoires de séjour, au titre de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette mesure d'exécution doit être prescrite, assortie d'un délai d'exécution d'un mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Cans au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :Les arrêtés du 1er février 2022 sont annulés.

Article 2 :

Article 3 :

Article 4 :Il est enjoint au préfet de la Savoie de délivrer aux requérants des autorisations provisoires de séjour dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

L'Etat versera à Me Cans une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme B D épouse C, à Me Cans et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 12 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

Le président, rapporteur,

C. A

La première assesseure,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2203369

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