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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204216

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204216

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204216
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLAMY LEXEL AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 juillet 2022 et le 9 mars 2023, la SAS Novaprofil, représentée par le cabinet Lamy Lexel avocats associés, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la pénalité de 234 022 euros mise à sa charge sur le fondement du 4 de l'article 1788 A du code général des impôts ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle soutient que :

- elle n'avait aucune intention frauduleuse ;

- la responsabilité du manquement incombe à son expert-comptable ;

- la sanction qui lui est infligée est disproportionnée et contraire à l'article 49 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi qu'à l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée et contraire à l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- l'autoliquidation devenue obligatoire de la taxe sur la valeur ajoutée l'aurait empêchée de commettre l'omission en litige et devrait faire obstacle à l'infliction de la pénalité en litige.

Par des mémoires en défense enregistrés le 9 janvier et le 3 juillet 2023, le directeur du contrôle fiscal centre-est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,

- les observations de Me Oliveira, représentant la SAS Novaprofil.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Novaprofil, qui exerce une activité de négoce de métaux d'origine extracommunautaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, à l'issue de laquelle elle s'est vu notifier, par une proposition de rectification du 22 décembre 2020, des rehaussements en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés, ainsi que l'infliction de la pénalité pour absence de mention de la taxe sur la valeur ajoutée déductible sur ses formulaires déclaratifs, en application du 4 de l'article 1788 A du code général des impôts. Cette pénalité a été mise en recouvrement le 15 septembre 2021 pour un montant de 234 022 euros. Après le rejet, le 4 mai 2022, de la réclamation qu'elle avait formée le 12 octobre 2021, la SAS Novaprofil sollicite la décharge de cette pénalité.

2. Aux termes de l'article 287 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est tenu de remettre au service des impôts dont il dépend et dans le délai fixé par arrêté une déclaration conforme au modèle prescrit par l'administration () ". Aux termes du 4 de l'article 1788 A du même code : " Lorsqu'au titre d'une opération donnée le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est autorisé à la déduire, le défaut de mention de la taxe exigible sur la déclaration prévue au 1 de l'article 287, qui doit être déposée au titre de la période concernée, entraîne l'application d'une amende égale à 5 % de la somme déductible () ".

3. Aux termes de l'article 49 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit national ou le droit international. De même, il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'infraction a été commise. Si, postérieurement à cette infraction, la loi prévoit une peine plus légère, celle-ci doit être appliquée. / () / 3. L'intensité des peines ne doit pas être disproportionnée par rapport à l'infraction. ". Ces stipulations du droit communautaire imposent aux Etats membres le respect des principes de légalité et de proportionnalité des délits et des peines, ainsi que du principe de rétroactivité in mitius de la loi pénale, identiques à ceux résultant en droit interne, des dispositions de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel.

4. En premier lieu, les dispositions de l'article 1788 A du code général des impôts sanctionnent le manquement à l'obligation de déclarer la taxe sur la valeur ajoutée exigible au titre d'une opération relevant du régime de l'autoliquidation d'une amende fiscale égale à 5 % de la somme que le redevable est en droit de déduire. Ces dispositions ont essentiellement pour objet, dans un cas où la taxe non déclarée est elle-même immédiatement déductible, de dissuader les redevables de la taxe d'omettre de s'acquitter avec exactitude de leurs obligations déclaratives, afin de permettre le bon fonctionnement des procédures d'échanges d'informations entre administrations fiscales des Etats membres de l'Union européenne et, ce faisant, de lutter contre la fraude fiscale. En fixant le montant de l'amende encourue en proportion des sommes que le redevable est en droit de déduire au titre des opérations non déclarées, le législateur a retenu une assiette en rapport avec les manquements réprimés. En appliquant à ce montant un taux de 5 %, les dispositions contestées ont retenu un montant proportionné à la gravité de ces manquements, laquelle s'apprécie à raison de l'importance des sommes non déclarées. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société requérante, ces dispositions, alors même qu'elles ne confèrent pas au juge un pouvoir de modulation, ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'article 49 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que ces dispositions ne sauraient non plus, au regard de l'objectif qu'elles poursuivent, être regardées comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect des biens garanti par les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 771-3 du code de justice administrative : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé () ". Aux termes de l'article R. 771-4 du même code : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 et R. 612-1. ".

7. Si la société requérante soutient que les dispositions précitées de l'article 1788 A du code général des impôts méconnaissent l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, un tel moyen, qui conteste la conformité d'une disposition législative aux droits et libertés garantis par la Constitution sans être présenté par un mémoire distinct, est irrecevable, en application des dispositions des articles R. 771-3 et R. 771-4 du code de justice administrative.

8. En quatrième lieu, la société requérante soutient que le montant de l'amende qui lui a été infligée serait disproportionné. Le juge de l'impôt exerce un plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration pour appliquer l'amende et décide, selon les résultats de ce contrôle, soit de maintenir cette amende, soit d'en prononcer la décharge.

9. En l'espèce, la SAS Novaprofil s'est vu infliger une amende d'un montant total de 234 022 euros pour les trois exercices clos en 2017, 2018 et 2019, représentant 5 % de la taxe sur la valeur ajoutée autoliquidée qu'elle a omis de déclarer sur ces trois mêmes exercices. Elle ne conteste ni l'omission déclarative qui lui est reprochée, ni le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible sur les exercices en cause. Ainsi, alors même que le montant de l'amende est important au regard des résultats des trois exercices concernés et qu'il s'agit du premier manquement constaté, il n'est pas disproportionné.

10. En cinquième lieu, si la société requérante estime pouvoir bénéficier, compte tenu de la réforme du régime d'autoliquidation de la taxe sur la valeur ajoutée postérieure à la période contrôlée, du principe d'application immédiate de la loi répressive moins sévère, cette circonstance, qui n'abroge pas l'incrimination en cause ni n'abaisse le taux de la sanction applicable, est en tout état de cause insusceptible d'affecter le principe et le quantum de l'amende qui lui a été infligée. La requérante n'est ainsi pas fondée à solliciter le bénéfice de la rétroactivité in mitius.

11. En sixième et dernier lieu, pour obtenir la décharge de cette pénalité qui présente un caractère objectif, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de sa bonne foi ou de ce que l'erreur de déclaration en litige serait le fait de son comptable.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Novaprofil doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Novaprofil est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Novaprofil et au directeur du contrôle fiscal centre-est.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

Le rapporteur,

G. LEFEBVRE

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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