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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204719

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204719

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204719
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL LIGAS-RAYMOND PETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 26 juillet 2022, M. B D, représenté A Me Roxane Vigneron, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative une expertise médicale chargée de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge A le centre hospitalier universitaire (CHU) Grenoble Alpes entre le 29 août et le 15 novembre 2021 suite à une chute ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la mesure d'expertise présente une utilité dès-lors qu'elle permettra de déterminer les responsabilités dans les préjudices qu'il a subi suite à sa prise en charge A le CHU Grenoble Alpes entre le 29 août et le 15 novembre 2021.

A un mémoire enregistré le 2 août 2022, l'Office National d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté A le SCP Saidji et Moreau, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de le mettre hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, de prendre acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée ;

3°) compléter la mission de l'expert selon ses dires ;

4°) réserver les dépens.

A un mémoire en défense, enregistrés le 9 septembre 2022, le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, représenté A Me Ligas-Raymond demande au juge des référés :

1°) de prendre acte qu'il conteste toute responsabilité qui lui serait imputée ;

2°) de prendre acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée ;

3°) de dire que l'expert adressera un pré-rapport aux parties, aux termes duquel il recueillera leurs observations et dires dans un délai de quarante jours, avant de rendre son rapport définitif ;

4°) dire que l'expert ne convoquera pas les parties tant que le relevé détaillé de la caisse primaire d'assurances maladie du Rhône n'aura pas été communiqué ;

5°) dire que le demandeur devra donner lui donner l'autorisation de communiquer son dossier médical à l'expert et aux parties dans le respect du contradictoire ;

6°) de mettre les frais de l'expertise à la charge du requérant.

Il soutient que :

- sa responsabilité dans les préjudices du requérant ne sont pas démontrés ;

- le lien de causalité entre l'infection dont a été victime M. D et le défaut de surveillance du CHU n'est pas établi.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La demande d'expertise présentée A M. D, relative aux causes et conséquences de sa prise en charge A le CHU Grenoble Alpes entre le 29 août et le 15 novembre 2021, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il ne résulte pas de l'instruction que la présence de l'ONIAM serait inutile à la bonne réalisation de l'expertise sollicitée. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à la demande de M. D dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. A ailleurs, l'expertise constituant une simple mesure d'instruction, elle ne préjuge pas des responsabilités éventuellement mobilisables.

5. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés A ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur C E, domicilié clinique du Val d'Ouest à Ecully (69130), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge au CHU Grenoble Alpes ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°- décrire l'état de santé de M. D et les conditions dans lesquelles il a été prise en charge, soigné et suivi A cet établissement ;

3°- préciser l'état actuel de M. D et se prononcer sur l'origine de cet état ;

4°- donner son avis sur la prise en charge de M. D A le CHU Grenoble Alpes, dire si les intervention et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, s'ils étaient pertinents et adaptés à l'état de M. D et exécutés conformément aux règles de l'art ;

5°- de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux ou les actes de soins ont été commis lors de la prise en charge de M. D; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à M. D une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6° rechercher si le dommage est imputable à la survenue d'un accident médical et , dans l'affirmative, se prononcer sur la fréquence, le caractère habituel ou prévisible de telles conséquences et déterminer les préjudices éventuellement en rapport avec cet accident ;

7°- déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec les manquements reprochés au CHU Grenoble Alpes, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec toute autre cause extérieure ;

8°- déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. D, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; dire si l'état de M. D est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°- à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. D devra être réexaminé en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°- préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures ;

11°- préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont le requérant ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ;

12°- de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. B D, du centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique A le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, au centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, à l'Office National d'indemnisation des accidents médicaux à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 22 novembre 2022.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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