Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204907

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204907
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSANTONI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme A contestant le remboursement d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 8 425,09 euros. La demande de remise gracieuse de la dette a été jugée irrecevable car l’indu résultait d’une manœuvre frauduleuse, constatée par un jugement définitif du tribunal administratif, ce qui plaçait l’administration en situation de compétence liée pour refuser toute remise en application de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles. La demande subsidiaire de réduction des mensualités à 80 euros a également été rejetée faute de précisions suffisantes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Santoni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juin 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a mis en place le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 425,09 euros par retenues mensuelles sur prestations futures d'un montant de 250 euros ;

2°) de prononcer la remise totale de sa dette ;

3°) à titre subsidiaire, de fixer à 80 euros le montant du remboursement mensuel ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Isère une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa dette n'est pas frauduleuse ;

- par suite, et compte tenu de ses ressources, elle a droit à la remise totale de sa dette ;

- à titre subsidiaire, le montant des remboursements doit

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le caractère frauduleux de la dette de Mme A a été reconnu tant par le tribunal administratif que par le tribunal judiciaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ; / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ".

2. Aux termes du neuvième alinéa l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

3. Il résulte de l'instruction que, par un jugement du 28 février 2018 devenu définitif, le tribunal administratif de Grenoble a confirmé le caractère frauduleux de la créance de Mme A et cette appréciation a d'ailleurs été reprise par un jugement du tribunal d'instance de Grenoble du 16 août 2018. Par suite et en tout état en cause, la demande de remise gracieuse de Mme A du 18 avril 2022 ne pouvait qu'être rejetée, l'administration se trouvant en situation de compétence liée.

4. Si Mme A fait valoir à titre subsidiaire que le montant mensuel du prélèvement doit être ramenée à 80 euros comme étant plus conforme à son budget, ce moyen n'est manifestement pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée par application des 4° et 7° précités de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 30 octobre 2024.

Le président,

J. P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.