vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204910 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2022, Mme C B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 mai 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu de prime d'activité d'un montant de 1 813,92 euros pour la période d'octobre 2019 à septembre 2020 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cette dette ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Savoie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de signature ;
- les retenues pratiquées méconnaissent le caractère suspensif du recours posé par l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;
- la décision est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne mentionne pas les bases de calcul, les bases de liquidation et le montant de l'indu ;
- l'administration a manqué à son devoir d'information en application des dispositions de l'article L. 583-1 du code de la sécurité sociale ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation car l'indu provient d'une erreur des services de la caisse d'allocations familiales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, la caisse d'allocations familiales de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est allocataire de la prime d'activité. Par une décision du 18 août 2021, la caisse d'allocations familiales de la Savoie lui a notifié un indu de prestations sociales d'un montant global de 1 057,35 euros comprenant un indu de prime d'activité. Mme B a contesté le bien-fondé de cette dette par un recours préalable rejeté par la commission de recours amiable le 9 mai 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime d'activité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application des dispositions précitées de l'article
L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision, la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
4. Mme B soutient ne pas avoir eu connaissance des bases de liquidation, des bases de calcul ainsi que du montant de l'indu. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de la Savoie lui a notifié un indu de " prestations familiales " d'un montant de 1 057,35 euros comprenant un indu de prime d'activité par une décision du 18 août 2021. L'intéressée a contesté le bien-fondé de cette dernière créance devant la commission de recours amiable qui a rejeté son recours préalable par une décision du 9 mai 2022 laquelle ne mentionne à aucun moment le montant de l'indu. Par ailleurs, il ressort des écritures en défense de la caisse que l'indu litigieux de prime d'activité s'élève à 1 813,92 euros. Or cette somme et d'une part supérieure à la notification initiale et n'est mentionnée dans aucune décision ou courrier adressé à la requérante de sorte qu'elle n'a jamais été en mesure de connaître le montant de la dette qui lui est réclamée. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.
5. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 9 mai 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu de prime d'activité de 1 813,92 euros pour la période d'octobre 2019 à avril 2020.
Sur les retenues :
6. Mme B soutient à l'appui de sa requête que les retenues pratiquées méconnaissent le caractère suspensif du recours. Toutefois, un tel moyen est insusceptible de se rattacher aux conclusions dirigées contre une décision rejetant son recours préalable et confirmant un indu de prime d'activité. Il doit donc être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il résulte de la décision de la commission de recours amiable que Mme B a adressé son recours à la caisse d'allocations familiales le 22 août 2021 et que les retenues ont été pratiquées sur les prestations versées à l'intéressée le 18 août 2021 soit antérieurement à ce recours auquel les dispositions de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale ont entendu conférer un caractère suspensif.
Sur les conséquences de l'annulation :
7. Eu égard au motif de l'annulation, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Savoie de reprendre régulièrement une nouvelle décision avant le 31 août 2024. A défaut d'une nouvelle décision expresse et régulière avant cette date, il y a lieu de décharger Mme B de l'obligation de payer la somme de 1 813,92 euros et d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de procéder au remboursement des sommes prélevées en remboursement de cet indu avant le 30 septembre 2024.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Savoie du 9 mai 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Savoie de reprendre régulièrement une nouvelle décision expresse avant le 31 août 2024. A défaut pour elle de justifier de la prise d'une telle mesure avant cette date, il y a lieu de décharger Mme B de l'obligation de payer la somme de 1 813,92 euros et d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de procéder au remboursement des sommes prélevées en remboursement de cet indu avant le 30 septembre 2024.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le président,
J-P. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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