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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205467

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205467

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL BALLALOUD-ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I° Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août 2022 et le 13 septembre 2022, le Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve (MEHVA) représenté par Me Tête, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté n° 74 17321 00037 relatif à la construction d'un télésiège débrayable (dit télésiège des Crêtes) et à l'aménagement d'une piste de ski associée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge la commune de Megève ou de la société anonyme des remontées mécaniques de Megève une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, la commune de Megève représentée par Me Antoine, conclut au rejet de la requête et que soit mise à la charge du Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, la société anonyme des remontées mécaniques de Megève représentée par la SARL Ballaloud et associés, conclut au rejet de la requête et que soit mise à la charge de l'association MEHVA une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

II° Par une requête et un mémoire en défense enregistrés le 30 août 2022 et le 14 septembre 2022, Mme C G, M. F G et Mme E D, représentés par Me Giraudon, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté n° 74 17321 00037 relatif à la construction d'un télésiège débrayable (dit télésiège des Crêtes) et à l'aménagement d'une piste de ski associée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge la commune de Megève une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, la commune de Megève représentée par Me Antoine, conclut au rejet de la requête et que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, la société anonyme des remontées mécaniques de Megève représentée par la SARL Ballaloud et associés, conclut au rejet de la requête et que soit mise à la charge des requérants une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requêtes enregistrées sous les numéros 2201337 et 2201313 par lesquelles le Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve et les Consorts G demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rouyer, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

Me Tête représentant Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve ;

Me Giraudon représentant les consorts G ;

Me Boiron et Me Antoine, représentant la commune de Megève ;

Me Planchet, représentant la société anonyme des remontées mécaniques de Megève.

Considérant ce qui suit :

1. Les deux requêtes susvisées sont dirigées contre le même arrêté du maire de Megève et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu d'y statuer par la même ordonnance.

2. Les statuts produits par Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve dans la cadre de la présente instance de référé, mentionnent qu'un des buts de l'association est de sauvegarder les milieux naturels, la flore et la faune et, à cette fin, plus précisément de lutter contre la construction de remontées mécaniques. Il a été indiqué dans les écritures de l'arrêté et lors de l'audience que cette volonté était encore plus nécessaire dans un contexte de réchauffement climatique, de déficit d'enneigement en dessous de 2 000 mètres d'altitude et de raréfaction de la ressource en eau. Aucun argument convaincant ne permet de ne pas prendre en compte ces statuts de 2011. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense contre les conclusions du Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve doit être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " ;

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue ; les travaux autorisés par l'arrêté en litige ont déjà commencé et nulle raison convaincante n'est invoquée pouvant faire obstacle à ce que la condition d'urgence ne soit pas reconnue.

5. Les auteurs des deux requêtes soutiennent que l'étude d'impact du projet est notoirement insuffisante en ce qu'elle n'a pas été actualisée pour prendre en compte les évolutions du projet et ses véritables incidences sur l'environnement. Ce moyen, tiré de la violation des dispositions de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement et de celles de l'article R. 122-5 II e) paraît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Pour leur part, les consorts G et D soutiennent en outre que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-14 du code de l'urbanisme et de l'article L. 241-1 du code de l'environnement (rubriques 2.2.1.0, 3.1.2.0 et 3.1.2.1, ainsi que 3.3.1.0) car aucun élément ne permet de dire que le pétitionnaire ait obtenu les autorisations correspondantes au titre de la loi sur l'eau ;

- la construction de la gare de départ du télésiège dans le lit d'un cours d'eau, avec un remblai important, pouvant créer des embâcles ou être emportée en cas de crue, témoigne d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le projet étant d'ailleurs situé dans une zone rouge du plan de préventions des risques naturels ;

- dans ces conditions, le projet n'est pas compatible avec l'OAP patrimoniale du plan local d'urbanisme, laquelle prévoit la protection du caractère naturel des berges et le maintien de la couverture végétale. Ceci dans la mesure où la construction de la gare et l'édification du remblai entraîneront la destruction partielle de la ripisylve, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme.

Ces trois moyens sont également de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il y a lieu de préciser que, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens des requêtes ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté. Il s'agit pour mémoire, en ce qui concerne la requête n° 2205467, de l'absence de communication de l'étude d'impact ; des moyens relatifs à l'incomplétude du dossier, de la violation du principe de l'unicité du permis de construire, du fait que le projet n'est pas situé dans la zone N1s, de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme, de la violation du plan de prévention des risques naturels et de l'erreur manifeste d'appréciation. En ce qui concerne la requête 2205530, il s'agit des moyens relatifs à la méconnaissance des dispositions des articles N2, N4 et N13 du plan local d'urbanisme, la violation du plan de prévention des risques naturels, l'absence de mesures compensatoires et l'absence de raison impérative d'intérêt public majeur justifiant la destruction d'espèces protégées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les conclusions de la commune de Megève et de la société anonyme des remontées mécaniques de Megève ne peuvent qu'être rejetées. Les conclusions du Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve doivent également l'être en tant qu'elles ne visent pas une partie en particulier, ni ne demandent de condamnation solidaire. Il y a lieu en revanche de condamner la commune de Megève à verser la somme globale de 2 000 euros à Mme C G, M. F G et Mme E D.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Megève en date du 5 janvier 2022 est suspendue.

Article 2 : La commune de Megève versera une somme de 2 000 euros à Mme C G, M. F G et Mme E D.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au Mouvement environnemental de la Haute-Vallée de l'Arve, et à Mme E D en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Megève et à la société anonyme des remontées mécaniques de Megève.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Haute-Savoie et au Procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Bonneville.

Fait à Grenoble, le 20 septembre 2022.

Le juge des référés,

P. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2205530

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