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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205536

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205536

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 6
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août et 21 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et ce dans un délai de 30 jours à compter du jugement ;

2°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du jugement ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B A soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il n'est pas motivé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

-il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant fixation du pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, la Préfecture de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 septembre 2022 :

- Le rapport de M. C

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 25 janvier1977, de nationalité albanaise, déclare être entrée de manière régulière, munie d'un passeport, sur le territoire français le 15 juillet 2021. Le 29 juillet 2021, la requérante a formulé une demande d'asile auprès de la Préfecture de l'Isère. Sa demande d'asile a été instruite par l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) en procédure accélérée. Le 25 mars 2022, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 30 juin 2022, le Préfet de l'Isère a prononcé, à l'encontre de l'intéressée, une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par requête introduite le 30 août 2022, Mme B A en sollicite l'annulation.

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ()". Aux termes de son article L. 542-2 : " Par dérogation à l'article L. 542- 1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1°Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5o de l'article L. 531-27 ". Aux termes de son article L. 531-24 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1o Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Par une décision rendue le 8 septembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire à l'époux de l'intéressée ainsi qu'à sa fille. Ces derniers bénéficient du droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions rappelées au point 3. Il s'ensuit que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme B A, qui remettrait en cause la cellule familiale, porterait une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale en France. Par suite, elle est fondée à demander l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas".

7. Conformément à ces dispositions combinées à celles de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Isère délivre à Mme B A une autorisation provisoire de séjour et statue à nouveau sur sa situation. Par suite, il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens pour la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et le réexamen de situation administrative. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2er : L'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a obligé Mme B A à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B A le temps de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Pierot et à la Préfecture de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

C. CLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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