lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205867 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er septembre 2022 et le 10 juin 2024, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal dans le dernier état de ses
écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 900 euros par mois sans hébergement majorée de 50 euros tous les deux mois à compter du 21 mars 2022 ainsi que les intérêts légaux, en réparation des préjudices liés à ses troubles dans les conditions d'existence subis du fait de la carence de l'Etat à lui proposer un hébergement ainsi que de 7 800 euros au titre du préjudice moral ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en s'abstenant de lui faire une proposition d'hébergement adapté à ses besoins dès lors qu'il a été reconnu prioritaire et devant être hébergé d'urgence ;
- cette situation lui a causé des préjudices de trouble dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral.
Le préfet de l'Isère a produit des pièces enregistrées le 28 mai 2024 et le 12 juin 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours des audiences tenues le 29 mai 2024 et le 12 juin 2024 :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Huard, représentant M. A et de Mme D représentant le préfet de l'Isère.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 7 février 2022, la commission de médiation de l'Isère a reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande d'hébergement de M. A. Le préfet de l'Isère était alors tenu de lui faire une proposition d'hébergement adaptée à ses besoins avant le 21 mars 2022. En l'absence d'exécution de cette décision, le tribunal administratif de Grenoble a, par une décision du 16 mai 2022, enjoint au préfet d'assurer l'hébergement de M. A avant le 31 juillet 2022. Estimant que cette décision n'a pas été exécutée, M. A a adressé une demande indemnitaire préalable à l'administration le 7 juin 2022 qui l'a implicitement rejeté. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices résultant de l'absence de proposition d'hébergement adaptée à ses besoins.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code impartit au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.
3. Aux termes de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. () ".
4. Il résulte de la décision de la commission de médiation du 7 février 2022 reconnaissant le caractère prioritaire et urgent de la demande d'hébergement de M. A, que le préfet de l'Isère était tenu d'assurer son hébergement avant le 21 mars 2022. Toutefois, d'une part, le tribunal administratif a constaté que cette obligation n'était pas assurée et enjoint au préfet d'assurer son hébergement avant le 31 juillet 2022 et d'autre part, M. A a continué de contacter le SIAO de l'Isère afin d'obtenir une place dans un hébergement d'urgence au plus tôt jusqu'au mois d'avril 2022. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas soutenu par le préfet que l'hébergement de M. A aurait été assuré. Ainsi l'administration, en ne proposant pas de solution d'hébergement adaptée aux besoins du demandeur dont le dossier a été reconnu prioritaire et urgent, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité pour la période de mars 2022 à mai 2024.
5. En défense, le préfet se limite à la production d'un courriel du 13 mai 2024 dans lequel il est précisé que le gestionnaire d'un centre d'hébergement à l'Isle d'Abeau ne dispose pas des coordonnées de M. A. Cette pièce n'est toutefois pas de nature à remettre en cause les obligations pesant sur l'administration de sorte qu'en l'espèce il n'est pas utilement contesté que M. A a été maintenu dans une situation de précarité et sans solution d'hébergement pendant toute cette période. Par ailleurs, il résulte du certificat médical établi le 5 mai 2021que M. A souffre d'un diabète de type I, qu'il a un glaucome chronique bilatéral et qu'il présente des risques cardio-vasculaires que cette situation de précarité a nécessairement conduit à aggraver. Dans les circonstances de l'espèce et en tenant compte du fait que M. A se maintient irrégulièrement en France depuis 2019 sans avoir présenté de nouvelle demande de titre de séjour, il sera fait une juste appréciation des préjudices de M. A en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros tous intérêts confondus pour la période de mars 2022 à la date de la présente ordonnance, y compris la provision de 2 500 euros octroyée à M. A par une ordonnance du 24 octobre 2022.
Sur les frais liés au litige :
6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Huard, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Huard d'une somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 5 000 euros tous intérêts compris.
Article 2 : L'Etat versera à Me Huard une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
Le président,
J-P. BLa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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01/06/2026