mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205970 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | SARL NOVAS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 septembre 2022 et le 29 mai 2024, Mme D C, représentée par Me Combes, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 111 100 euros, outre intérêts légaux, en réparation des préjudices subis du fait de la carence de l'Etat à lui proposer un logement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui faisant pas de proposition de logement adaptée à ses besoins ;
- cette faute lui a causé des préjudices qu'il convient d'évaluer à 111 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucune faute ne peut être imputée à l'administration dès lors que Mme C a refusé une offre de logement adapté à ses besoins.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Combes, représentant Mme C et de Mme B, représentant le préfet de l'Isère.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 20 avril 2020, la commission de médiation de l'Isère a reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme C présentée au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le préfet de l'Isère était alors tenu de lui faire une offre de logement adaptée à ses besoins avant le 20 octobre 2020. Estimant que cette obligation n'a pas été remplie, Mme C a adressé, le 5 mai 2022, une demande indemnitaire préalable au préfet de l'Isère qui l'a implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices résultant de l'absence de proposition de logement adapté à ses besoins.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans l'Isère à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. D'autre part, il résulte des dispositions du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et des articles R. 441-16-1 et R. 441-16-3 du même code que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Seul le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.
4. Il résulte de la décision de la commission de médiation de l'Isère que le préfet de l'Isère aurait dû faire une offre de logement adapté aux besoins de Mme C avant le 20 octobre 2020. Le préfet expose en défense qu'aucune faute n'est imputable à l'administration dès lors que Mme C a été positionnée sur un logement dès le 4 mars 2021.
5. Il résulte des certificats médicaux produits au dossier que Mme C souffre d'un handicap très invalidant l'empêchant de se déplacer au-delà d'une distance de 150 mètres et qu'elle nécessite des soins infirmiers deux fois par semaine et une proximité immédiate d'un centre médical. Eu égard à ces éléments, il appartenait à l'administration de lui faire une proposition de logement adapté à ces besoins.
6. Si Mme C a été positionnée sur un logement en mars 2021 ainsi qu'en octobre 2021, d'une part, ces positionnements sont intervenus postérieurement à la date avant laquelle le préfet était tenu de lui faire une offre de logement et d'autre part, Mme C n'a pas été en mesure d'accepter ces offres dès lors que dans le premier cas le positionnement a été rejeté par le bailleur et de le second cas, l'offre n'a pu aboutir du fait de la radiation de Mme C de la liste des demandeurs de logement social. Il résulte ensuite de l'instruction que Mme C a été positionnée sur un troisième logement le 1er mars 2022 qu'elle a refusé au motif qu'il était trop éloigné des services médicaux. Toutefois, comme le soulève le préfet, le logement proposé est situé à Grenoble à proximité d'un centre de santé. Par suite, Mme C doit être regardée comme ayant refusé l'attribution du logement sans motif légitime.
7. Il résulte de ce qui précède que l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité pour la période d'octobre 2020 à mars 2022.
8. Il résulte de l'instruction que Mme C est une personne âgée en situation de handicap ayant d'importantes difficultés de déplacement. Son dossier a été reconnu prioritaire et urgent par la commission de médiation dès lors qu'elle occupait initialement un logement inadapté à ses besoins. Il résulte du bail de son ancien logement ainsi que des photographies produites à l'appui de sa requête que celui-ci présente une surface de 70 m² ainsi que des escaliers difficiles à emprunter pour la requérante. Ainsi, en ne lui faisant pas de proposition adaptée et en la maintenant dans cette situation difficile pendant un an et demi, la carence fautive de l'Etat a causé des préjudices à Mme C. Il sera ainsi fait une juste appréciation de ceux-ci en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 5 000 euros tous intérêts confondus pour la période d'octobre 2020 à mars 2022.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Combes, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Combes d'une somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 5 000 euros tous intérêts compris.
Article 2 : L'Etat versera à Me Combes une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Combes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Combes et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
Le président,
J-P. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026