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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205976

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205976

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205976
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Djinderedjian demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de remise gracieuse de deux indus de revenu de solidarité active d'un montant de 3 384,63 euros pour la période de septembre 2020 à juin 2021 et de 3 301,19 euros pour la période d'octobre 2021 à février 2022 ;

2°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie d'accorder à Mme B une remise totale de sa dette ;

3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Savoie la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle est de bonne foi ;

- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'à la date du dépôt de sa demande de revenu de solidarité active, elle n'était pas étudiante et que le département avait parfaitement connaissance de sa situation d'étudiante née postérieurement à cette demande ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est dans une situation précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Une lettre a été adressée le 31 octobre 2023 au conseil de Mme B l'invitant, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, à confirmer expressément, dans le délai d'un mois, le maintien de ses conclusions.

Par un courrier du 6 novembre 2023, non communiqué, Mme B a maintenu ses conclusions.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est allocataire du revenu de solidarité active. Le 20 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de cette allocation d'un montant total de 6 685,82 euros comprenant deux trop-perçus d'un montant respectif de 3 384,63 euros pour la période de septembre 2020 à juin 2021 et de 3 301,19 euros pour la période d'octobre 2021 à février 2022. La requérante a contesté le bien-fondé de ces dettes par un recours préalable du 7 avril 2022 reçu par les services du département de la Haute-Savoie le 12 avril 2022. Par une décision du 30 mai 2022, le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté le recours de Mme B et confirmé le bien-fondé de ces créances. Par un second courrier daté du 23 juin 2022, Mme B a demandé la remise de ces dettes. Cette demande a été rejetée par une décision du 12 juillet 2022. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette dernière décision ainsi que la remise gracieuse de ces sommes.

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

4. Si Mme B soutient que l'indu litigieux n'est pas fondé en tant qu'elle avait régulièrement déclaré sa situation à l'administration, un tel moyen, qui se rapporte au bien-fondé de l'indu et dont il n'appartient pas au juge administratif de connaître dans le cadre d'un recours exercé contre une décision rejetant ou faisant partiellement droit à une demande de remise gracieuse, est inopérant.

5. Il résulte de l'instruction et il n'est au demeurant pas sérieusement contesté que Mme B n'a jamais informé la caisse d'allocations familiales de sa situation d'étudiante sur toute la période considérée, de septembre 2020 à juin 2021 et d'octobre 2021 à février 2022, alors qu'elle avait précisé dans sa demande qu'elle était au chômage depuis le 18 juillet 2019 et sans ressources depuis le 27 juin 2020, peu important à cet égard qu'elle ait été suivie par Pôle emploi. Cette fausse déclaration fait obstacle, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, à la remise gracieuse, partielle ou totale, de l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de la requérante, quelle que puisse être sa situation de précarité.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Dinderedjian et au département de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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