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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205995

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205995

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205995
TypeDécision
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPUBLICALP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de M. et Mme C contestant les titres exécutoires émis par le syndicat mixte du lac d'Annecy pour le recouvrement d'une participation de 4 040 euros au financement de l'assainissement collectif. Le tribunal a jugé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur le premier titre exécutoire du 18 juillet 2022, annulé par un mandat de paiement ultérieur. Les conclusions en annulation des factures des 13 juillet 2022 et 28 novembre 2023 ont été déclarées irrecevables, ces documents n'étant que des mesures préparatoires. Sur le fond, le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de motivation du titre exécutoire, estimant que les bases de liquidation étaient suffisamment indiquées par référence à la facture jointe.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 septembre 2022, le 19 décembre 2023 et le 20 septembre 2024, M. F C et Mme A D, épouse C, représentés par Me Gaillard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 valant facture du président du syndicat mixte du lac d'Annecy, ainsi que le titre exécutoire du 18 juillet 2022, par lequel il a mis à leur charge une somme de 4 040 euros au titre de la participation pour le financement de l'assainissement collectif ;

2°) d'annuler la décision du 28 novembre 2023 valant facture du président du syndicat mixte du lac d'Annecy, ainsi que le titre exécutoire du 28 novembre 2023, par lequel il a mis à leur charge une somme de 4 040 euros au titre de cette participation ;

3°) de les décharger de la somme de 4 040 euros ;

4°) de mettre à la charge du syndicat mixte du lac d'Annecy une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les titres exécutoires sont entachés d'un défaut de motivation, en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- ils ne sont pas redevables de cette participation dès lors qu'à la date du contrôle du raccordement, le 1er janvier 2021, ou de la déclaration d'achèvement et de conformité des travaux du 18 janvier 2021, l'immeuble ne leur avait pas été livré.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 novembre 2023 et le 19 août 2024, le syndicat mixte du lac d'Annecy, représenté par Me Petit conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la décision du 13 juillet 2022 et le titre exécutoire du 18 juillet 2022 ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un mémoire présenté pour le syndicat mixte du lac d'Annecy a été enregistré le 28 novembre 2024 et n'a pas été communiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Par lettre du 20 janvier 2025, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation des factures des 13 juillet 2022 et 28 novembre 2023 dès lors que ces documents ne sont pas décisoires.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Berthé, avocate de M. et Mme C, et E, substituant Me Petit, avocat du syndicat mixte du lac d'Annecy.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont acquis le 4 août 2020 une maison en cours d'édification sur les parcelles cadastrées section AH n°1663 et 1665, à Poisy (Haute-Savoie) en vente en l'état futur d'achèvement. Le 18 juillet 2022, un titre exécutoire d'un montant de 4 040 euros a été émis par le syndicat mixte du Lac d'Annecy pour le recouvrement de la participation pour le financement de l'assainissement collectif. Le 13 septembre 2023, le syndicat mixte du lac d'Annecy a émis un mandat de paiement du même montant, puis le 28 novembre 2023, il a émis un nouveau titre d'un montant de 4 040 euros pour le recouvrement de cette participation. Par la présente requête, M. et Mme C demandent l'annulation de ces factures et titres exécutoires et la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 18 juillet 2022 :

2. Il ressort des pièces du dossier que le titre du 18 juillet 2022 a été annulé par un mandat de paiement émis le 13 septembre 2023 par le syndicat mixte du lac d'Annecy. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'annulation de ce titre.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation des factures des 13 juillet 2022 et 28 novembre 2023 :

3. Les factures des 13 juillet 2022 et 28 novembre 2023 constituent de simples mesures préparatoires des titres exécutoires contestés, lesquels revêtent seuls la qualité de décisions faisant grief. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces factures sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ".

5. Un état exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la dette. En application de ce principe, l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

6. Le titre exécutoire contesté mentionne que l'objet de la créance correspond à la participation assainissement collectif et fait référence à la facture jointe au titre, laquelle précise l'adresse de la maison individuelle raccordée et la date de son raccordement ainsi que les modalités de calcul de la participation. En outre, alors que l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 n'impose pas que le titre exécutoire porte la mention de la délibération du conseil municipal instituant la participation pour le financement de l'assainissement collectif, la facture précise les références de la délibération et la possibilité de sa consultation sur le site internet du syndicat mixte du lac d'Annecy. Dans ces conditions, les bases de la liquidation de la créance et les éléments de calcul sont indiqués de manière suffisamment précise et le moyen tiré de la violation des dispositions précitées doit dès lors être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Les propriétaires des immeubles soumis à l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées en application de l'article L. 1331-1 peuvent être astreints par la commune, la métropole de Lyon, l'établissement public de coopération intercommunale ou le syndicat mixte compétent en matière d'assainissement collectif, pour tenir compte de l'économie par eux réalisée en évitant une installation d'évacuation ou d'épuration individuelle réglementaire ou la mise aux normes d'une telle installation, à verser une participation pour le financement de l'assainissement collectif. / () La participation prévue au présent article est exigible à compter de la date du raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble, de l'extension de l'immeuble ou de la partie réaménagée de l'immeuble, dès lors que ce raccordement génère des eaux usées supplémentaires. () ". L'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige, dispose : " Les contributions aux dépenses d'équipements publics prévus au 2° de l'article L. 332-6 sont les suivantes : / c) La participation spécifique pour la réalisation d'équipements publics exceptionnels prévue à l'article L. 332-8 ". Aux termes de l'article L. 332-28 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les contributions mentionnées ou prévues au c du 2° de l'article L. 332-6-1, au d du 2° du même article, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2014-1655 du 29 décembre 2014 de finances rectificative pour 2014, et à l'article L. 332-9 dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 sont prescrites, selon le cas, par le permis de construire, le permis d'aménager, les prescriptions faites par l'autorité compétente à l'occasion d'une déclaration préalable ou l'acte approuvant un plan de remembrement. Ces actes en constituent le fait générateur. Ils en fixent le montant, la superficie s'il s'agit d'un apport de terrains ou les caractéristiques générales s'il s'agit des travaux mentionnés au premier alinéa de l'article L. 332-10 dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 précitée ".

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la participation pour le financement de l'assainissement collectif est applicable aux immeubles qui ont été raccordés au réseau public de collecte des eaux usées à compter du 1er juillet 2012 et elle est exigible auprès des propriétaires de ces immeubles à compter de la date de ce raccordement. Cette participation n'est pas au nombre des contributions que l'autorisation d'occupation du sol doit prescrire.

9. Aux termes de l'article 1601-3 du code civil : " La vente en l'état futur d'achèvement est le contrat par lequel le vendeur transfère immédiatement à l'acquéreur ses droits sur le sol ainsi que la propriété des constructions existantes. Les ouvrages à venir deviennent la propriété de l'acquéreur au fur et à mesure de leur exécution ; l'acquéreur est tenu d'en payer le prix à mesure de l'avancement des travaux () ".

10. Conformément aux dispositions précitées de l'article 1601-3 du code civil, M. et Mme C sont devenus propriétaires de l'immeuble à raccorder au réseau d'assainissement collectif le 4 août 2020. Ce raccordement étant intervenu postérieurement à cette date, le 18 janvier 2021, c'est à juste titre que la participation pour le financement de l'assainissement collectif a été mise à leur charge, alors même que la livraison de la maison n'est intervenue que le 23 mars 2021, l'article 1602 du code civil étant à cet égard inopérant. De même, M. et Mme C ne peuvent utilement invoquer les stipulations d'un compromis de vente conclus avec le constructeur et par lequel ce dernier se serait engagé à prendre en charge cette participation, ce qui n'est au demeurant pas établi par les pièces du dossier. Dans ces conditions, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir qu'ils auraient été assujettis indûment à cette contribution.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme C doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme C la somme de 1 000 euros à verser au syndicat mixte du lac d'Annecy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation du titre exécutoire du 18 juillet 2022.

Article 2 :M. et Mme C verseront au syndicat mixte du lac d'Annecy la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et au syndicat mixte du lac d'Annecy.

Délibéré après l'audience du 17 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

Le rapporteur,

A. Derollepot

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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