mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2206072 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | SELARL LEVY ROCHE SARDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 20 septembre 2022, le 9 septembre 2024, et le 23 septembre 2024, Mme E D C, représentée par Me Gabion, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes lui a notifié un indu d'allocation de solidarité spécifique de 35 890,51 euros pour la période de janvier 2016 à décembre 2021 ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes lui a notifié un indu d'allocation de solidarité spécifique de 35 890,51 euros pour la période de janvier 2016 au 21 février 2017.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la régularité de l'enquête réalisée par les services de Pôle emploi ne peut être vérifiée, le rapport n'ayant pas été communiqué ;
- Pôle Emploi ne justifie pas de l'assermentation de l'agent de contrôle ;
- Pôle emploi ne justifie pas de la réalité de l'indu ;
- l'indu réclamé sur la période de janvier 2016 au 21 février 2017 est prescrit.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 janvier 2023 et le 19 septembre 2024, France travail Auvergne-Rhône-Alpes, représenté par Me Djebari, conclut au rejet de la requête et demande à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme D C au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D C ne sont pas fondés.
Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience ont été entendus :
- le rapport de M. WYSS ;
- et les observations de Me Gabion, représentant Mme D C.
La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C a été inscrite auprès de Pôle Emploi pour la période du 12 juin 2010 au 29 décembre 2021. Elle a d'abord bénéficié de l'allocation d'aide au retour à l'emploi puis, à partir du 25 janvier 2016, de l'allocation de solidarité spécifique. A la suite d'un contrôle diligenté par les services de Pôle Emploi, il a été constaté l'absence permanente de Mme D C du territoire français depuis juillet 2015. Par conséquent, par une décision du 21 février 2022, Pole Emploi Auvergne-Rhône-Alpes lui a notifié un indu d'allocation de solidarité spécifique de 35 890,51 euros pour la période du 25 janvier 2016 au 28 décembre 2021. Elle a contesté cet indu par un recours préalable le 20 avril 2022 rejeté le 3 mai 2023.
Sur la régularité de l'enquête :
2. Aux termes de l'article L. 5312-13-1 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " Au sein de Pôle emploi, des agents chargés de la prévention des fraudes sont assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de l'emploi. Ces agents ont qualité pour dresser, en cas d'infraction aux dispositions du présent code entrant dans le champ de compétence de ladite institution, des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ".
3. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, Pôle emploi produit en défense le procès-verbal de constat établi le 15 février 2022 retraçant le déroulé de la procédure de contrôle menée par M. A. L'opérateur produit ensuite l'arrêté du 6 février 2013 justifiant de l'agrément de M. A, agent de contrôle. Par conséquent, les moyens tirés de l'absence de rapport de la procédure de contrôle et de l'absence d'assermentation de l'agent ayant mené cette enquête doivent être écartés.
4. D'autre part, si Mme D C expose que les informations récoltées par l'agent au cours de l'enquête ont une origine douteuse, celles-ci font foi jusqu'à preuve du contraire. Il appartient alors à la requérante de produire et d'apporter la preuve permettant de remettre en cause les constatations de l'enquête.
5. Aux termes de l'article L. 5312-13-2 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " Les agents chargés de la prévention des fraudes agréés et assermentés mentionnés à l'article L. 5312-13-1 bénéficient d'un droit de communication qui permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires au contrôle de la sincérité et de l'exactitude des déclarations souscrites ainsi que de l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des allocations, des aides ainsi que de toute autre prestation servies par Pôle emploi / () / Lorsqu'une procédure de recouvrement ou de suppression totale ou partielle d'une allocation, d'une aide ou de toute autre prestation est engagée à l'encontre d'une personne physique ou morale, suite à l'usage du droit mentionné au premier alinéa du présent article, Pôle emploi est tenu d'informer cette personne de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels est fondée cette décision. Il communique une copie des documents mentionnés au présent alinéa à la personne qui en fait la demande ".
6. Mme D C avance que la procédure de contrôle, à l'issue de laquelle l'indu d'allocation de solidarité spécifique lui a été notifié, était irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été informée de l'usage du droit de communication prévue aux dispositions de l'article L. 5312-13-2 du code du travail par le contrôleur assermenté. Il résulte de l'instruction que l'agent assermenté du service de prévention et lutte contre la fraude, chargé de la gestion du dossier de Mme D C, l'a informé par un courriel du 1er février 2022 à l'adresse mail que Mme D C avait adressée aux services de l'usage de son droit de communication vis à-vis des tiers. Le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
7. Si Mme D C expose ne pas avoir été informée en temps utile de l'usage de ce droit et que les dispositions de l'article L. 5312-13-2 du code du travail ont été méconnues, d'une part, ces dispositions n'ont pas pour objet d'imposer un délai au contrôleur lorsque celui-ci fait usage d'un tel droit à communication et d'autre part, il résulte de l'instruction que le contrôleur a informé Mme D C de l'usage de son droit à communication par un courrier du 1er février 2022 adressé à l'adresse mail connue de la requérante, comme il a été dit au point précédent. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
Sur le bien-fondé de l'indu :
8. Mme D C soutient que la réalité de l'indu mis à sa charge n'est pas établie. Toutefois, elle ne fait état d'aucun élément sérieux susceptible de remettre en cause les éléments résultant du rapport de contrôle de sa situation. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. Aux termes de l'article R. 5411-2 du code du travail : " L'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi est faite par voie électronique auprès de l'opérateur France Travail. Le travailleur recherchant un emploi qui demande son inscription déclare sa domiciliation et transmet les informations permettant de procéder à son identification. " Aux termes de l'article R. 5411-8 du code du travail : " Le demandeur d'emploi informe, dans un délai de soixante-douze heures, les services de l'opérateur France Travail de toute absence de sa résidence habituelle d'une durée supérieure à sept jours et de tout changement de domicile. ". Aux termes de l'article R. 5411-10 3° du code du travail : " Est réputée immédiatement disponible pour occuper un emploi, au sens de l'article L. 5411-7, la personne qui, au moment de son inscription auprès de l'opérateur France Travail ou du renouvellement de sa demande d'emploi : ()3° S'absente de son domicile habituel, après en avoir avisé l'opérateur France Travail, dans la limite de trente-cinq jours dans l'année civile ".
10. Mme D C ne rapporte aucun élément tendant à établir qu'elle ne vivait pas dès janvier 2016 en Espagne ou qu'elle aurait tenté d'avertir Pôle emploi de son absence. En effet, celle-ci a été constatée suite à ses demandes de report de rendez-vous récurrents entre 2019 et 2021 ainsi qu'aux retours des différents courriers envoyés à son adresse. Par conséquent, les moyens relatifs au bien-fondé de l'indu doivent être écartés.
Sur la prescription de l'indu :
11. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". En l'absence de dispositions spécifiques du code du travail relatives à l'allocation de solidarité spécifique, les règles de prescription de droit commun s'appliquent. Il résulte de ces dispositions que le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, seule l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations étant de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu exercée par Pôle emploi. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.
12. Mme D C soutient que la créance qui porte sur la période antérieure au 21 février 2017 est prescrite. Il résulte de l'instruction que Pôle emploi a commencé s'interroger sur l'établissement sur le territoire français de la requérante lors de la transmission de son dossier au service de prévention et lutte contre la fraude mais que la certitude du départ du territoire français peut être établi dès le mois de décembre 2021 en raison du retour du courrier concernant des demandes de justificatifs de domicile du 21 décembre 2021 et l'analyse des comptes bancaires qui ont permis de constater que la plupart de ses dépenses courantes étaient réalisées en Espagne. Par conséquent, il convient de retenir que la dette est prescrite à partir du mois de novembre 2016 et demeure non prescrite concernant la période de décembre 2016 au 28 décembre 2021. Mme D C est par conséquent fondée à demander dans cette mesure l'annulation de la décision du 3 mai 2022.
Sur les conséquences de l'illégalité :
13. Eu égard à la prescription de l'indu relatif à la période de janvier à novembre 2016, il y a lieu l'enjoindre à Pôle Emploi Auvergne Rhône-Alpes de procéder à un nouveau calcul de l'indu d'allocation de solidarité spécifique concernant la période de décembre 2016 au 28 décembre 2021 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
14. Eu égard aux circonstances de l'espèce, les conclusions de Pôle emploi présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 mai 2022 de Pôle Emploi est annulée en tant qu'elle concerne l'indu de janvier à novembre 2016.
Article 2 : Il est enjoint à France Travail de procéder au nouveau calcul de l'indu d'allocation de solidarité spécifique concernant uniquement la période de décembre 2016 au 28 décembre 2021 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D C, à Me Gabion et à France travail Auvergne-Rhône-Alpes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le président,
J-P. WYSSLa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220607
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026