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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206432

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206432

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206432
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 octobre 2022 et 5 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Gerbi, du cabinet Victimes et Préjudices, demande au tribunal :

1°) de condamner le CHU Grenoble Alpes à lui verser une somme de 297 997 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par l'accident de service du 20 juillet 2016 ;

2°) de mettre à la charge définitive du CHU les frais d'expertise taxés par ordonnance du 17 août 2021 du tribunal de céans à la somme de 1 764 euros ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional Grenoble Alpes une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préjudice lié au DFT partiel doit être évalué à la somme de 8 945 euros ;

- le préjudice lié aux souffrances endurées doit être évalué à la somme de 6 000 euros sur le plan stomatologique, et de 20 000 euros sur le plan traumatologique et rhumatologique ;

- le préjudice esthétique doit être évalué à la somme de 1 500 euros ;

-elle a exposé des frais d'assistance au cours des opérations d'expertise pour une somme de 1 200 euros ;

-le préjudice lié au DFP doit être évalué à la somme de 73 600 euros ;

-le préjudice d'agrément doit être évalué à la somme de 12 000 euros ;

-le préjudice sexuel doit être évalué à la somme de 3 000 euros ;

-les frais d'assistance à tierce personne doivent être évalués à la somme de 141 00 euros ;

-les frais d'assistance technique doivent être évalués à la somme de 30 742 euros, dont 2 619.03 euros au titre de la motorisation du store banne monobloc.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2022 et 14 décembre 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 26 décembre 2022, le centre hospitalier régional de Grenoble Alpes conclut :

1°) au non-lieu à statuer à hauteur d'une somme de 22 988 euros ;

2°) au rejet du surplus de la requête ;

3°) à ce que les dépens soient mis à la charge de Mme B ;

4°) à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable à hauteur d'une somme de 2 619,03 euros, qui se rapporte à un chef de préjudice n'ayant pas fait l'objet d'une demande préalable ;

- il n'y pas lieu à statuer à hauteur d'une somme de 22 488 euros que le centre a déjà accepté de verser ; Mme B ayant refusé de communiquer ses coordonnées bancaires, cette somme n'a pas à être assortie d'intérêts de retard ;

- le surplus des prétentions indemnitaires doit être rejeté, ou à défaut, ramené à de plus justes proportions.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 17 août 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr D à un montant de 1 764 euros ;

- l'ordonnance n°2206329 du 24 novembre 2022 par laquelle la juge des référés du tribunal a accordé à Mme B une provision d'un montant de 25 764 euros.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villard,

- les conclusions de Mme Frapolli, rapporteure public

-les observations de Me Buron pour la requérante et celles de Me Teston pour le centre hospitalier régional de Grenoble Alpes.

Considérant ce qui suit :

1.Mme A B, née en 1961, était infirmière au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes, en fonction sur un poste adapté. Le 20 juillet 2016, elle a été victime sur les lieux du service d'un choc violent avec un accompagnant de malade, lui ayant causé un traumatisme facial et cervical. Le 15 février 2021, le Dr D a été désigné par le tribunal afin d'évaluer les préjudices subis par elle à la suite de cet accident de service, et cet expert a rendu son rapport le 21 mai 2021. Le CHU de Grenoble Alpes lui a alors proposé une indemnisation d'un montant de 22 988 euros. Par une ordonnance n°2206329 du 24 novembre 2022, la juge des référés du tribunal a accordé à Mme B une provision d'un montant de 25 764 euros. Par sa requête, Mme B demande au tribunal de condamner le CHU à lui verser une somme de 297 997 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par l'accident de service du 20 juillet 2016.

2.Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité et la rente viagère d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.

Sur la portée du litige :

3.Il résulte de l'instruction qu'à la suite du dépôt du rapport de l'expert, et en réponse à sa demande indemnitaire, le centre hospitalier a proposé à Mme B, par un courrier du 12 septembre 2022, de lui verser une somme d'un montant total de 22 488 euros pour l'indemniser de ses différents préjudices. Le centre hospitalier doit être regardé comme faisant valoir que le litige qu'elle soulève est dépourvu d'objet dès l'origine dans cette mesure, nonobstant la circonstance qu'il n'a pas pu procéder au versement de cette somme du fait de l'abstention de Mme B à lui transmettre ses coordonnées bancaires. Cependant, en l'absence de versement effectif des sommes en cause, et alors qu'il était loisible au centre hospitalier de procéder au règlement de l'indemnité qu'il avait accepté de verser par d'autres moyens qu'un virement bancaire sur le compte personnel de Mme B, il n'y a pas lieu de considérer qu'à la date du présent jugement, les conclusions indemnitaires de Mme B seraient en partie dépourvue d'objet ou irrecevables.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

4.Il est constant, ainsi qu'il résulte du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme B résultant de l'accident du 20 juillet 2016 doit être regardé comme consolidé au 22 septembre 2016 sur le plan stomatologique, et au 19 octobre 2019 sur le plan traumato-rhumatologique.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

5.Il résulte de l'instruction que, pour évaluer le déficit fonctionnel temporaire subi par Mme B, l'expert a scindé en deux la période précédant la date de la consolidation de l'état de santé de Mme B, en tenant compte de l'évolution de son état de santé. L'expert a ainsi retenu un taux de 35% au titre de la période allant du 20 juillet 2016 au 13 novembre 2016, puis de 25% du 14 novembre 2016 au 19 octobre 2019. Les taux et les périodes en cause n'étant pas contestés par les parties, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme B à ce titre en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

6.D'une part, sur le plan stomatologique, il est constant que le déficit fonctionnel permanent de Mme B en lien direct et exclusif avec l'accident du 20 juillet 2016, doit être fixé à 5 %.

7.D'autre part, sur le plan traumato-rhumatologique, l'expert a indiqué retenir un taux de 30%. Cependant, il résulte de l'instruction que Mme B présentait avant l'accident du 20 juillet 2016, des séquelles au rachis cervical causées par le premier accident de service du 4 mai 1992, et suivait d'ailleurs régulièrement jusqu'en 2016 des cures thermales pour la prise en charge de ces douleurs. A cet égard, une précédente expertise réalisée le 22 juin 2018 par le Dr C avait retenu une IPP totale de 30 % pour la névralgie bilatérale dont 25% préexistant suite à l'accident de 1992, précisant " Le présent accident ajoute donc 5 % à l'invalidité préexistante ". Par ailleurs, Mme B présente aussi une capsulite rétractile de l'épaule gauche et des douleurs lombaires sans lien avec le service. Dans ces conditions le déficit fonctionnel permanent de Mme B en lien direct et exclusif avec l'accident du 20 juillet 2016, doit être fixé à 5 %.

8.Compte tenu de ces taux et de l'âge de Mme B aux dates de consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 11 000 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

9.D'une part, sur le plan stomatologique, l'expert a évalué les souffrances physiques à 2 sur une échelle de 7, et les souffrances psychologiques à 1. Il sera fait une juste appréciation des préjudices subis du fait des souffrances physiques endurées en les évaluant à la somme de 2 000 euros. En revanche, les souffrances psychologique retenues par l'expert se rapportent en réalité à un préjudice esthétique qui ne peut être indemnisé à ce titre.

10.D'autre part, sur le plan traumato-rhumatologique, l'expert a évalué les souffrances physiques à 3 sur 7, et les souffrances psychologiques à 2, en raison notamment d'un suivi régulier par le centre anti-douleur. Il sera fait une juste appréciation des préjudices subis à ce titre en les évaluant à la somme globale de 6 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique :

11.L'expert a admis un préjudice esthétique temporaire de 1/7 jusqu'au 19 octobre 2019, lié au port d'un collier cervical à visée antalgique, à une attitude d'évitement de la douleur, et au traumatisme facial. Il mentionne également un préjudice esthétique permanent lié au " rappel quotidien dans le miroir " du traumatisme facial. Il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

12.Mme B se borne à citer l'expert selon lequel " Il convient de prendre en considération les modifications dans la vie privée de cette femme, dont les loisirs orientés sur les activités de montagne sont devenus restreints, notamment pour porter un sac à dos ". Toutefois ainsi qu'il a été dit au point 7, les séquelles imputables à l'accident de service du 20 juillet 2016 ne correspondent qu'à un taux d'IPP de 5%, alors que Mme B présentait déjà un taux d'IPP de 25% en raison d'un précédent accident de service en 1992. Au surplus, elle n'établit pas qu'elle pratiquait fréquemment la randonnée en montagne, avec port du sac-à-dos. Dans ces conditions, un préjudice d'agrément lié au second accident de service n'est pas établi.

S'agissant du préjudice sexuel :

13.Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, l'appréhension dans la pratique décrite à l'expert par Mme B ne peut être regardée comme en lien direct avec l'accident du 20 juillet 2016. Ses prétentions à ce titre doivent donc être écartées.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais d'assistance à tierce personne et des frais d'assistance technique :

14.Contrairement à ce que soutient Mme B, l'expert n'a pas retenu la nécessité de ces frais d'assistance, mais s'est borné à réserver l'hypothèse où ils deviendraient nécessaires dans le futur, sans d'ailleurs préjuger de leur imputabilité aux seules séquelles résultant de l'accident de service du 20 juillet 2016. Les préjudices invoqués par Mme B et chiffrés à des montants respectifs de 141 010 euros et 30 742 euros ne présentent donc pas de caractère certain à la date du présent jugement. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les prétentions de Mme B à ce titre doivent donc être écartées.

S'agissant des frais d'assistance lors des opérations d'expertise :

15.Il ne résulte pas de l'instruction que la présence d'un médecin pour assister Mme B lors des opérations d'expertise aurait été inutile. Dès lors, il y a lieu de condamner le CHU de Grenoble Alpes à verser à Mme B une somme de 1 200 euros correspondant aux honoraires de ce médecin.

16.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les préjudices subis par Mme B peuvent être évalués à la somme globale de 26 200 euros. Dès lors, le centre hospitalier doit être condamné à lui verser cette somme, sous déduction de la somme de 24 000 euros versée à titre provisionnel en application de l'ordonnance n°2206329 du 24 novembre 2022.

Sur les frais d'expertise :

17.Par une ordonnance du 17 août 2021, les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le Dr D ont été liquidés et taxés à la somme de 1 764 euros. Ces frais doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier de Grenoble Alpes.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont le centre hospitalier demande le versement au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier Grenoble Alpes est condamné à verser à Mme B une indemnité de 26 200 euros, sous déduction de la somme de 24 000 euros versée à titre provisionnel en application de l'ordonnance n°2206329 du 24 novembre 2022.

Article 2 : Les dépens de l'instance, pour un montant de 1 764 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Grenoble Alpes.

Article 3 : Le centre hospitalier versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier régional de Grenoble Alpes.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. Villard, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

N. VILLARD

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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