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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207029

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207029

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207029
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par deux réclamations du 8 juin 2021, transmises au tribunal en application de l'article R. 199-1 alinéa 3 du livre des procédures fiscales et enregistrées le 25 octobre 2022 sous le numéro 2207029, M. C et Mme A B, représentés par Me Tournoud, demandent au tribunal de prononcer la décharge :

1°) des suppléments d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales qui leur ont été réclamés au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée et des amendes réclamés par un avis de mise en recouvrement du 30 avril 2018.

Ils soutiennent que :

- la procédure de taxation d'office mise en œuvre dans le cadre de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle est irrégulière en l'absence de mise en demeure envoyée à la suite de leur réponse ;

- l'administration ne leur a pas communiqué les renseignements issus de tiers demandés par lettre du 4 janvier 2017, en violation de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- la vérification de comptabilité concernant l'entreprise de M. B a été effectuée en l'absence de débat oral et contradictoire.

Par son mémoire introductif d'instance enregistré le 25 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la réclamation concernant l'année 2014 est tardive ainsi que celle concernant le rappel de taxe sur la valeur ajoutée et l'amende ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de décharge à concurrence des sommes dégrevées avant l'enregistrement de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue de la vérification de comptabilité de l'entreprise de M. B et d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle, l'administration a notifié à M. et Mme B des suppléments d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales au titre des années 2014 et 2015. Les impositions supplémentaires relatives à l'année 2014 ont été mises en recouvrement le 30 juin 2018 et celles relatives à l'année 2015, le 30 juin 2019. Par un avis de mise en recouvrement du 30 avril 2018, l'administration a également réclamé à M. B des suppléments de taxe sur la valeur ajoutée et lui a infligé une amende fiscale sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts. Par un jugement du 30 septembre 2021 numéro 1905973, confirmé par une ordonnance de la Cour administrative d'appel de Lyon du 10 novembre 2022, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. et Mme B aux fins d'obtenir la décharge de l'amende fiscale qui leur a été infligée. Par un jugement numéro 1905974 du 30 septembre 2021, devenu définitif, il a déchargé M. et Mme B des suppléments d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes qui leur ont été réclamés en conséquence du rehaussement de leur revenu foncier d'un montant de 5371 euros au titre de l'année 2014, et rejeté le surplus de leurs demandes.

2. M. et Mme B ont adressé une réclamation le 2 février 2021 aux fins d'obtenir la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis en recouvrement le 30 juin 2019 au titre de l'année 2015. En l'absence de réponse dans un délai de six mois, ils ont saisi le tribunal d'une requête enregistrée le 16 décembre 2021 sous le numéro 2108530. Le 8 juin 2021, ils ont adressé deux nouvelles réclamations aux fins de décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales qui leur ont été réclamés au titre des années 2014 et 2015 ainsi que la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des amendes dont le paiement a été réclamé à M. B par un avis de mise en recouvrement du 30 avril 2018. Ces deux réclamations ont été transmises au tribunal le 25 octobre 2022 en application du 3ème alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales et enregistrées sous le numéro 2207029.

3. Il résulte de l'instruction que l'administration a dégrevé une somme de 3 704 euros par décision du 25 novembre 2021 prise en exécution du jugement du 30 septembre 2021 numéro 1905974, s'agissant des loyers perçus au cours de l'année 2014 et imposés à tort dans la catégorie des revenus fonciers. Par une décision du 4 mai 2022, l'administration a dégrevé une somme de 3044 euros au titre de l'année 2015 après réduction de la base imposable à concurrence des sommes imposées dans la catégorie des revenus fonciers pour le logement de Fontaine dont les requérants ne sont pas propriétaires. Par suite, les conclusions tendant à obtenir la décharge des impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes sont irrecevables à concurrence des sommes de 3704 euros et 3044 euros dont le dégrèvement a été prononcé avant l'enregistrement de leur requête au greffe du Tribunal.

Sur la régularité de la procédure :

En ce qui concerne la vérification de comptabilité de l'entreprise de M. B :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ". Si ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit en principe se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, la vérification n'est toutefois pas nécessairement entachée d'irrégularité du seul fait qu'elle ne s'est pas déroulée dans ces locaux. Il en va ainsi lorsque, notamment, la comptabilité ne se trouve pas dans l'entreprise et que, d'un commun accord entre le vérificateur et les représentants de l'entreprise, les opérations de vérification se déroulent au lieu où se trouve la comptabilité, dès lors que cette circonstance ne fait, par elle-même, pas obstacle à ce que la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire demeure offerte aux représentants de l'entreprise vérifiée. Dans cette hypothèse, il appartient au requérant d'apporter la preuve que l'entreprise a été privée des garanties ayant pour objet d'assurer aux contribuables la possibilité d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur.

5. M. B exerce une activité individuelle de travaux publics sous l'enseigne " TPB Services ", imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 3 janvier au 31 mars 2017 portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Il résulte de l'instruction que M. B a demandé par une lettre du 3 janvier 2017 à ce que les opérations de contrôle se déroulent dans les locaux de la société d'expertise comptable et a donné mandat à la SARL Cabinet Chekhar à cet effet. Dès lors que la vérification de comptabilité s'est tenue dans les locaux de la société d'expertise comptable, mandatée pour représenter M. B lors des opérations de contrôle, il lui appartient d'établir qu'il a été privé de la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire. La circonstance que le fils du requérant aurait suivi les opérations de contrôle à sa place n'est pas de nature à mettre en évidence le vice de procédure qu'il allègue dès lors que ce dernier n'est pas intervenu à la demande de l'administration.

En ce qui concerne l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle :

S'agissant de la taxation d'office des revenus d'origine indéterminée :

6. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () / Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés (). / Les demandes visées aux alinéas précédents doivent indiquer explicitement les points sur lesquels elles portent et mentionner à l'intéressé le délai de réponse dont il dispose en fonction des textes en vigueur ". L'article L. 16 A du même livre dispose que : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. Lorsque le contribuable a répondu de manière insuffisante aux demandes d'éclaircissements et de justification, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite ". Selon l'article L. 69 de ce livre : " () Sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".

7. Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'administration a demandé des justifications à un contribuable sur le fondement de l'article L. 16, elle est fondée à l'imposer d'office, sans mise en demeure préalable, à raison des sommes au sujet desquelles il s'est abstenu de répondre dans le délai requis ou n'a apporté que des réponses imprécises ou invérifiables, sans les assortir d'éléments de justification. Pour les sommes au sujet desquelles il a apporté des éléments de réponse jugés insuffisants, l'administration est en revanche tenue de lui adresser, préalablement, la mise en demeure prévue par l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales, dont l'objet principal est d'informer le contribuable sur la nature exacte des précisions qui sont exigées de lui, sur le délai complémentaire de trente jours qui lui est imparti pour apporter ces précisions et sur les conséquences qui s'attacheraient à un défaut de réponse de sa part. Il en va ainsi quelle que soit la teneur des indications mentionnées par l'administration dans la demande de justifications notifiée au contribuable, dès lors que les garanties prévues par l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales complètent, sans se confondre avec elles, celles que le contribuable tire des dispositions de l'article L. 16 du même livre.

8. M. et Mme B ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle concernant les années 2014 et 2015 au cours duquel l'administration, après avoir constaté que les crédits bancaires s'élevaient à plus du double des revenus déclarés, leur a adressé une demande de justification portant sur les crédits restant inexpliqués, les loyers perçus, les personnes à charge et les charges ouvrant droit à réduction d'impôt. En réponse à la demande de justification du 30 juin 2017, M. et Mme B ont complété la liste des crédits bancaires à justifier à l'aide de codes et d'une légende sommaire et ont joint à leur courrier des certificats de scolarité, des relevés de prestation de la caisse d'allocations familiales et un avis de paiement concernant une aide de l'Etat. Il résulte de l'instruction que les sommes taxées d'office à l'issue du contrôle correspondent à deux chèques d'un montant 2 000 et 1 000 euros pour lesquels les requérants n'ont apporté que des réponses imprécises et invérifiables non assorties d'éléments de justification. Ils ne sont, dans ces conditions, pas fondés à soutenir que la procédure de taxation d'office mise en œuvre serait irrégulière.

S'agissant de la communication des documents issus de tiers :

9. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

10. Contrairement à ce que font valoir M. et Mme B, l'administration leur a adressé, en même temps que la réponse aux observations du contribuable du 22 février 2018, la copie des chèques obtenue auprès de leurs établissements bancaires et fondant les impositions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait intervenue en violation de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. et Mme B doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul et Mme E, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

C. Bailleul

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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