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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207951

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207951

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207951
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Vigneron, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner une expertise, aux fins de déterminer les conséquences de l'accident de service dont elle a été victime le 9 novembre 2020 dans la commune de Saint-Marcellin ;

2°) de dire que la commune de Saint-Marcellin avancera les frais d'expertise ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Marcellin une provision de 2 500 euros ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Marcellin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de réserver les dépens.

Elle soutient qu'une expertise judiciaire permettra d'apprécier l'intégralité des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux qu'elle supporte depuis son accident de service, en date du 9 novembre 2020, la date de consolidation ainsi que les taux de déficit fonctionnel total et déficit fonctionnel permanent subis, et les éventuels préjudices annexes en résultant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin et la commune de Saint-Marcellin, représentés par Me Fessler, concluent au rejet de la requête et qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les conclusions de Mme C sont irrecevables dès lors qu'elles sont dirigées contre la commune de Saint-Marcellin n'est pas partie à l'instance ;

- si un recours en excès de pouvoir contre la décision du 10 mai 2021 prononçant son licenciement, la présente demande d'expertise n'est pas susceptible de se rattacher à cette instance ;

- elle ne démontre pas l'existence d'une faute de l'administration ;

- aucun lien de causalité ne peut être établi entre l'accident de service de Mme C du 9 novembre 2020 et le comportement de l'administration ;

- la demande de provision est dépourvue de toute précision.

La requête a été communiquée à la rectrice de l'académie de Grenoble qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La requête de Mme C, doit être regardée comme dirigée contre le centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin au sein duquel elle exerçait ses fonctions, pendant lesquelles elle a été victime d'un accident de service. Contrairement à ce qu'avance le centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin, la circonstance que la requête soit également dirigée contre la commune de Saint-Marcellin est sans incidence sur sa recevabilité.

2. Il y a lieu de mettre hors de cause, en l'espèce, la commune de Saint-Marcellin qui n'est pas l'employeur de Mme C.

Sur la demande d'expertise :

3. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

4. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

5. Il résulte de l'instruction que Mme C est agent au sein du centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin et exerçait initialement la fonction de comme agent social de 2ème classe. Le 14 décembre 2017 la caisse primaire d'assurance maladie de l'Isère reconnait le caractère professionnel de sa maladie touchant son poignet gauche. Par suite, les équipes médicales ont reconnus l'incompatibilité de l'état de santé de la requérante avec la reprise de ses fonctions et ont préconisé un reclassement dans un nouveau cadre d'emploi. Mme C a ensuite été reclassée en tant qu'agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM). Le 9 novembre 2020 elle a été victime d'un accident reconnu imputable au service. Le 20 avril 2021, l'état de santé de Mme C est jugé incompatible avec une reprise de ses fonctions puis, le 10 mai 2021, suite à un entretien préalable, Mme C a été licenciée du service par le président du centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin. Mme C demande au tribunal de désigner un médecin expert chargé de se prononcer sur les préjudices résultant de son accident de service du 9 novembre 2020.

6. Si la présente demande d'expertise n'est pas nécessairement susceptible de se rattacher à l'action engagée par Mme C en annulation de la décision du 10 mai 2021 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin a prononcé son licenciement, cette expertise est toutefois susceptible de se rattacher à une éventuelle action indemnitaire au fond engagée ultérieurement par la requérante et dont il n'appartient, en l'espèce, ni au juge des référés, ni à l'expert, de se prononcer sur le bien-fondé d'une telle action.

7. La demande d'expertise présentée par Mme C aux fins de déterminer les conséquences de l'accident de service dont elle a été victime le 9 novembre 2020 sur la commune de Saint-Marcellin, présente donc un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

8. En application des dispositions de l'article R 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

9. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.

Sur la demande de provision :

10. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ".

11. Une requête tendant, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à l'octroi d'une provision doit être présentée par une requête distincte et n'est pas recevable lorsqu'elle est, comme en l'espèce, introduite en complément d'une requête formulée en application de l'article R. 532-1 de ce code. Par suite, les conclusions à fin d'allocation d'une provision présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1 : l'intervention du centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin est admise.

Article 2 : Le docteur D B, domicilié 1 place du Mazel à Die (26150), est désigné comme expert avec pour mission de :

1° - prendre connaissance des dossiers médicaux et de tous documents concernant Mme C, détenus ou produits par le centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin et par Mme C et examiner l'intéressée ;

2° - décrire l'état de santé de Mme C, faire l'historique de son évolution, préciser les causes de cet état de santé et dire si une pathologie préexistait à l'accident survenu le 9 novembre 2020 ;

3° - reprendre le dossier de Mme C et recenser l'ensemble des décisions par lesquelles le centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin a admis l'imputabilité au service de la pathologie dont Mme C a été victime ; donner son avis sur les causes des arrêts de travail dont Mme C a bénéficié à compter du 9 novembre 2020 et sur une éventuelle imputabilité au service de ceux-ci ; en cas de pluralité de causes, déterminer la part d'imputabilité de chacune ;

4° - proposer une date de consolidation de l'état physique de Mme C, et évaluer l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances physiques ou mentales endurées, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d'agrément et du préjudice sexuel, ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; évaluer le cas échéant le taux d'incapacité permanente partielle, susceptible d'être retenu ;

5°- préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme C compte tenu de son handicap, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne; indiquer dans quelle mesure ces soins sont imputables à son accident de; en cas de pluralité de causes, déterminer la part d'imputabilité de chacune ;

6° - évaluer chacun de ces préjudices, même en l'absence de lien de causalité, y compris partiel, avec sa pathologie ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable à l'infarctus de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

7° - de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 3 : la commune de Saint-Marcellin est mise hors de cause.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 5 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expertise aura lieu en présence de Mme C, du centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin et de la rectrice de l'académie de Grenoble.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 8 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, au centre communal d'action sociale de Saint-Marcellin, à la rectrice de l'académie de Grenoble, à la commune de Saint-Marcellin et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 6 avril 2023.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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