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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208184

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208184

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208184
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL GALLIZIA DUMOULIN ALVINERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête enregistrée le 13 décembre 2022, Mme B C, représentée E Me Vincent, demande au juge des référés d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise au contradictoire de la commune de Monteynard, de l'Office national des forêts et de la société Lionet, aux fins de constater les causes et conséquences de l'effondrement du chemin de la Buissière suite au passage de la tempête Eléanore le 4 janvier 2018, de se prononcer sur les désordres affectant la parcelle cadastrée section A numéro 240 dont elle est propriétaire et de chiffrer son préjudice ;

Elle soutient que :

- la mesure d'expertise présente une utilité car les dommages résultant de l'effondrement de la route et des travaux de réfactions réalisés ensuite sont susceptibles de se rattacher à un litige au fond ;

- la mesure permettra de déterminer la nature des désordres qu'elle subit, les responsabilités et la nature des travaux à mettre en oeuvre.

E un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, la société Lionet, représentée E Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme C ne présente pas le litige dans lequel éventuel dans lequel s'inscrit la présente demande d'expertise ;

- sa responsabilité n'est pas susceptible d'être engagée pour un défaut d'entretien de l'ouvrage ;

- même s'agissant d'une éventuelle action en responsabilité à l'encontre de la commune, la mesure d'expertise ne présente pas d'utilité à ce qu'elle soit réalisée à son contradictoire ;

- elle n'était pas en charge de la réalisation des parties de l'ouvrage ayant causé les désordres sur la propriété de Mme C ;

- les travaux réalisés n'ont donné lieu à aucune réserve de la part du maitre d'ouvrage ;

- elle n'était pas en charge du busage du ruisseau.

E des mémoires en défense, enregistrés le 7 février 2023, le 13 février 2023 et le 21 février 2023, la commune de Monteynard, représentée E Me Le Gulludec, demande au juge des référés :

1°) de prendre acte qu'un procès-verbal a été signé entre les parties en 2018 aux fins d'indemniser Mme C pour le préjudice qu'elle allègue ;

2°) de rejeter la demande d'expertise comme dépourvue d'utilité ;

3°) à titre subsidiaire, de compléter la mission de l'expert aux fins qu'il détermine si l'effondrement du chemin de la Buissière survenu le 4 janvier 2018 a été causé E les évènements météorologiques.

Elle soutient que :

- à l'issue d'une réunion d'expertise qui s'est tenue en 2018, Mme C, représentée E sa fille, a accepté une offre d'indemnisation de 7 020 euros ;

- l'effondrement du chemin de la Buissière a été causé E des évènements météorologiques qui sont considérés comme un cas de force majeure.

E un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, l'Office national des forêts, représenté E la SELARL Duflot et associés, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de prendre acte de ses protestations et réserves ;

3°) de dire que l'expert devra établir un pré-rapport ;

4°) de dire que l'expert devra apprécier l'existence d'une amélioration ou d'une plus-value résultant des travaux qu'il pourrait préconiser.

Elle soutient que :

- la demande d'expertise s'agissant des travaux de réfaction de la route ne présente pas d'utilité dès lors qu'il a levé ses réserves ;

- les travaux convenus entre l'assureur de Mme C et l'assureur de la commune concernent des dégâts provoqués E la tempête Eléanore et non E la route.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer E d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. Une telle mesure est ordonnée E voie d'ordonnance sans audience.

3. Il résulte de l'instruction que le 4 janvier 2018, une partie de la route dénommée chemin de la Buissière, située sur la commune de Monteynard, s'est effondrée sur le terrain de Mme C cadastré section A numéro 240. La commune de Monteynard a ainsi fait réaliser des travaux de réfaction de la route effondrée. Ces travaux ont été réalisés sous la maitrise d'œuvre de l'Office national des forêts et du département de l'Isère. L'entreprise Lionet a été chargée d'intervenir sur les travaux de la route.

4. Il résulte de l'instruction que le 4 janvier 2018, une partie de la route dénommée chemin de la Buissière, située sur la commune de Monteynard, s'est effondrée sur le terrain de Mme C cadastré section A numéro 240. La commune de Monteynard a ainsi fait réaliser des travaux de réfaction de la route effondrée. Ces travaux ont été réalisés sous la maitrise d'œuvre de l'Office national des forêts et du département de l'Isère. L'entreprise Lionet a été chargée d'intervenir sur les travaux de la route.

5. Mme C fait valoir que le caniveau façonné contre le versant est sous-dimensionné et que certains ouvrages prévus n'ont pas été réalisés, de sorte que les eaux de ruissellement de la nouvelle chaussée se déversent sur sa parcelle et l'empêche des réaliser des travaux de reprise.

6. Si l'entreprise Lionet soutient qu'elle n'a pas été en charge de la réalisation de ce caniveau, celle-ci- ne produit aucun document permettant d'établir la réalité de ses allégations. E ailleurs, la mesure d'expertise ne constituant qu'une simple mesure d'instruction, elle ne préjuge pas des responsabilités encourues. La société Lionet ayant participé à la réalisation du marché de travaux portant sur la réalisation de la route, sa participation aux opérations d'expertise présente donc une utilité au sens des dispositions précitées.

7. Ainsi, la demande d'expertise présentée E Mme C, relative à l'origine des désordres dont fait l'objet sa parcelle depuis les travaux de réfection du chemin de la Buissière, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

8. Il n'appartient pas au juge des référés de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions.

9. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.

10. Il n'y a pas lieu, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. D A, domicilié 430 route du Mollard à Jarrie (38560), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°- se rendre sur les lieux et entendre toutes les parties concernées ; prendre connaissance de tous documents utiles et établir tous plans, croquis, schémas ou photographies utiles à la compréhension des faits de la cause ;

2°- se faire communiquer tous documents et pièce qu'il estimera nécessaire à l'accomplissement de sa mission, de prendre connaissance des documents contractuels et techniques des travaux qui ont été réalisés sous la maitrise d'ouvrage de la commune de Monteynard suite à l'effondrement du 4 janvier 2018 ;

3°- dresser un état descriptif et qualitatif précis de la propriété de Mme C, à savoir de la parcelle cadastrée section A n°240 située sur la commune de Monteynard (38770) ; recenser toutes dégradations ou désordres constatés et, pour chacun d'eux, distinguer ceux liés à l'effondrement du chemin de la Buissière survenu le 4 janvier 2018 de ceux liés aux travaux de réfection du chemin de la Buissière ou à toute autre cause ;

4°- se prononcer sur les travaux de réfection du chemin de la Buissière et dire s'ils ont été menés conformément aux règles de l'art ;

5°- donner son avis sur les dégradations causées au terrain de Mme C et si ces désordres sont susceptibles d'évoluer et de s'aggraver ;

6°- déterminer et évaluer les préjudices de toute nature causés à Mme C E les désordres constatés ;

7° - préciser la nature, la durée et le coût des travaux éventuellement nécessaires pour rétablir la parcelle dans son état antérieur ;

8°- de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme B C, de la commune de Monteynard, de l'Office national des forêts et de la société Lionet.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique E le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à la commune de Monteynard, à l'Office national des forêts, à la société Lionet et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 24 avril 2023.

Le président,

J-P. WYSS

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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