mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208284 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | FARDEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés 16 décembre 2022 et le 22 novembre 2024, Mme D B, représentée par Me Fardeau, demande au tribunal :
I - A titre principal :
1°) d'annuler la décision implicite du 1er novembre 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Isère a rejeté son recours préalable et a confirmé un indu total de 6 788,97 euros du 1er janvier 2020 au 30 avril 2020 dont 2 344, 97 euros de prime d'activité, de 3 614 euros d'allocation de logement familiale, de 330 euros d'aide personnalisée au logement, de 200 euros de prime exceptionnelle de solidarité de mai 2020 et de 300 euros de prime exceptionnelle de solidarité de novembre 2020 ;
2°) d'ordonner la décharge totale des indus.
II - A titre subsidiaire :
1°) d'annuler les indus d'aide personnalisée au logement de 330 euros et de prime d'activité de 255,95 euros pour la période du 1er janvier 2020 au 31 mars 2020 ;
2°) d'annuler l'indu de prime d'activité majorée de 31,79 euros pour la période de décembre 2020 à décembre 2021.
III - En tout état de cause de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratif et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle n'était pas en situation de concubinage avec M. C pendant la période de l'indu ;
- la caisse d'allocations familiales ne démontre pas la vie commune.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 novembre 2023 et le 12 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du 5 avril 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n°91-647 du 10 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires ;
- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur la requête en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience ont été entendus :
- le rapport de Mme E ;
- et les observations de Me Fardeau, représentant Mme B
La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Isère, en mars 2022, la caisse d'allocations familiales a estimé que Mme B a vécu en situation de concubinage avec M. C de décembre 2019 à décembre 2020 puis à compter de décembre 2021. Par une décision du 1er juillet 2022, la caisse d'allocations familiales a notifié un indu d'un montant total de 7 955,01 euros concernant la période de janvier 2020 à avril 2022 composé d'un indu de prime d'activité d'un montant de 2 344,97 euros, d'un indu d'allocation logement familiale d'un montant de 3 614 euros, d'un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 330 euros, d'un indu d'allocation de base et d'allocation de rentrée scolaire d'un montant de 1 166,04 euros et d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 500 euros. Par un courrier du 16 août 2022, notifié le 1er septembre 2022 à la caisse d'allocations familiales de l'Isère, Mme B a contesté le bien-fondé de son indu lequel a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.
2. Le 22 mai 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Isère a adressé à Mme B une notification rectificative du montant de l'indu notifié le 1er juillet 2022. L'indu total est alors porté à 9 268,60 euros comprenant, outre des indus de prestations familiales pour un montant total de 2 058,36 euros, un indu d'allocation de logement familiale pour un montant de 3 614 euros, un indu d'aide personnalisée au logement pour un montant de 330 euros, un indu de prime d'activité pour un montant de 341,53 euros, un indu de prime d'activité majorée d'un montant de 2 424,71 euros et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 500 euros.
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, de prime d'activité, d'aide personnalisée au logement et d'allocation de logement familial, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
Sur les indus de prime d'activité et d'aides personnelles au logement :
4. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; () ". L'article L. 823-1 du même code dispose que : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer ()
5. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ".
6. Aux termes de l'article 2 du décret n°2020-519 : " I- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation susvisé ". Aux termes de l'article 2 du décret n°2020-1453 : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation ou, à Saint-Pierre-et-Miquelon, l'allocation de rentrée scolaire prévue par le 10° de l'article 11 de l'ordonnance du 26 septembre 1977 susvisée. ". Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre.
Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ".
7. Aux termes du décret du 5 mai 2020 : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations : suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; 2° Le revenu de solidarité mentionné à l'article L. 522-14 du même code ; 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation susvisé ou, à Saint-Pierre-et-Miquelon, l'allocation de rentrée scolaire prévue par le 10° de l'article 11 de l'ordonnance du 26 septembre 1977 susvisée () ". Aux termes du décret du 27 novembre 2020 : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; / () / 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation () ".
8. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".
9. Il résulte des dispositions précitées que, pour le bénéfice de ces aides, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. La circonstance qu'ils aient des domiciles distincts ne suffit pas, à elle seule, à écarter l'existence d'une telle vie de couple lorsqu'elle est établie par un faisceau d'autres indices concordants.
10. En l'espèce, Mme B est débitrice d'un indu de 7 955,01 euros suite à la notification du 1er juillet 2022 lequel a été modifié et porté à 9 268,60 euros par une décision du 22 mai 2023. Cet indu se décompose en un indu d'allocation de logement familiale pour un montant de 3 614 euros du 1er avril 2020 au 30 avril 2022, un indu d'aide personnalisée au logement pour un montant de 330 euros du 1er janvier 2020 au 31 mars 2020, un indu de prime d'activité pour un montant de 341,53 euros du 1er janvier 2020 au 30 juin 2020, un indu de prime d'activité majorée d'un montant de 2 424,71 euros du 1er avril 2020 au 31 août 2021 et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 500 euros pour les mois de mai et de novembre 2020. Pour mettre à la charge de la requérante l'ensemble de ces sommes, la caisse d'allocations familiales de l'Isère s'est fondée sur la circonstance que Mme B n'a pas déclaré sa vie commune du 27 décembre 2019 au 1er décembre 2020, puis une reprise le 20 décembre 2021 avec M. A C à la vente du logement de ce dernier.
11. Il résulte de l'instruction que pour retenir l'existence d'une vie maritale entre M. C et Mme B, la caisse d'allocations familiales de l'Isère s'est fondée sur les circonstances que le bail d'habitation portant les deux noms a été signé en mars 2020, que la taxe d'habitation de 2021 comporte leurs deux noms, que M. C avait déclaré vivre à l'adresse commune pour son inscription à Pôle Emploi en février 2021, lors de l'ouverture d'un compte bancaire à la Banque Populaire en mars 2020 et à la caisse primaire d'assurance maladie. En outre, des virements croisés sont effectués dont l'un vers M. C en décembre 2021 avec une mention révélatrice de leur intimité. Mme B a confirmé par sa signature être d'accord avec les constatations de l'agent assermenté.
12. Même si Mme B fait valoir que sa relation avec son concubin est compliquée, elle ne produit aucune pièce de nature à infirmer les constatations de la caisse d'allocations familiales. C'est donc à bon droit que la caisse d'allocations familiales a reconnu une situation de concubinage pour les périodes considérées.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Fardeau, à la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles et à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La vice-présidente,
A. ELa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2208284
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026